Elle est ceinture noire en connaissance sur le plastique, et toujours pas plastic-free. Bienvenue dans la vie de Capucine qui essaie vraiment de s’en passer avec ses bocaux, ses mites domestiques et son 23ème essai de dentifrice solide.
« Ça fait SIX ANS que tu étudies le plastique ?! Donc évidemment, tu n’en utilises plus du tout ? » J’aimerais répondre avec un sourire large, serein et inspirant : « Oui ! Et tu sais quoi ? C’est très possible. Il suffit de le vouloir. » Mais... non, il ne suffit pas de le décider. Et sur mon chemin pour échapper aux tentacules de l’hydre plastique, je suis loin de sourire crânement.
Bien sûr, le cellophane n’a pas sa place chez moi, pas plus que les pousse-mousse de savon. Bien sûr je n’achète pas d’ananas découpées sous barquette de polystyrène filmée. Bien sûr j’ai enterré les Tupperware de ma grand-mère avec elle. Bien sûr je n’achète pas de pulls en polyester ni de salade sous vide. Bien sûr, si le fleuriste intente d’emballer mes fleurs sous plastique glacé, je l'insulte. Et bien sûr je préfère mourir de soif plutôt que de poser mes lèvres sur une eco-cup. MAIS... je suis loin d'être libéréééééée, délivrééééée des plastiques.
Et je ne suis pas la seule : de nos jours, en France et dans la plupart des pays du monde, la personne 100% plastic-free, c’est comme le rayon vert : on aimerait la trouver, mais ça a tout d’une légende. C’est un phénomène d'optique, une réfraction de l’esprit dont les gens parlent et que nul n'a observé.
Vivre sans plastique, quelle drôle d'idée
Pour autant, ma vie porte les cicatrices voire les stigmates d’une personne plastic-free.
Quand je fais mes courses, on entend venir à 100 mètres mon artillerie de bocaux et mes sachets brodés ridicules, ça manque de discrétion. Je reviens autant que possible avec des paquets de 5kg, et ça ne tient pas chez moi. Quand j'oublie mes sacs, je remonte mes six étages plutôt que d'en demander en caisse, ça questionne mon usage du temps. Chaque semaine, plusieurs de mes heures sont gobées par l’épluchage et découpage de produits frais achetés en vrac. La conséquence sur mon palier est directe : au lieu d'être décoré d’un range-chaussures bien propre, il héberge un lombricomposteur mangeant mes épluchures, c’est flippant. Je finis de refroidir mes invités en leur refusant toute bouteille d’eau gazeuse.
À lire sur le même sujet → Micro plastiques, maxi problèmes
Côté vêtements, la laine et autres fibres naturelles dont je m'affuble ont invité les mites – incapables de manger les fibres synthétiques – à élire domicile dans mes tiroirs, ça donne un style mitigé. Mitigé aussi, le dentifrice solide : j’en suis à mon 23ème modèle et toujours pas trouvé le bon, ça commence à sentir mauvais.
On continue la liste ? Je fabrique moi-même mon granola, mais pour trouver du lait sous bouteille en verre, il faut presque aller en Angleterre, or le granola sans lait, c'est comme une île flottante sans île. Pour avoir la peau douce sans recourir aux gommages sous tube plastique, je fais sécher du marc de café, qui souvent moisit dans son bocal, impatiente de l’embocaliser que je suis ; en plus, comme je ne bois pas de café, je récupère celui des autres, ils trouvent ça louche.
Pour mes lessives, j'ai dépensé 30€ pour un petit sac empêchant le relarguage de microfibres synthétiques dans l'océan (ma garde robe n'est pas entièrement plastic free), mais lorsque je verse la récolte de particules dans la poubelle, ça me laisse dubitative. Et puis je ne comprends toujours pas pourquoi le sac est en... polyéthylène. Autant de questions qui essorent mon cerveau : tenter de déplastifer ma vie encombre-t-il plus que cela n'allège ?
Sous les stigmates, la résurrection
Mais qui dit stigmate, dit joie de la résurrection et vie éternelle, n’est-ce pas ?! C'est ce qui se passe avec le plastique : face à sa dictature, chaque fois que j’évite un usage, j’éprouve une petite joie et un sentiment de liberté. Le bannir intégralement n’est pas possible : rien que le smartphone et l'ordinateur nous mettent dedans, et surtout, on ne peut éviter les micro et nanoparticules infiltrées dans l'eau, les aliments, l'air et les sols, faisant que même en vivant nue dans la forêt, je toucherai, avalerai ou inhalerai des plastiques et leurs additifs. Mais – et cela donne tout son sens à la démarche – slalomer entre ses plus grosses gouttes est non seulement possible, mais réjouissant.
Réjouissant car le contact, visuel ou de nos corps, avec le bois, la céramique, la pierre, la laine, le coton, le lin, le chanvre et autres matières naturelles fait tout simplement du bien. C’est même prouvé, et pour les curieux d’architecture, cela s’inscrit dans le design biophilique, qui prolonge la connexion innée et instinctive entre l’humain et la nature. Il réduit le stress, stimule les sens, ce qui améliore la créativité et par ricochet, accroît la productivité – alors que s’entourer de surfaces industrielles lisses lasse. Vivre dans du bois adoucit l’acoustique. Allumer une bougie en cire d’abeille réconforte et évite les additifs des bougies en paraffine parfumées. Porter des fibres naturelles régule mieux l’humidité et laisse la peau respirer.
Patience, patience…
Et au-delà de faire du bien, moins de plastiques autour de soi signifie moins de risques pour sa santé : sur les plus de 16 000 additifs utilisés par les plastiques du marché, 10 000 ne présentent aucune données sur leur identité, leurs fonctions et/ou leurs applications, et 4 200 sont carrément classés dangereux pour la santé, ou l'environnement, ou les deux. Notamment pour leur caractère perturbateur endocrinien, cancérigène, mutagène et/ou reprotoxique.
Tout ce que je décrivais plus haut prend alors encore plus de sens. Et de même que Rome ne s’est pas construite en un jour, déconstruire une vie moulée dans du plastique ne se fait pas en 24 heures non plus. Aussi peut-on sincèrement se réjouir de chaque avancée, chaque réalisation, chaque pied de nez à la plasturgie. Monter le filtre à eau du robinet m’a pris un week-end entier ? Les effets perdureront chaque jour. Ma lessive faite maison est un échec cuisant ? Elle a fini en lessive pour les murs du hall, et j’ai acheté une poudre, c’est autant de bidons (essentiellement composés d’eau) d’économisés. Trimbaler ma gourde en inox m’encombre ? Je savoure de boire du thé gratos toute la journée. Fabriquer mon démêlant avec du lait d’avoine, du vinaigre de cidre et de l’aloé vera prend trois plus de temps que de me démêler les cheveux mécaniquement ? Pas faux, mais ça fait moins mal. Mon déo bio pue ? J’en testerai un autre. Les plats préparés en barquette me faciliteraient la vie ? Je pense aux nanoparticules évitées dans mon système nerveux, mes vaisseaux sanguins, mes poumons, mon foie, mes reins, mon cœur, mon système digestif, mon cerveau, ma moelle osseuse...
Entre frustrations et joies de se passer de plastique, tout est une question de balance. La mienne penche sans conteste du côté joie(s). Et les jours où l'agacement l’emporte, je me rappelle que « heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes, ils n’ont pas fini de s’amuser ! »
La vie de ma mer (sans plastique)
Qu’on se le dise, le plastique c’est pas fantastique, c’est même dramatique, surtout pour l’océan. Alors on va réapprendre à s’en passer, à ne plus le jeter, à le ramasser pour que le ressac n’ait plus rien de plastique.
Découvrez dans notre playlist La vie de ma mer (sans plastique) conçue avec cœur et détermination par makesense, Génération mer et KRESK 4 OCEANS plein de contenus et d’idées pour préserver l’océan joyeusement.











