C’est une mauvaise nouvelle aux milliards de têtes qu’on n’aurait préféré ne jamais croiser : la plastisphère. Jamais entendu parler ? Pourtant les premières alertes datent des années 1970. La plastisphère est, comme souvent, une nouvelle bavure sur le vivant du modèle de société que nous poursuivons depuis la révolution industrielle. Je déclare la séance de décryptage ouverte.
Le plastique, on a l’impression qu’il a toujours fait partie de nos vies. Et pourtant… On lui doit son existence à l’Anthropocène, ère faite maison depuis le XXe siècle, ère durant laquelle l’influence de l'être humain sur les écosystèmes est devenue significative à l'échelle de l'histoire de notre planète. Depuis à peine deux siècles, nous avons développé un mode de vie drogué aux hydrocarbures. Nous multiplions les extractions de matières premières pour fabriquer, consommer, jeter. Emblème de cette non-boucle infernale : le plastique, provenant directement de ces mêmes hydrocarbures.
Le 7ème continent en pire ?
L’humain, quand il aime, ne compte plus. Notre production de plastique est astronomique : 2 millions de tonnes à l'échelle mondiale en 1950, 475 millions en 2022 et des projections qui considèrent qu’à un tel rythme, le milliard de tonnes sera dépassé en 2060. Aujourd’hui l’intégralité de nos objets et usages sont plastifiés dans les supermarchés, appartements, entreprises, décors, et tout ceci n’est évidemment pas sans conséquence pour le vivant qui nous entoure, notamment celui qui a les pieds dans l’eau. Dès qu’ils rejoignent le milieu aquatique, les débris de plastique sont en effet colonisés par des micro-organismes procaryotes*, principalement des bactéries, mais aussi des eucaryotes**, à savoir des champignons, microalgues, ciliés, flagellés, parasites unicellulaires… et même des virus, puisque c’est à la mode.
C’est donc ça ce qu’on appelle “La Plastisphère” : un nouvel écosystème microbien se développant à la surface de nos déchets plastiques flottants.
Ce sont les biologistes Erik Zettler et Linda Amaral-Zettler du Royal Netherlands Institute for Sea Research qui utilisent cette terminologie pour la première fois en 2013 dans un article scientifique. Dans leurs recherches, ils remarquent la présence de bactéries qui se développent sur le plastique mais qui ne sont pas naturelles au milieu marin, et ce ne sont pas les premiers à repérer ces assemblages microbiens, d’autres l’avaient déjà signalé dès les années 1970. Mais les Zettler et leur équipe vont plus loin : ils sont les premiers à faire une analyse génomique de ce nouveau monde sur et dans l’eau, le biofilm bactérien qui se développe sur les débris de nos vies.
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Quand le plastique devient nourriture
Les travaux des Zettler montrent que plus de 1 000 bactéries prolifèrent sur le plastique dans le Pacifique et l’Atlantique. La vie sur nos restes de yaourt et emballage de paire de chaussettes est riche : producteurs primaires, herbivores, prédateurs, parasites ou encore d’autres organismes vivant en symbiose.
Spontanément, on aurait presque envie de se réjouir de ce vivant en guerre contre le plastique, voire de rêver qu’il se charge de réparer nos erreurs en assimilant le plastique pour qu’il revienne à l’état de matière naturelle inoffensive pour nos océans. Trop facile.
Si à ce jour cette plastisphère représente moins de 0,2% de la biomasse microbienne en haute mer, le chiffre, qui est à prendre avec des pincettes, est probablement sous-évalué.
La problématique liée à la présence de cette plastisphère est multiple :
- Ce biofilm microbien à la surface de nos débris plastiques est un piège pour la faune marine. En effet, il favorise leur ingestion et est donc responsable d’une contamination de la chaîne alimentaire dans les océans.
- La plastisphère pourrait aussi être une sorte de radeau gigantesque à espèces nuisibles et toxiques. Que se passe-t-il si ces dernières sont “protégées” et transportées par flottaison d’un point A à un lointain point B ? Quel impact sur les écosystèmes, notre santé ?
L’avenir en point d’interrogation
Face à cette menace vertigineuse, il serait tentant de caricaturer. Il y a les optimistes pour qui les études actuelles illustrent que l’écosystème de la plastisphère peut se charger de la dégradation rapide des plastiques et il y a les pessimistes qui voient dans ces immenses plaques flottantes des réservoirs de pathogènes et des bombes pour nos équilibres de plus en plus fragiles. Mais comme souvent avec le réel, ce n’est ni tout blanc, ni tout noir. Et aujourd’hui, on s’active comme on peut et tous les moyens sont bons pour que notre existence ne se termine pas de manière trop abrupte.
La question qui revient, nous ne la connaissons que trop : que faire ? Quelles actions à mener ?
- La base à ne jamais oublier, c’est notre responsabilité individuelle, notre mode de vie, notre volonté ou non à faire l’effort de plastifier nos journées et nos habitudes. Faire sa part n’est pas une option.
- Il y a l’action collective : les campagnes contre le plastique se multiplient (des citoyens ou citoyennes qui se mobilisent, des ONG qui s'organisent comme Greenpeace ou makesense, etc)
- Et enfin il y a la recherche (et donc la dimension politique) qui reste la pierre angulaire du combat. Début 2011, un appel à creuser davantage les interactions entre les débris plastiques et les micro-organismes était lancé afin de mieux comprendre comment évolue la plastisphère, comment celle-ci peut impacter notre monde et ses écosystèmes. “L’Exploration Bleue” menée par KRESK 4 OCEANS depuis 2023 participe à cette recherche.
Une autre trajectoire est-elle possible ? La plastisphère sera-t-elle un jour un mauvais souvenir noyé par nos eaux bleues ? Espérons. Agissons.
* Procaryotes : organismes unicellulaires sans noyau distinct, bactéries et archées parmi les formes de vie les plus anciennes et les plus répandues sur Terre.
** Eucaryotes : organismes dont les cellules possèdent un noyau bien défini. Ils regroupent aussi bien les animaux et les végétaux que les champignons et de nombreux micro-organismes.
Sources :
La vie de ma mer (sans plastique)
Qu’on se le dise, le plastique c’est pas fantastique, c’est même dramatique, surtout pour l’océan. Alors on va réapprendre à s’en passer, à ne plus le jeter, à le ramasser pour que le ressac n’ait plus rien de plastique.
Découvrez dans notre playlist La vie de ma mer (sans plastique) conçue avec cœur et détermination par makesense, Génération mer et KRESK 4 OCEANS plein de contenus et d’idées pour préserver l’océan joyeusement.


