Un super “El Niño”, pire nouvelle de 2026 ?

Un super “El Niño”, pire nouvelle de 2026 ?

Il pourrait revenir cet été et faire un max de dégâts. Super El Niño est-il de retour ? Vianney décrypte.
05 June 2026
5 minutes de lecture

De vous à moi, honnêtement : je n’ai pas du tout envie d’écrire cet article. Et de décrypter une énième catastrophe qui nous arrive en pleine face. “L’enfant terrible du Pacifique”. Est-ce utile d’en parler ? Malheureusement oui. Est-ce indispensable de lire ça maintenant ? Heureusement, non. Alors je vous propose un marché : mettez-le de côté, allez voir quelque chose de beau, allez marcher dans la brise légère d’une soirée insouciante et quand vous vous en sentirez prêt.e revenez à moi. Je fais pareil de mon côté. Bienvenido dans El Niño, version 2026, 

Tout est bien qui finiño

Dans la vie, il y a deux types de probabilités, celles qui sont fortes mais sans que ça nous alerte. Exemple : il y a de fortes chances pour qu’ils nous cuisine à nouveau ses lasagnes végé trop cuites. Bon. Ou aussi : il y a 90% de chance pour que votre enfant chante faux vues vos capacités musicales à tous les deux. On s’en remettra. 

Et puis il y a les probabilités fortes dont on se fout moins, beaucoup moins, même. C’est le cas du phénomène El Niño qui selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a 80 % de chances de survenir cet été, entre juin et août et le chiffre monte même jusqu’à 90 (ex-aequo avec les lasagnes) si on prend la période de juillet à novembre.

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Monsieur je-sue-tout

Reprenons l’information à la base pour garder la tête froide. C’est quoi El Niño alors ? Météo France le raconte comme ça  : “El Niño est une variation naturelle du climat (...). Il induit un réchauffement planétaire et une augmentation de certains événements extrêmes.” Sans rentrer dans les détails, mais en y rentrant un peu quand même, le truc se déclenche quand les autoroutes des vents perdent les pédales : 

  • Si tout va bien, les alizés, vents des régions intertropicales, soufflent d’est en ouest et poussent l’eau chaude de surface vers l’ouest de l’océan Pacifique dans sa zone équatoriale. A l’est, ceci entraîne une remontée d’eaux froides riches en nutriments depuis les profondeurs (dans le coin du Pérou) et à l’ouest (côté Indonésie, nord de l’Australie), l’eau se réchauffe, l’évaporation s’intensifie tout comme les précipitations.
  • Si tout va mal, si El Niño s’invite à la fête pour la pourrir, tout s’inverse : les vents d’est faiblissent, voire changent de direction et c’est dans la région péruvienne que l’océan se réchauffe. De cette inversion proviennent de multiples bouleversements (précipitations anormales, températures et événements climatiques extrêmes multipliés, etc). 


Le point bonus-culture-générale vous sera accordé si vous retenez que le nom “El Niño” est né du cerveau des pêcheurs péruviens, premiers touchés par le phénomène. Pour eux, l’arrivée de cette modification du climat rend la pêche moins  bonne, notamment autour du mois de décembre, mois de Noël, mois de la naissance de ce bon vieux Jésus, "El Niño de Navidad", si vous êtes bilingue, d’où le nom de tout ce bazar !

“Le dernier épisode El Niño, survenu en 2023-2024, a été l’un des cinq épisodes les plus intenses jamais enregistrés et il a joué un rôle dans les records de température mondiaux de 2024.”

C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? 

El Niño tape à notre porte tous les deux à sept ans, au printemps pour atteindre son apogée au mois de décembre, donc. 

Quand vous cuisinez et que vous faites bouillir le lait, vos yeux doivent rester rivés sur la casserole pour éviter de transformer votre cuisine en champ de bataille. C’est exactement dans cette attitude que sont les climatologues en ce moment. Leurs observations récentes des températures de surface ont montré que les seuils d’El Niño sont en passe d’être dépassés. Et que ciel et terre, les deux ingrédients nécessaires à son lancement montrent des signes inquiétants : l’atmosphère est en train de se modifier et les températures sous la surface du Pacifique tropical sont supérieures de plus de 6 °C à la moyenne. Pour eux, c’est donc quasiment acté, El Niño est de retour. Celeste Saulo, big boss de l’OMM le dit sans détour : “Le dernier épisode El Niño, survenu en 2023-2024, a été l’un des cinq épisodes les plus intenses jamais enregistrés et il a joué un rôle dans les records de température mondiaux de 2024”. 2024, rappelez-vous, c’était la première année à fracasser officiellement la pieuse promesse de la COP 21, à franchir le seuil de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle.

2026, ça va donner quoi alors ?

Version XXL ?

Le pire dans ces moments-là, c’est de sentir l’appétit de certains (beaucoup ?) de médias pour le sujet non parce qu’ils veulent nous mobiliser mais bien parce qu’il créera un petit peu plus d’audimat demain matin. Ont-ils raison de multiplier les superlatifs et de s’empresser de crier que cette année n’est pas celle d’un “El Niño” comme un autre mais bien d’un “super El Niño” ? 

Oui et non. L’OMM à ce stade se veut prudente. Une incertitude semble subsister quant à son intensité. Néanmoins, si son arrivée est bel et bien confirmée, les climatologues s’attendent à ce que 2027 soit bien pire que 2024. Et ce ne sont pas juste les températures élevées qui sont à craindre, mais aussi les catastrophes qui viendront secouer nos vies et notamment (florilège que vous pouvez passer si vous commencer à avoir mal à la tête) : 

  • Sécheresses et incendies en Amérique centrale, en Australie, en Indonésie et dans une large partie de l’Asie du Sud-Est, où la mousson devrait s’affaiblir. 
  • Pluies intenses et inondations dans certaines régions d’Amérique du Sud, de la Corne de l’Afrique ou d’Asie centrale
  • Ouragans dans le centre et l’est du Pacifique provoqué par le réchauffement des eaux 

Vers le fini et au-delà

Vous l’avez compris et nous aussi, la combinaison de “l’Enfant terrible du Pacifique” et de nos émissions infernales de gaz à effet de serre dans l’atmosphère devraient marquer une nouvelle étape dans l’intensification des extrêmes climatiques. Franchement, “on est mal, on est mal” (référence à un grand film dont je tairai le titre puisque tout le monde (ou personne ?) ne s’en souvient). 

Quand le ciel et la mer nous tombent sur la tête comme ça, comment peut-on continuer à croire que notre modèle marche et peut continuer de marcher ? Suffit-il que l’Indonésie, qui risque de voir sa récolte de riz chuter, prévoit d’acheter cette céréale à l’avance sur les marchés pour se rassurer et éviter d’ébranler nos équilibres absurdes ?

Quand allons-nous finalement entendre ceux et celles qui désespèrent d’être entendus, les climatologues depuis leur labo, l’OMM qui a appelé les pays à se préparer ou le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a déclaré “Nous devons tous accorder à cette situation le degré d’urgence climatique qu’elle représente. Les conditions El Niño jetteront de l’huile sur le feu d’une planète qui se réchauffe”

Aurons-nous le courage de questionner, enfin, humblement, nos vies et systèmes à bout de souffle, à toutes les échelles pour voir l’évidence d’un seul et unique objectif à poursuivre : la fin de notre dépendance aux combustibles fossiles ? 

Résumons tout très simplement : veut-on encore vivre ?

SOURCES : 

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