Micro plastiques, maxi problèmes

Micro plastiques, maxi problèmes

5 grammes de plastique ingérés par semaine, des risques d'AVC multipliés par 4,5… Les microplastiques, c'est le poison qu'on n'a pas commandé. On vous le présente quand même ?
13 April 2026
4 minutes de lecture

Les micro plastiques, particules invisibles sont partout : dans l’eau, dans les poissons… et dans nos poumons. Focus sur une pollution discrète mais massive qui infiltre nos corps et empoisonne nos vies.

Qu'est-ce qu'on vous sert ? Une entrée aux résidus de bas nylon, un plat aux micro billes de cosmétique, un dessert aux particules de pneus ? Avec ce menu du jour, laissez-moi vous recommander une carafe d'eau légèrement plastifiée. Ah oui et aussi pas besoin de payer en carte bleue, vous l'avez déjà engloutie cette semaine. « À travers l'eau que nous buvons et les produits que nous consommons (poissons, viande, produits emballés dans du plastique…), nous ingérons l'équivalent du poids d'une carte bancaire de plastique par semaine soit environ 5 grammes, » explique l'association Zero Waste France. Vous n'avez plus faim ? Nous non plus.

Les chiffres sur les microplastiques ont de quoi nous couper l'appétit, tout comme celui des oiseaux marins de la mer du Nord qui sont 94 % à en avoir ingéré malgré eux. Oui parce que le microplastique, comme son nom l'indique, est minuscule, d'une taille comprise entre 5 mm et 1 micromètre (un cheveu, c'est environ 100 fois plus gros) et son cousin le nanoplastique l'est encore plus, avec une taille inférieure à 1 micromètre. Tous deux viennent des déchets plastiques qui, soumis aux éléments, vent, soleil, sel, se fracturent en particules de plus en plus petites, à tel point qu'elles finissent par devenir invisibles à l'œil nu, mais présentes pourtant dans les endroits les plus reculés de la planète. Dans la famille des microplastiques, il y a aussi ceux que l’on dit primaires qui sont générés directement lors de l'utilisation des objets en plastique, comme les traces de pneus sur l'autoroute, par exemple.

Vous reprendrez bien un peu de plastique ?

Et ils sont partout. Une étude parue en 2025 dans la revue PLOS Water a analysé dix marques d'eau en bouteille vendues en France ainsi que de l'eau du robinet : tous les échantillons contenaient des microplastiques. Plus troublant encore : près de 98 % des particules présentes échapperaient aux méthodes de détection actuelles, trop petites pour être repérées. Quant aux sachets de thé en plastique, ils libèrent jusqu'à 11,6 milliards de particules lors d'une simple infusion. Vous n’avez plus soif ?

Les conséquences de tout ce plastique sont les mêmes sur la santé de nos écosystèmes, de la faune sauvage que de la nôtre. On a retrouvé du plastique dans le sang humain, le cerveau, les poumons, les testicules, la moelle osseuse. Pas besoin d'être Marie Curie pour comprendre que cela ne laisse rien présager de bon. « La liste des effets supposés à long terme de l'exposition aux microplastiques est longue, explique Zero Waste France… Des cancers, diabètes, troubles du développement neurologique, problèmes respiratoires et cardiovasculaires peuvent ainsi être causés par l'accumulation néfaste de plastique dans l'organisme. »

Du plastique dans le cœur

Les études récentes sont de plus en plus alarmantes. En mars 2024, une équipe italienne a détecté des microplastiques dans les plaques carotidiennes de plus de 300 patients : ceux dont les artères en contenaient présentaient un risque d'infarctus, d'AVC ou de décès multiplié par 4,5 dans les 34 mois suivants. Du côté du cerveau, des chercheurs de l'université du Nouveau-Mexique ont montré que la concentration en microplastiques dans le cerveau humain a augmenté de 50 % entre 2016 et 2024 et que les cerveaux des personnes atteintes de démence en contiendraient trois à cinq fois plus que la moyenne. Des liens sont également étudiés avec les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, dont on sait que les microplastiques perturbent profondément le microbiote.

Les femmes sont particulièrement touchées par cette pollution sournoise : elles y sont davantage exposées via les cosmétiques et les perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques interagissent plus fortement avec leur biologie. Les enfants pas encore nés sont aussi concernés, puisqu'on a retrouvé des microplastiques dans des placentas dans la totalité des 62 échantillons analysés dans une étude de 2024, avec des concentrations variables mais systématiquement présentes. Bienvenue.

Pour arrêter de s'intoxiquer aux microplastiques, il n'y a pas mille façons : il faut éradiquer le plastique à la source. Et pour couper le robinet, mieux vaut s'y mettre maintenant, individuellement et collectivement, sans attendre les 500 ans que prendra la dégradation du plastique déjà produit.

Couper la source du problème

Sur le plan international, il est urgent de prendre des mesures drastiques et on a failli y arriver avec le traité mondial contre la pollution plastique. Une 5e session de négociations était organisée à Genève en août 2025 pour que tous les États du monde adoptent un traité exigeant et salvateur, couvrant l'ensemble du cycle de vie des plastiques, de la production à la consommation jusqu'à la gestion des déchets. Après 10 jours de négociation, les représentants autour de la table n'ont pas réussi à se mettre d'accord,  il va falloir encore patienter. 

En attendant, rien n'empêche l'Europe de légiférer. La directive sur le plastique à usage unique (SUP) a été adoptée à Bruxelles en 2021. Onze catégories de produits en plastique à usage unique ne peuvent plus être commercialisés : couverts, assiettes, pailles, cotons-tiges, etc. Depuis juillet 2024, les bouchons de bouteilles doivent rester attachés au goulot pour éviter qu'ils se dispersent dans la nature. La directive fixe aussi des objectifs de recyclage : 90 % des bouteilles en plastique devront être collectées séparément d'ici 2029, et fabriquées avec au moins 30 % de plastique recyclé d'ici 2030. 

Et la France dans tout ça ? Elle est depuis octobre 2024 sous le coup d'une procédure d'infraction européenne pour transposition insuffisante de la directive SUP, notamment sur la définition du "producteur", même si elle reste globalement en avance sur beaucoup d'autres pays européens grâce à sa loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) de 2020. 

S’informer sur les micro plastiques ça peut être macro décourageant mais une fois encore, on ne se laisse pas abattre. Le plastique, on l'a fabriqué, on l'a adoré, on l'a avalé. Maintenant, il est temps de l'arrêter. Individuellement, collectivement, politiquement, c'est sur tous ces fronts à la fois qu'on gagnera. Et on a quelques idées pour vous aider à démarrer. Chiche ?

La vie de ma mer (sans plastique)

Qu’on se le dise, le plastique c’est pas fantastique, c’est même dramatique, surtout pour l’océan. Alors on va réapprendre à s’en passer, à ne plus le jeter, à le ramasser pour que le ressac n’ait plus rien de plastique. 

Découvrez dans notre playlist La vie de ma mer (sans plastique) conçue avec cœur et détermination par makesense, Génération mer et KRESK 4 OCEANS plein de contenus et d’idées pour préserver l’océan joyeusement.

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