Les 8 bonnes idées pour préserver la biodiversité quand on habite en ville

Les 8 bonnes idées pour préserver la biodiversité quand on habite en ville

C’est pas parce qu’on habite en ville qu’on n’a pas le droit à un bout de biodiversité. Voici quelques bonnes idées pour lui donner une bonne place.
06 March 2024
par Vianney Louvet
6 minutes de lecture

En France, quasiment un quart du territoire est urbanisé, et près de 80 % de la population vit en ville selon l’INSEE. Pour beaucoup d’urbains et d’urbaines, la biodiversité et les fleufleurs, c’est réservé aux campagnards. Et pourtant, il y a mille façons d’accueillir la biodiversité sur le pavé.


Faites tomber le k-way des villes


Le mal de notre siècle, c’est de rendre tous nos sols imperméables, notamment en les recouvrant de bitume. Ouvrez donc l'œil, dans votre jardin, sur votre terrasse et votre quartier et faites tout pour préférer les dalles alvéolaires, les cailloux, les caillebotis à la bétonisation. 

Cela permettra bien-sûr de limiter les inondations, mais aussi d’humidifier les couches de sols, de terres et de préserver leurs innombrables habitants qui en ont besoin pour survivre. Méfions-nous des réflexes qui visent notamment à évacuer l’eau pluviale sans infiltration dans le sol. Les tuyaux et autres bouches d’égouts sont en effet des barrières à l’arrosage naturel du monde sous nos pieds et l’eau stagnante est souvent un palace 5 étoiles pour de nombreuses espèces aquatiques et végétales.

PS : notons tout de même que la « saleté » des caniveaux peut, elle aussi, abriter une biodiversité impressionnante, peut-être plus invisible. Bactéries, algues, champignons, éponges, mollusques… Le Muséum d’Histoire Naturelle a notamment montré que 70 % de ces organismes se développent uniquement dans ces milieux spécifiques où il se nourrissent des déchets et des résidus de pollution qu’ils contribuent aussi à réguler… Très forts, non ?

Céder aux caprices de la biodiversité, cet enfant gâté


Que ce soit dans votre bout de jardin ou dans le quartier, le vivant est pluriel. Et chaque zone, chaque espèce, nécessite une attention particulière et une gestion dite “différenciée”. Autrement dit, il va vous falloir accepter de laisser certaines zones en friche totale, quand d’autres seront plus suivies, des arbustes taillés, des massifs désherbés. De nombreuses villes pratiquent cette gestion différenciée en laissant les pieds d’arbre retrouver une flore spontanée, des bouts de parcs urbains vivre leur vie. Acceptez cette nature moins rangée (mais tellement plus riche).

Aussi, le vivant est toujours le plus intelligent pour montrer comment il peut le rester. Il peut aussi être “lanceur d’alerte” : vous croisez de plus en plus de lézards ou de pariétaire de Judée (une plante qui aime grimper sur les murs) ? Ils sont le symptôme de villes fournaises, îlots de chaleur auxquels leur métabolisme est adapté. Dans l’autre sens, ces températures qui explosent ont raison d’autres essences comme la Centaurée jacée de plus en plus rare en milieu citadin…


Le tram, c’est bien, les trames, c’est encore mieux


Le tram est revenu à la mode depuis quelques décennies. Des villes qui l’avaient auparavant supprimé le réinstalle : il est en effet peu bruyant, peu polluant (quoique) et ouvre de grands espaces pour la ville, notamment pour les piétons. Bien. Mais créer des passages pour d’autres types de piétons, les insectes par exemple, c’est possible ? Absolument et cela ça s’appelle pareil, les trames ! Celles qui ont été rendues célèbres par la loi Grenelle de 2007, ce sont les trames vertes, des corridors végétaux essentiels à la vie, la fraîcheur, etc. Mais il n’y a pas que ça : il y aussi les trames bleues (fleuves, rivières, littoraux, espaces humides), les trames brunes, plus rares, qui sont en fait le sol en pleine terre, les trames grises (l’air, loin d’être anodin bien qu’invisible à nos yeux!) et enfin les trames noires, un réseau formé de corridors écologiques caractérisé par une certaine obscurité.

Le bonus : souvent le bonheur de l’un peut faire le bonheur de l’autre. Par exemple, les voies réservées aux piétons ou aux cyclistes ont l’avantage de pouvoir être plantées d’espèces différentes, telles des essences indigènes produisant des baies appréciées des oiseaux…


Sexifier la bioversité


Des pubs pour la dernière veste H&M, il y en a à la pelle, partout. Des pelles justement, et le pourquoi de l’utilité du travail de la terre, de la biodiversité, beaucoup moins. Et si nous devenions des biodiversinfluenceurs et biodiversinfluenceuses ? Et si nous plantions ici et là quelques panneaux informatifs pour éveiller à tous ces bastions de résistance du vivant ? “Ici vous marchez sur une zone humide qui est aussi un discothèque d’insectes”, “ici vous vous faites reluquer par un arbre âgé de plus de 100 ans dans lequel des oiseaux cavernicoles comme la chouette hulotte adorent se prendre des cafés”, etc.

La recette pour une biodiversité qui ne prend pas une ride
  • R comme réduire les pressions,
  • I comme interconnecter les écosystèmes existants,
  • D comme diversifier les espèces animales et végétales
  • E comme échanger (les connaissances) et exister (laisser le vivant vivre sa vie, sans nous)


Protéger les dents creuses des dents longues


Il y a parfois, entre deux maisons, deux immeubles, des trous. Du rien. Selon certains, du moins. Un espace où il serait tentant d’ajouter une petite construction, de bétonner, de construire pour gagner un peu de place, puisqu’il n’y a “rien”. Mais ce rien, aussi appelé “dent creuse” est souvent au contraire un Larzac, un Notre-Dame des Landes de la biodiversité, un lieu envahi par les mauvaises herbes et donc par un biotope riche ! C’est loin d’être un détail : chaque plante aussi petite soit-elle participe à l’épuration de l’air, de l’eau et du sol. Les arbres, notamment, fixent des polluants atmosphériques et jouent ainsi un rôle clé dans le cycle du carbone. 

Tenez, tant qu’on y est : oublions ce terme de “mauvaises” herbes et préférons parler d’herbes folles ! Depuis la loi Labbé de 2017, les produits chimiques ne sont plus autorisés dans les espaces verts, permettant à quelque végétation spontanée de réapparaître, au plus grand bonheur des pollinisateurs menacés…


Demander d’abord au petit sage du quartier


n s’imagine parfois que la biodiversité, c’est balancer des graines, planter des arbres partout. Mais c’est plus compliqué que ça. 

Descends de 3 étages et demande à ton vieux voisin des conseils : quelles essences d’arbres poussaient dans notre rue dans le temps, permettant ainsi à des espèces animales locales de s’y abriter ? Planter des arbres fruitiers, c’est une super idée, ça nourrit à la fois les insectes, les oiseaux, les humains, mais lesquels choisir ? Climat, humidité, type de sol, tout ne poussera pas !

S’il te parle avec colère des thuyas qui ont “tout envahi”, il aura raison. On appelle cela “les espèces invasives”. C’est du vivant, certes, mais cela peut être très néfaste au développement et à l’épanouissement des écosystèmes. À la base ce sont souvent des espèces exotiques arrivées là par hasard ou avec un but lucratif très clair. Si elles ne sont pas adaptées à notre environnement elles ont pourtant la particularité de se développer rapidement. 

Rétablir le “naturel”, c’est possible, à l’instar de Brest. La sensibilisation intense de sa population, la formation des équipes municipales dédiées aux espaces verts pour pouvoir reconnaître ces plantes, ont permis de limiter le développement de certaines espèces.

Organiser un bon gros banquet


Il n’y a rien de mieux que l’assiette pour sensibiliser aux enjeux de la biodiversité. Manger une salade de tomates avec un peu de Cœur de Boeuf, une Noire de Crimée et quelques bouts de Cornue des Andes, en sachant qu’elles ont été cultivées dans le jardin d’à côté, ça vaut toutes les conférences du monde. Un exemple qu’on aime : la métropole de Nantes a décidé, via une mesure inédite, de faciliter la réinstallation de jeunes agriculteurs, essentiellement bio, afin d’être en mesure de fournir les cantines scolaires en bio. Nantes “utilise” donc son système alimentaire pour favoriser les circuits courts et la biodiversité urbaine. 


Jardiner en famille élargie


Autre idée à faire fleurir dans les communes qui existe depuis la fin du XIXe siècle : les jardins familiaux qui n’ont que des avantages : économiser de l’argent, tisser des liens sociaux durables, embellir les villes, prendre soin de la santé des habitants. Une sorte de médecin-médiateur culturel-comptable gratuit. Bien, non ? 

En gros, la commune loue des terrains inoccupés et ses habitants les cultivent avec soin. Avec ça, les villes gagneront peut-être des labels qui en jette : “Territoire engagés pour la Nature” (une initiative du ministère de la Transition écologique piloté par l’Office Français de la Biodiversité) ou encore le label “capitales françaises de la biodiversité” qui est une sorte de cérémonie des Oscars des meilleures actions en faveur de la biodiversité par les collectivités…

Nous, en tant que citoyens et citoyennes, devons aussi être force de proposition ! Des initiatives associatives qui promeuvent la nature en ville sont toujours des occasions de créer du lien, d’utiliser des outils d’éducation populaire. Quelques exemples ?  Sauvages de ma rue (un programme de sciences participatives), Lichens go (pour recenser les lichens urbains), Mon balcon est un refuge LPO (pour accueillir la biodiversité sous ses fenêtres)...

Allez, on se sort les racines du bitume.  


Sources : 

Ré-action spécial nature en ville.

15 jours pour s’activer en collectif près de chez soi

Comprendre les tenants et aboutissants du vivant et mener pendant 15 jours des actions concrètes et joyeuses autour de la nature en ville en collectif et en présentiel, voilà le programme de ré_action. Infos, défis, rencontres, on fournit la feuille de route et les co-équipiers. Gros kiff garanti !


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