Du mouton basque au doudou, Traille et Caloun remontent le fil

Du mouton basque au doudou, Traille et Caloun remontent le fil

Jeter la laine des moutons ? Hérésie. La transformer en paillage ou layette ? Une bonne idée du pays basque !
05 March 2026
3 minutes de lecture

Installée à Anglet, Muriel Morot a fondé Traille pour redonner de la valeur à une ressource longtemps délaissée : la laine de brebis du Pays basque. Innovation textile, paillage naturel, accessoires et désormais layette avec la marque Caloun : son entreprise multiplie les usages pour éviter que la laine ne devienne déchet.

 « C’est le bureau rempli de laine », avait précisé Muriel Morot en amont de l’interview. De grands carrés de ouate ou de paillage remplacent en effet les habituels dossiers tout autour de son espace de travail. Depuis plusieurs années, elle exerce son activité depuis la pépinière Arkinova à Anglet, aux côtés d’autres créateurs d’entreprises et rejoindra bientôt un autre site.

Son intérêt pour cette ressource locale remonte à un paquet d’années. « A l’été 2019, j’ai discuté un peu par hasard avec un berger qui m’a dit qu’il jetait et brûlait la laine de ses brebis. J’ai trouvé ça hallucinant. C’est même devenu un peu obsessionnel. », partage-t-elle. La fondatrice n’est pas du genre à rester les bras ballants. « Six semaines après, j’ai acheté 600 kg de laine et j’ai commencé des tests pour la revaloriser. » Jusqu’alors, son engagement écologique était cantonné à sa vie privée, avec de petites actions « à l’échelle individuelle ». La création de sa société Traille en 2020 lui permet d’agir à un autre niveau. « Même si l’entrepreneuriat est un choix risqué, le fait de pouvoir développer une activité professionnelle 100 % alignée avec mes convictions, ça me va très bien ! Il y a une forme de militantisme dans ma démarche », sourit-elle.

Multiplier les usages

La laine des brebis que l’on trouve au Pays basque (brebis Manech et Lacaune principalement) ne permet pas ou difficilement de créer des fils de laine pour les circuits classiques, car ces fils ne sont pas suffisamment fins et leur traitement est cher. Muriel a donc exploré d’autres pistes pour revaloriser la laine, qu’elle redistribue aujourd’hui via divers circuits. « J’ai décidé d’aller vers l’innovation pour essayer de créer de nouvelles matières, explique-t-elle. J’ai collaboré avec des laboratoires textiles. Nous avons travaillé sur les propriétés de la laine sans passer par la case fil. » À la clé, de la ouate technique qui permet de nombreux usages.

« On essaie de mettre de la laine partout, à des endroits où on n’y pense pas. »

En premier lieu dans le domaine du textile et de l’ameublement (entre autres clients, on trouve les marque Hast, Oxbow, Balzac Paris pour les vêtements, ou encore Socoa, localement, pour l’ameublement). Parmi les utilisations récentes et plus originales : des étuis à vin en laine, pour le Château Cheval Blanc ou des capitons de cercueil depuis 2025. Autre innovation lancée l’année dernière : le paillage en laine de brebis pour remplacer les habituelles bâches plastiques afin d’empêcher la pousse des mauvaises herbes. Aujourd’hui, l’entreprise récupère entre 70 et 80 tonnes de laine de brebis chaque année auprès de 200 à 250 éleveurs du territoire.

La laine récupérée est ensuite traitée par des coopératives partenaires. Elle est lavée, triée, peignée selon les usages (ce n’est pas nécessaire pour le paillage) dans le dernier atelier de peignage de France à Tourcoing, puis transformée en atelier de confection. « Le dernier atelier de confection du Pays basque a fermé l’année dernière, se désole Muriel. Donc nous passons par un atelier situé à Niort. »

Une nouvelle marque pour bébés à base de laine de brebis

Depuis le lancement, Traille ne cesse de se développer. À tel point que la fondatrice a créé avec son conjoint sa propre marque fin 2025, en association avec son conjoint Thomas Abramowicz : Caloun. « L’idée est venue à la naissance de mon troisième enfant, confie la passionnée. J’ai demandé à ma mère de coudre une couverture de naissance à base d’un bout de laine qu’il me restait et de gaze de coton que j’ai achetée. Ma fille ne l’a pas quittée pendant trois mois. Contrairement aux matières synthétiques, cette couverture régule la température en plus de tenir chaud. Les matières naturelles, c’est toujours mieux. »

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Séduit par ce prototype, le couple décide de commercialiser leur trouvaille. « Il y avait un marché à prendre et la possibilité de proposer des prix corrects », avance la co-fondatrice. Plusieurs produits à base de laine de brebis ou dérivés sont alors imaginés : la « couverture à câlins », un petit gilet de berger ou encore le « doudou lange ». « On est très fiers de proposer des produits qui ont du sens et un modèle de production locale », dit-elle. Les premiers mois de lancement sont un succès. La suite ? De nouvelles collaborations avec des marques, en cours de discussion, pour continuer à trouver des débouchés pour la laine récupérée.

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