20 000 plastiques absurdes sur les mers : quand le Grand bleu n’est plus si bleu

20 000 plastiques absurdes sur les mers : quand le Grand bleu n’est plus si bleu

Les océans sont devenus la poubelle du monde. Récit d'une pollution ordinaire, mondialisée, et bien trop ignorée.
13 April 2026
6 minutes de lecture

Des talons aiguilles au milieu du Pacifique, des manches d’aspirateur sur une île inhabitée : les océans sont devenus le miroir de nos déchets les plus insolites. Loin des clichés du “continent de plastique”, une réalité plus diffuse - et tout aussi flippante - se dessine en mer. Récit d’une pollution ordinaire, mondialisée, et bien trop ignorée, par le prisme de ceux qui l’ont vu de près.

 @MAEWAN

Tous les ans, ce ne sont pas 1 ni 2, mais bien 8 à 12 millions de tonnes de plastiques qui finissent dans les océans. 

Si le terme « 8 à 12 millions de tonnes » ne vous suffit pas à vous dire « wow, ça a l’air de faire beaucoup », alors notez que ça revient à dire qu’un camion poubelle entier de déchets est reversé dans l’océan toutes les minutes. 

1440 camions par jour. 525 600 par an.

Comme si cette nouvelle ne sentait pas suffisamment le roussi, remarquez que le plastique ne se décompose pas, qu’il peut persister indéfiniment, et se fragmenter en minuscules particules - le fameux microplastique -. 

Pour vous la faire courte : les déchets plastiques sont le problème numéro 1 de la pollution marine. Trop fantastique, ce plastique.  

Au-delà des milliers d’objets du quotidien qui se transforment en radeaux de fortune dès qu’ils sont mal éliminés ou mal gérés, certains objets retrouvés en mer se distinguent par leur incongruité.

Marion Courtois, membre de l’équipage de l’association MAEWAN en a fait l'amère expérience. Retour sur son récit. 

Pas de cerise sur le gâteau, mais du plastique sous le bateau

Initialement, quand le voilier MAEWAN IV hisse les voiles, ce n’est pas pour partir étudier les plastiques en mer, mais pour aller à la rencontre de peuples traditionnels. Face à l’épuisement des ressources naturelles, c’est auprès d’eux que l’association cherche des solutions durables. 

Entre 2019 et 2020, alors que l’équipage vogue sur le Pacifique, il se retrouve à deux reprises au milieu d’océans de plastique.

Marion déclare “On est complètement sensibilisé sur le sujet dans nos vies professionnelles et personnelles, mais malgré ça, on ne s’attendait pas à un impact aussi important”. Ils décident alors de travailler sur le sujet le temps d’une escale de deux mois.

“On a navigué pendant des jours dans ce qui ressemblait à une décharge publique à ciel ouvert, avec des objets qui flottent partout autour de nous en permanence.”

 @MAEWAN

Une décharge flottante

À défaut d’avoir le vent en poupe, l’embarcation de MAEWAN avait la poupe dans les déchets. Moins glamour, mais plus témoin de ce que nos plastiques deviennent vraiment.

Marion explique, « On a navigué pendant des jours dans ce qui ressemblait à une décharge publique à ciel ouvert, avec des objets qui flottent partout autour de nous en permanence. C’était si grand qu’on était incapable de dire si on était au milieu ou en périphérie de l’océan de plastique, ni même estimer sa taille. La seule chose qu’on sait, c’est qu’on a navigué sur plus de 350 km dans les déchets et la seconde, nous sommes restés plus d’une semaine dedans”.  

Parmi ceux qui restent malheureusement à flot, l’équipage identifie beaucoup d’objets du quotidien - des tongs, des selles de vélos, des packaging cosmétiques, des brosses à dents, des filets de pêche, des tonneaux, des récipients et sacs en plastique,... Des objets banals chez nous, mais dont la présence en surface d’océan, au milieu de rien, devient absurde. 

Au-delà des objets en surface, ce sont aussi les micro-plastiques qui impressionnent. Alors que les conditions météo étaient douces, que les eaux étaient calmes et transparentes, “à l'œil nu, on voyait les billes de micro-plastiques plonger sur 10 ou 15 mètres vers les fonds marins, sans être capable d’estimer sur quelle profondeur ça descendait encore”, détaille Marion. 

Anguille sous roche… et talons aiguilles sur plage désertique 

Au milieu de ce Pacifique, l’équipage arrive au cœur de l’atoll de Ducie Island.. 

Ducie Island, c’est le calme plat, à l’exception des chants des oiseaux. C’est une terre totalement inhabitée par l’Homme. C’est la solitude à 5000 km des premières Terre. C’est le Pérou au plus proche à l’Est, et la Nouvelle-Zélande à l’Ouest. Et c’est aussi… Une décharge. Des déchets à perte de vue. Du plastique, au milieu d’un monde sans vie humaine. 

« Ça fait un drôle d’effet de trouver des talons aiguilles, des Crocs et des manches d'aspirateur au milieu d’un atoll complètement isolé… Je crois que c’est ça, le plus absurde que j’ai pu croiser, par son décalage entre l’objet et le lieu”, explique Marion. 

Elle poursuit: “Sur pas mal d’objets, on arrivait encore à lire les étiquettes. C’était écrit dans des dizaines et des dizaines de langues. Tout ce qui était ici, arrivait du monde entier.” Peut-être même de chez vous, en réalité. 

On prend les mêmes, et on recommence 

Le voilier de MAEWAN IV de 11 mètres n’est pas équipé pour récolter des déchets. L’équipe est totalement démunie face aux dizaines de tonnes de plastique échouées, elle passe le flambeau à Plastic Odyssey

Ce projet français, qui parcourt le monde pour lutter contre la pollution plastique en développant des solutions locales de recyclage, a fait deux escales sur Ducie Island pour récolter les déchets.

Une première un an après le passage de MAEWAN, la deuxième quelques mois plus tard. “Quand ils sont revenus la seconde fois, c’était comme s’ils n’étaient jamais passés.”, se désole Marion.

Ça s’explique notamment par des courants marins qui rassemblent les déchets à certains endroits du globe.

Des courants marins qui ont d’ailleurs été modélisés et confirmés par les océanographes Curtis Ebbesmeyer et James Ingraham dans les années 1990, grâce à… des canards en plastique.

En effet, en 1992, un porte-conteneur perd 12 conteneurs en mer. C’est ainsi que 29 000 canards jaunes, castors rouges, tortues bleues et grenouilles vertes se sont retrouvés à barboter dans un bain plus grand que prévu : l’Océan Pacifique. 

Alors que certains ont échoué sur les rivages de cet Océan, comme à Hawaï, d’autres ont vogué sur plus de 17 000 milles nautiques — l’équivalent de 31 500 km —.  Les océanographes étudient leurs trajectoires pour confirmer certaines hypothèses, comme l’existence du courant à l’origine du vortex de déchets du Pacifique nord. 

Aujourd’hui, on compte 5 gyres océaniques - des immenses tourbillons de courants marins - qui forment le 7e continent de déchets, dont la taille équivaut à six fois la France. 

En parlant de trouvaille plastique absurde en mer, se faire confirmer des travaux scientifiques par des coins-coins en plastique, c’était certainement pas sur le Bingo des scientifiques en 1992...

 @MAEWAN

Les jouets ont le mal de mer

Des jouets, Marion s’étonne de ne pas en avoir croisés beaucoup au milieu de ces monticules de déchets - exception faite des jeux de plage - ! Du côté de New York, sur les rives de l’île Plum Island, l'Océan Atlantique, lui, semble plus généreux de ce côté-là. Corinn Flaherty a ouvert le  Museum of Lost Toys & Curiosities pour exposer ce que la marée dépose sur un seul tronçon de plage du Massachusetts, d’environ 1km (0,5 mile). 

On y retrouve quelques poupées, petites voitures et jouets Happy Meal, mais aussi tout un tas d’autre curiosités comme des bouchons de bouteilles, des pailles en plastiques et des couverts, des talons cassés, des lunettes, des pelles et des seaux … tout un tas d’objet du quotidien, comme évoqué également par Marion. 

Finalement, dans ce genre de récit, difficile de dire quelle trouvaille est la plus absurde à la surface de l’eau : l’absurde n’est pas une exception, c’est la norme de cette réalité pour toutes ces expéditions qui se mobilise au quotidien: Race for Water, Expédition 7ème continent, Expédition Med, The Flipfloppi Project ou Wings of the Ocean.

Marion Courtois, cap sur l’engagement

Naturopathe de formation, Marion a tant de cordes à son arc, que ce dernier ressemble davantage à une harpe ! Elle est aujourd’hui à la fois présidente de l’association MAEWAN, co-leader des expéditions, après avoir été employée à la direction de programmes humanitaires en Amérique Centrale, au Sahara, et au Moyen-Orient au sein principalement d’ONGs. Oui, rien que ça.

Auprès de MAEWAN, elle souhaite participer à construire un futur respectueux de la planète mais aussi de chacun. En quelques mots, Marion, c’est un jeune vieux loup de mer qui n’hésite pas à se lancer toutes voiles dehors lorsqu’il faut nager à contre-courant pour sensibiliser ou aider les autres.

La vie de ma mer (sans plastique)

Devinette : combien de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans l’océan. Une paille ? Plutôt des milliards. À l’échelle de la planète, on estime que la quantité de plastique dans la grande bleue est comprise entre 75 à 199 millions de tonnes. Gloups.

Non seulement, tout ce petit monde aux relents de pétrole asphyxie la faune et la flore marine mais en plus s’échoue sur nos plages. On fait quoi ? On dit non au plastique et oui à l’océan préservé ? Suivez-nous.

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