Face à la multiplication des intempéries, des solutions innovantes émergent. Maisons amphibies, villes éponges et autres concepts pourraient être des réponses aux prochains défis.
Record historique
Du jamais vu en ce début d’année 2026. La France a passé quarante jours d’affilée sous la pluie. Un record depuis 1959. Goretti, Ingrid, Nils, Pedro, les tempêtes qui ont traversé l’hexagone ont fortement perturbé le paysage. Et cet enchaînement a eu des conséquences désastreuses avec des inondations sans précédent. Car les sols saturés en eau n’ont plus pu jouer leur rôle d’éponge. Les rivières et les fleuves ont débordé provoquant des crues intenses et de nombreux dégâts. Au total, près de 300 communes vont être reconnues en état de catastrophes naturelles, selon Sébastien Lecornu.
Comment en est-on arrivé là ? Nos choix expliquent en grande partie l’ampleur des dégâts. Urbanisation massive, bétonisation, suppression des zones humides, construction en zone inondable. Depuis l’après-guerre, nous avons méthodiquement détruit les mécanismes naturels d’absorption de l’eau comme le rappelle l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges dans son ouvrage Eaux Vives (Actes Sud, février 2026).
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis 1992, les surfaces artificialisées sont passées de 6,9% à 8,3% en 2023 du territoire selon Le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement.
En moyenne, 60 000 hectares disparaissent chaque année sous le béton, soit l’équivalent d’un département comme le Territoire de Belfort.
Ajoutez à cela le changement climatique, une atmosphère plus chaude qui retient davantage l’humidité. Les pluies deviennent plus concentrées, plus intenses, plus brutales. La mécanique est implacable. Plus d’eau et moins de sols perméables entraînent des crues plus rapides, plus fréquentes et plus destructrices.
Une maison amphibie créée pour résister aux inondations. © Baca Architects
Alors que faire ?
En 2024, plus de 17 millions de Français vivaient en zone inondable d’après le ministère de la Transition écologique. Il faut donc parvenir à s’adapter. Et pour cela, il faut apprendre à vivre avec l’eau. Cela commence par nos maisons. Des solutions simples existent comme la surélévation des prises électriques, l’installation de batardeaux autour des bâtisses, l’utilisation de matériaux résistants à l’eau ou encore l’amélioration de leur isolation grâce aux rénovations thermiques. Des experts accompagnent déjà les particuliers pour diagnostiquer les vulnérabilités.
Plus innovant encore, les maisons amphibies venues du Royaume-Uni. Elles reposent au sol en temps normal mais s’élèvent lorsque l’eau monte. Posées sur une plate-forme étanche, guidées par des pieux verticaux, elles se soulèvent grâce à la poussée de l’eau puis redescendent lorsque la crue se retire.
Autre innovation, la start-up FloodFrame, fondée à Toulouse en 2021. Son principe ? Un dispositif invisible, enterré autour de la maison, qui se déploie automatiquement sous la pression de l’eau. Une sorte d’airbag qui peut monter jusqu’à 80 centimètres.
À Toulouse, FloodFrame a inventé un airbag pour protéger sa maison des inondations. © Flood Frame
De futures « villes éponges » ?
Mais la vraie bataille se joue plus haut, à l’échelle des villes. Éviter de construire en zone inondable est une évidence mais il faut aussi transformer l’existant. Le concept de « ville éponge » gagne du terrain. Né en Asie avant d’être déployé en Europe, il permet de redonner à la ville sa capacité naturelle d’absorption. Végétaliser les cours d’écoles, construire des jardins de pluie, des toitures végétalisées, désimpérméabiliser les parkings, créer des chaussées drainantes. Bref, multiplier tous les systèmes possibles qui permettent à l’eau de s’infiltrer et à la biodiversité de se développer en zone urbaine.
Aux Mureaux dans les Yvelines, la municipalité a fait ce choix en transformant un quartier en un écosystème urbain. Les espaces bétonnés ont été remplacés par 25 hectares de végétation. Et l’eau de pluie est récupérée via des citernes enfouies. Un petit ruisseau a même été rouvert sur plus de 500 mètres.
A Montpellier, l’écoquartier Parc Marianne intègre bassins de rétention naturels, plantations massives et zones perméables pour absorber les plus intenses. Dans le Var ou le Loir-et-Cher, certaines communes redonnent de l’espace aux rivières. Élargissement des lits, restauration des zones naturelles, création d’espaces tampons capables d’accueillir les crues sans inonder les habitations. Le but est de redonner de l’espace à l’eau.
2026, l’année du basculement ?
Les inondations de 2026 ne sont pas une anomalie mais plutôt un avertissement. Le climat change, nos territoires doivent aussi changer. Repenser l’aménagement. Restaurer les sols. Freiner l’artificialisation. Construire autrement. La question n’est plus comment éviter la prochaine crue mais sommes-nous prêts à vivre avec l’eau ?