Marre de scroller sans fin et de finir produit à la place d’utilisateur ? Découvre des réseaux transparents, coopératifs et fun, où ton temps et tes données ne sont pas à vendre.
Désinstaller Insta, Messenger ou WhatsApp. Convaincre vos 312 contacts de vous suivre. Faire une croix sur vos conv’ de potes, vos relations parasociales préférées et votre mosaïque peaufinée au fil des ans... Ça n’est pas en tête de votre to-do “bonnes actions” ? Normal, vous savez ce qu’on a à perdre, pas encore à gagner. Or un réseau social n’est pas forcément une machine à sous déguisée en appli colorée, conçue pour nous faire scroller 3 heures par jour et monétiser notre attention. Et de chouettes alternatives existent : transparentes, coopératives, respectueuses de nos vies privées et de nos petits cerveaux...
Quelques piqûres de rappel pour commencer
Ce qu’on leur reproche
Les travers des grandes plateformes ne datent pas d’hier, et sont bien documentées. On sait que vous savez, mais petit rappel au cas où.
- Un modèle économique bâti sur la captation d’attention. Et des interfaces truffées de petits pièges savamment dosés : notif au bon moment, scroll infini, “dark patterns”… Rien n’est laissé au hasard, le docu glaçant Derrière nos écrans de fumée l'a dévoilé.
- Une concentration de pouvoir qui donne le vertige. 2022 : Musk rachète Twitter, le rebaptise X, bidouille l’algorithme et transforme le réseau en laboratoire idéologique grandeur nature. 2024 : Zuckerberg ajuste les règles de modération, met fin au fact-checking et revoit les politiques d’inclusivité chez Meta. Bref : quelques milliardaires peuvent redessiner les règles du débat public mondial depuis un coin de bureau.
- Tout ça au mépris de notre santé mentale et de la cohésion sociale. Comparaison, anxiété, isolement, troubles de l’attention : la liste est longue et les alertes, nombreuses. Comme la nuance ne fait pas cliquer, nos fils d'actu privilégient ce qui choque ou divise. Résultat : des bulles d’info, des conversations archi tendues, une société qui se polarise.
Un réseau social “éthique” : kézako ?
La réponse courte : un réseau qui ne vous considère pas comme un produit.
Oui, ça paraît presque impossible. Pourtant, l’économie de l’attention n’est pas une loi de la nature. C’est un modèle économique. Et comme tout modèle, il peut être remplacé.
Chacun a sa recette, mais quelques ingrédients reviennent souvent :
- La transparence. Algos plus lisibles, fil chronologique, code open source consultable par qui veut jeter un coup d'œil… Pas de boîte noire qui décide à votre place ce que vous méritez de voir.
- Une gouvernance plus distribuée. Exit les patrons tout-puissants, c’est la commu qui tranche via des structures plus coopératives.
- Zéro pub ciblée. Pas besoin de capter votre attention en continu pour survivre. Ces projets se financent par des dons, des abonnements ou des subventions. Leur croissance est moins spectaculaire, mais vous n’êtes plus la marchandise.
Évidemment, rien n’est gravé dans le marbre : toutes ne sont pas à l’abri d’être rachetées par un magna de la tech. Prudence est mère de sûreté !
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Des alternatives enthousiasmantes
Pour remplacer le grand méchant X
X, ex-Twitter, anciennement un endroit où l'on pouvait suivre l'actu en direct, tomber sur des bonnes blagues et de brillantes punchlines… Mais ça, c’était avant 2022, et vous connaissez la suite.
📲 Bluesky
La petite histoire : lancé en 2019 par Jack Dorsey, alors CEO de Twitter.
Commu active : 3,5 millions grosso modo
Le concept : Une interface qui ressemble beaucoup à l’ancien Twitter… avec la possibilité de personnaliser votre fil plutôt que subir un algorithme opaque.
Pourquoi on l’aime : Transparent, décentralisé, personnalisable. Avec une commu qui grandit vite depuis que Twitter est devenu X.
Le hic : Le projet est encore jeune et Jack Dorsey a quitté le navire. Affaire à suivre.
📲 Mastodon
La petite histoire : créé en 2016 par Eugen Rochko, jeune développeur allemand. Commu active : environ 780 000
Le concept : Un réseau décentralisé et open source. Pas de serveur central, mais une constellation “d’instances” : des communautés indépendantes qui fixent leurs propres règles. Oubliez le dilemme cornélien : vous pouvez être inscrit sur une instance jazz et suivre quelqu'un sur une instance escalade.
Pourquoi on l’aime : Pas de pub, pas d’exploitation de données, pas de patron tout-puissant : une vraie pépite.
Le hic : La prise en main échauffe un peu les neurones, mais rien d'insurmontable.
Pour les aventuriers du numérique libre : Framapiaf, Nostr et quelques cousins moins connus (GNUSocial, Twister, Babytwit, Quitter).
Pour faire taire les sirènes d’Instagram et TikTok
Algos qui vous connaissent mieux que votre psy, reels qui s’enchaînent comme des chips, course aux likes transformée en discipline olympique… Instagram a longtemps été un terrain de jeu créatif, mais la machine à dopamine s’est emballée. Bonne nouvelle : il y a une vie après les reels.
📲 Pixelfed
La petite histoire : créé en 2018 par le développeur canadien Daniel Supernault.
Commu active : 800 000, grosso modo
Le concept : Des photos. Dans l’ordre chronologique. Sans pub. Sans revente de données.
Pourquoi on l’aime : Elle est à Instagram ce que la tisane est à la théine. Bref, Insta sans la course aux likes et la dopamine artificielle.
Le hic : La commu est plus restreinte, sans surprise.
📲 BeReal
La petite histoire : créé en 2020 par deux frenchies, anciens de GoPro et de l'école 42.
Commu active : entre 16 et 40 millions. Oui, ça a pris.
Le concept : Une notif aléatoire par jour. 2 minutes pour poster ce que vous faites là, maintenant, quel que soit le contexte.
Pourquoi on l’aime : Son principe, simple et un peu punk : montrer la vraie vie. Celle où on est dans le métro, sous le crachin ou en train de rater une crêpe. Un antidote radical à la culture de la perf’.
Le hic : Il a été racheté par Voodoo, l’éditeur de jeux mobiles. À surveiller.
Pour les âmes d’artistes : Glass
Remplacer Facebook, ou le cimetière des albums 2012
La dernière fois que vous y êtes allé, c’était pour vérifier une date d’anniversaire ou récupérer la photo de classe de la 4ème B, et vous êtes reparti aussi vite. Bonne nouvelle : les alternatives sont plus éthiques ET beaucoup plus cool.
📲 Diaspora
La petite histoire : créé en 2010 par quatre étudiants d’NYU qui veulent bâtir un Facebook libre et décentralisé. Zuckerberg trouve l'idée "cool" et leur fait un don. Il a bien changé.
Commu : quelques dizaines de milliers d’irréductibles.
Le concept : Pas de pub. Pas de revente de données. Vous choisissez votre “pod” (un serveur indépendant) et vous gardez la main sur vos contenus.
Ce qu'on aime : Le côté pionnier, et la philosophie derrière qui plaira à tous les nostalgiques du web libre.
Le hic : L’interface est un peu datée et n’a jamais vraiment conquis le grand public.
📲 Qwice
La petite histoire : initiative citoyenne made in France en 2023.
Commu : mystère, ce qui nous fait penser qu’il n’y a pas foule.
Le concept : Réseau social généraliste, avec un algo basé sur l’intelligence collective et une modération active contre la désinformation et les discours haineux.
Ce qu'on aime : La volonté de remettre la modération au centre et de proposer un espace de discussion moins toxique.
Le hic : Ni open source ni décentralisé : on reste sur un modèle plus classique sur le plan des données. Et la communauté est encore en construction.
Pour les explorateurs : Friendica, Movim.
Pour remplacer WhatsApp
C'est gratuit, SI pratique, et a priori plus inoffensif que les memes douteux de votre grand-oncle. Sauf que ça appartient à Meta, WhatsApp collecte vos métadonnées. Pas le contenu de vos messages, mais qui parle à qui, quand, combien de temps, à quelle fréquence... Déjà beaucoup.
📲 Signal
La petite histoire : lancé en 2014 par le cryptographe Moxie Marlinspike, avec un petit coup de pouce (50 millions $) de Brian Acton, cofondateur de... WhatsApp, qui a pris ses cliques et ses claques après s’être brouillé avec Meta.
Commu active : entre 70 et 100 millions
Le concept : La messagerie la plus sécurisée au monde, open source, sans pub et sans revente de données, accessible à tous. Elle est gérée par une fondation à but non lucratif. Ce qu'on aime : Edward Snowden l'utilise.
Le hic : aucun, il est parfait (de ce qu’on sait).
📲 Telegram (qui n’est pas blanc comme neige)
La petite histoire : lancé en 2013 par Pavel Durov et son frère Nikolaï, exilés de Russie après avoir refusé de livrer des données d'utilisateurs au FSB.
Commu active : 1 milliard grosso modo
Le concept : une messagerie polyvalente avec moult options : canaux de diffusion, partage de fichiers lourds, bots automatisés, groupes pouvant accueillir des centaines de milliers de membres.
Ce qu'on aime : Une puissance et une flexibilité qu'aucune autre messagerie n'offre à cette échelle, sans revente de données.
Le (vrai) hic : la modération étant quasi inexistante, c’est un terrain de jeu pour la désinformation et les contenus illicites. Et son fondateur a été mis en examen en France dans une affaire liée à la diffusion de contenus criminels. À utiliser en connaissance de cause.
D’autres pistes : Treebal, Wire, Silence.
Pour remplacer YouTube
C’est pratique, gratuit, infini. Mais même si l'on est venu voir un tuto de bricolage, on peut être quasi sûr de se réveiller 2h plus tard devant un vlog de tradwife. YouTube, qui appartient à Google, aime bien vous pousser dans un rabbit hole de plus en plus clivant.
📲 PeerTube
La petite histoire : Lancé en 2018 par l’asso française Framasoft, qui s’est donné pour mission de “dégoogliser Internet”. Rien que ça.
Commu active : 860 000, en gros
Le concept : comme YouTube, sans serveur central géant, sans pub ciblée et sans tracking massif... Chaque créateur peut héberger sa propre instance.
Ce qu'on aime : La liberté laissée aux créateurs, et une vraie philosophie du partage sans contrepartie publicitaire. Top pour les contenus militants, indépendants ou éducatifs (comme Blast ou Monsieur Phi).
Le hic : Peu de contenus grand public, il faut chercher les créateurs qui ont fait le choix de migrer.
Toutes nos excuses à celles et ceux qui espéraient trouver un LinkedIn anti-cringe, ça n’existe pas encore.
Tuto pour migrer sans se retrouver très, très seul
On ne va pas se mentir : la transition ne se fait pas en un weekend. Vous avez peu de chances de clôturer Instagram un vendredi soir et de vous réveiller lundi dans un écosystème numérique dynamique et florissant.
Pas de pression. Créez-vous un compte, mais restez à cheval sur plusieurs réseaux au début. Vous pouvez choisir un usage précis pour commencer : la messagerie, par exemple.
L’idée ? Embarquer vos proches sensibles à ces enjeux. Sans oublier de leur écrire un petit message WhatsApp (ha ha) du style :
Ciao les nazes, qui m’aime me suive ****Coucou ! Je teste Signal, qui n’exploite pas nos conversations à des fins publicitaires. C'est gratuit, simple, testé et approuvé par Edward Snowden. On tente pendant un mois ? Voici le lien :
Ceci étant dit, les réseaux confidentiels ne sont pas dénués de charme. Comme une terrasse le dimanche matin quand tout le monde roupille encore, c’est plus calme mais pas désagréable.
Sur ces plateformes à taille humaine, vous allez retrouver le plaisir de poster dans un climat bisounours, sans surveiller vos stats du coin de l'œil. Et puis, y’a des chances que le pseudo tant convoité soit encore libre. @Révolution, @QueenB et @Tartinebeurree sont à vous.
Profitez-en. Car pas à pas, on se retrouvera peut-être tous ailleurs que chez Meta & co. Pour rappel : Instagram a commencé avec 0 abonnés.
Sources
https://bonpote.com/quelles-alternatives-aux-gafam/#
https://lareleveetlapeste.fr/quitter-x-reprendre-le-controle-des-reseaux-sociaux/
https://juliehoumard.substack.com/p/reseaux-sociaux-les-alternatives
https://juliehoumard.substack.com/p/faut-il-quitter-facebook
https://so-happy-web.com/blog/la-montee-en-puissance-des-reseaux-sociaux-alternatifs/
https://metricool.com/fr/alternatives-instagram/
https://quentinrenaux.com/pourquoi-quitter-instagram-et-mark-zuckerberg-accessoirement/