En début d’année, l’interdiction progressive des PFAS (prononcez pifas) en France a fait la Une de l’actu. Sujet d’apparence nébuleux, il se concrétise rapidement quand on l’aborde par la liste non exhaustive des objets du quotidien contenant ces polluants éternels : emballages plastiques, vêtements imperméables ou ustensiles de cuisine anti-adhésifs. À leur image, chaque année, des milliers de nouvelles molécules synthétiques sont déversées dans la nature sans que nous en maîtrisions les effets à long terme. Air, eau,sol, assiette : la chimie s'est immiscée partout. Pour comprendre comment nous sommes devenus complices de notre propre intoxication, explorons les rouages de cette pollution invisible et les pistes d’assainissement du système.
Homo plasticum
Ça commence comment cette histoire ? Au XIXe siècle, la seconde révolution industrielle marque le coup d'envoi d'une révolution de la matière. La chimie donne naissance à des matériaux aux propriétés jusqu'alors inédites : incassables, imperméables, ignifugés ou inaltérables. Le plastique, devenu le symbole de cette ère d'abondance, promet alors une simplification sans précédent de la vie moderne.
Bien des décennies plus tard, on mesure à quel point cette prouesse technique portait en elle son propre piège. En concevant des molécules taillées pour résister au temps et aux dégradations naturelles, nous avons injecté dans la biosphère des éléments que la nature est incapable d'assimiler.
Familles recompensées
On appelle « entités nouvelles » (la formule est un peu trop jolie pour être honnête), l'ensemble des substances d'origine humaine introduites dans l'environnement et susceptibles de perturber les systèmes vitaux.
- Les plastiques : PET, PVC… il en existe de toutes sortes aux formulations et propriétés différentes. En 2024, la production mondiale s’élevait à 460 millions de tonnes. Ils se fragmentent et contaminent l’ensemble des milieux.
- Les perturbateurs endocriniens : phtalates, bisphénol A… Ces substances perturbent les réactions chimiques au sein même de notre corps, causant de nombreuses maladies (obésité, diabète, infertilité…).
- Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) : star des chroniques dans les années 90, la culture commerciale du maïs OGM est désormais interdite en France.
- Les radionucléides : composés radioactifs créés par l’Homme, ils comprennent notamment les déchets issus de la filière nucléaire.
- Les pesticides : à l’instar du glyphosate dont l’usage est encadré et toujours autorisé pour les professionnels, ces molécules infiltrent et empoisonnent les sols et les cours d’eau.
- les polluants éternels : les fameux PFAS, quasi indestructibles dont la présence est généralisée depuis l’eau jusque dans nos organismes.
- les médicaments : antibiotiques, anti-inflammatoires, hormones… dont les résidus altèrent les écosystèmes.
En 1990, Elmer Food Beat chantait "Le plastique c'est fantastique." Face au flot quotidien de pollutions que génère l'industrie, le groupe a twisté son refrain à l'aube des années 2020 en "le plastique c'est dramatique". CQFD
Ligne de vi(c)e
Quand tu mets tout ça dans la nature, tu vois bien que ça ne peut pas passer. Deux facteurs combinés ont conduit, en 2022, au franchissement de la limite planétaire.
D’un côté, notre modèle économique linéaire — qui extrait, fabrique, consomme puis jette — alimente en continu un flux d'entrées toxiques dans un monde aux ressources et aux capacités d'assimilation finies.
De l’autre, il n’y a que peu, voire pas, d'évaluations préalables sur les effets à long terme des molécules, prises isolément ou en « effet cocktail » lorsqu’elles interagissent entre elles
Ensemble, ces deux éléments provoquent une diffusion massive et incontrôlée de la pollution chimique.
Les chiffres s'emballent
Les données sont déjà vertigineuses. Et le rythme ne faiblit pas.
- 350 000 : c'est le nombre estimé de molécules aujourd'hui commercialisées dans le monde, soit une multiplication par 50 depuis 1950.
- 80 % : c'est la proportion de ces substances mises sur le marché sans avoir subi de tests préalables adaptés sur leur sécurité environnementale et sanitaire.
- 200 millions de tonnes : c’est la quantité estimée de plastique relâchée dans l’Océan depuis 1950. Une partie s'accumule dans le Pacifique Nord, formant une zone de convergence parfois surnommée le « 7e continent », d’une superficie égale à trois fois celle de la France.
Changer de braquet
On ne peut pas savoir si des chimistes se cachent dans la salle, en revanche on peut affirmer sans se tromper que tous, nous consommons. Ça tombe bien, c’est là qu’on peut agir !
1. Penser circulaire
Le principe : s’inspirant de la nature, le modèle de l’économie circulaire considère l’intégralité du cycle de vie d’un produit. On se préoccupe donc de son impact du berceau à la tombe.
Des actions concrètes : opter pour la seconde main, privilégier les points de collecte quand un objet ne peut pas être réparé.
2. Soutenir des modes de production sains
Le principe : très simple, on encourage les filières sans intrants chimiques.
Des actions concrètes : privilégier les produits d’alimentation locaux cultivés sans pesticides de synthèse et vendus sans suremballage, tenter les recettes maison de produits d’entretien (lessive, cosmétiques, etc.), éviter tous les produits aux formules très compliquées..
Filtre d'amour
Se détacher du confort chimique constitue un engagement personnel autant qu'un choix de société. C'est en faisant évoluer nos habitudes que nous reprendrons la main sur notre santé et notre environnement. Et si tout ça commençait par un bisou ?
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