Blonde.

Blonde.

C’est l’histoire d’une fille jolie, dépendante du regard des hommes jusqu’au jour… “C’est un texte un peu spécial,” confie son autrice. Le féminisme n’est jamais loin.
03 August 2026
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3 minutes de lecture

Un peu candide, un peu coquine. Entêtée mais pas dangereuse. Éperdument rêveuse. Sa bouche : un sorbet à la fraise. Ses mèches : une ruée vers l’or, puisque le trésor est conquête et qu’il faut mettre son drapeau dessus.

Ou dedans ses doigts.

Tirer bien fort, si elle tient debout, si elle est malléable, autant la croquer jusqu’au cou. Elle émet un hoquet de surprise mais jamais la douleur. La douleur jamais parce que la douleur s'imprime sur le front et ce n’est pas joli.

Blonde reste à l’écart de ce qui n’est pas joli. Parce que le moche ni n’est frivole, ni léger, ni alléchant. Le moche c’est comme une tâche de graisse sur le col de sa chemise. Elle la traite avec distance, un petit rire de circonstance pour faire croire que ça ricoche.

Et que ça repart.

Blonde est jolie, jolie au naturel, des boucles avoine disséminées au vent, une voix bordée d’insouciance, des fougues amusantes et passagères.

Elle connaît bien sa partition.

Sous l’œil savant de l'homme, elle s’est érigée en muse : ni trop de plis ni trop de vagues, juste la fièvre qui retrouve son chemin, des draps en satin, une caresse à l’égo.

Ce qu’il faut de jeu pour le maintenir à flot.

Blonde joue le jeu, jusqu’à se perdre elle joue le jeu. Elle observe les autres femmes et s’évertue à faire : mieux.

Une sensualité qui palpite. Une spontanéité sauvage mais facile à résoudre. Les visages changent mais l’idylle reste la même. Toujours ce même cap, la boussole, le seul curseur, cette phrase qui tranche et dicte sa pensée : « Blonde, mue-toi dans l’espace, j’aime te regarder ».

Seulement la beauté ne dure pas, la boussole se fait renverser par l’horloge, tic tac tic tac fais donc quelque chose de ta vie avant que le regard ne s’estompe. Blonde s’exécute car elle ne veut pas décevoir. Elle traque en elle une asymétrie, une aspérité, le débordement ou bien l’excès.

Parce qu’il est sexy d’être libre.

Mais si Blonde devait être punk il faudrait se lever tôt, creuser des cicatrices, s’inventer des traumas, tandis qu'elle a été choyée par des parents aimants dans une maison bourgeoise avec une religieuse au goûter.

À 30 ans, ce n’est plus assez. Éperdue, elle se rend donc chez une voyante astrologue qui lui assène qu’elle est en bien retard. Elle lui dit texto : « un peu de discipline ma grande, vous voulez être maçon mais je ne vois pas l’œuvre ». Qu’à cela ne tienne, elle dégote le maçon parfait : un photographe connu qui a roulé sa bosse. Il a 52 ans mais ses fesses restent ovales comme un œuf à la coque. Le plan est monté : elle le happerait de son aura solaire et, transi d’amour, il lui ouvrirait les portes de la création.

À l’ombre des artistes bien léchés, elle se met alors à écrire. D’abord timidement, puis de plus en plus vite, comme une boulimie qu’elle absorbe et recrache viscéralement. Son vieil amant la regarde faire, il la regarde car il ne sait pas vraiment l’écouter.

Il ne peut se restreindre de lui saisir les hanches avant qu’elle n’ait fini de parler.

Malgré tout elle persiste, consacre son temps à essayer de lui plaire, de lui prouver qu’un jour elle aussi elle sera grande.

Lasse, lasse, des cernes lui tombent sous les yeux, et il faut croire que ça ne fonctionne pas, car elle surprend, sur son téléphone, des vidéos de son amoureux avec un corps nu qui n’est pas le sien.

Case départ.

Mois de novembre. Temps d’orage.

Peut-on lui dire comment recoller les morceaux, quand les rues sont désertes et qu’il ne reste personne à convaincre ?

Elle n’a pas appris à soigner son intérieur. Elle doit tout recommencer.

Sortir de son lit, toute seule.

Ouvrir les volets, toute seule.

Mettre de l’eau sur son visage.

Toute seule.

Elle doit chasser le spleen collé à l’oreiller, l’égarement harnaché à sa joue. Enfiler des chaussures très lourdes, juste pour s’assurer que le sol n’est pas penché.

Peut-on lui dire comment être héroïne une fois passée la porte ?

Les projecteurs n’ont plus de jus et l’amour s’est fait la malle alors, il faudra puiser ailleurs. Dans un virage, une fugue.

Dans un poème.

Il faudra puiser dans un poème car la langue peut toujours scintiller quand les étoiles se font rares.

Oui, Blonde s’en fait la promesse car elle n’a pas l’intention de rester malheureuse trop longtemps : la langue scintillera, la voie sera blanche et des reflets d’argent constelleront sa coquille.

Elle deviendra souveraine.

Le moche, les plis, les maçons formeront un grand pays et elle se le jure, devant vous elle se le jure : elle deviendra souveraine.

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