Les années passent et on a enfin du temps libre. Du jeu de rôle à l’activité de peinture en passant par la conversation avec un nouvel ami, voici 3 initiatives qui permettent de s’amuser et se rencontrer qu’importe le niveau de séniorité.
L’Initiative, le jeu de rôle qui déride
Longtemps salarié dans l’Économie Sociale et Solidaire, Alexandre Mico dédie ses heures perdues à sa passion : pratiquer et animer des jeux de rôles. Quand il voit passer une annonce sur Reddit pour animer une session dans un hôpital, sur un coup de tête, il candidate. Une demi-journée par mois, il se rend dans l’établissement pour animer ce théâtre vivant d’abord avec des jeunes puis entre seniors. Il ne s’est jamais autant senti à sa place. Fini la double vie, il décide de changer de rôle principal.
Ainsi naît L’Initiative en 2024. Grâce à ses anciens postes chez Emmaüs Connect et la Ligue contre le cancer, il entre au contact de groupes seniors. Et ça prend. Les participants sont fidèles et assidus. Mais vient le temps de la réalité économique : animer des longues sessions, au rythme et au contenu adapté selon les âges, en se pliant au budget restreint des établissements, ce n’est pas viable sur le long terme.
Alors Alexandre décide de concentrer son énergie sur deux missions. D’une part, se servir des sessions qu’il anime comme un laboratoire sur le divertissement senior, pour créer un jeu de rôle idéal pour les seniors, dont une version sans maître de jeu pour être animée par tous et partout. Actuellement, il évalue les thèmes qui plaisent, l’animation qui convient au niveau d’autonomie, le matériel nécessaire...
D’autre part, Alexandre, en bon gamer, animera des sessions sur Twitch. Son but : décaler le regard sur la vieillesse en animant des jeux de rôle en ligne avec une audience intergénérationnelle. On y verra défiler des créateurs de contenu qui viennent avec lui déconstruire les préjugés sur les jeux “pour vieux”.
Le game design qui soigne l’âme
C’est ainsi qu’Alexandre poursuit son petit bonhomme de chemin. Au fil des expériences avec ce public senior, il voit les effets que le jeu de rôle à sur ses participants. En 2026, l’Assurance Retraite Ile-de-France commence à suivre et financer ce projet qui permet, de 50 à 90 ans, d’entretenir une forme sociale, cognitive et psychologique.
Le jeu de rôle, c’est avant tout renouer avec la joie de se raconter des histoires. “Comme jouer aux cow-boys quand on était petits”, témoigne un des résidents d’une résidence autonomie. L’activité permet de créer des imaginaires, en collectif, et faire vivre des personnages, des rebondissements, des surprises et des éclats de rire. Une séance avec L’Initiative, c’est gagner en lien social, en confiance en soi et en gaieté.
Participer à une activité de L’Initiative, c’est aussi activer ses méninges. Il faut apprendre à connaître son personnage, faire attention à ce que les autres disent, s’insérer dans une dynamique de groupe… Pour les seniors, c’est une pratique idéale pour renforcer les capacités mémorielles, cognitives et sociales.
Enfin, le jeu de rôle est aussi libérateur et permet parfois aux joueurs d'exprimer des vécus difficiles au travers de leur personnage. La pratique du jeu libère le tabou et l’anxiété. S’amuser serait donc le meilleur des remèdes ?
Discussions solidaires, le rétablissement par les mots
S’il y a une chose que Pierre-Emmanuel Bermond a apprise à travers ses nombreuses missions humanitaires, c’est que tout le monde cherche du lien social. Qu’on soit dans un pays en guerre, dans une société excluante, dans une situation d’isolement, le lien est un réel besoin et son absence a des effets bien concrets sur la santé physique et mentale.
En 2017, Pierre-Emmanuel souhaite réhabiliter les bienfaits de la conversation auprès des publics les plus isolés. Il commence par nouer des partenariats avec des EHPAD et des maisons de retraite. Il veut faire ses preuves et poser les bases de son projet : Les Discussions Solidaires.
Pour tester son projet, il rend visite régulièrement à un senior en proie à la colère et qui rend difficile la vie en communauté dans un EHPAD du 7e arrondissement parisien. Au bout de 3 mois de visites hebdomadaires, ce n’est plus du tout la même personne. Plus calme, il a retrouvé le goût de s’habiller, de recevoir et de discuter de l’actualité. Les Discussions Solidaires ont de l’effet.
L’association commence à recruter des bénévoles, avec un processus volontairement simplifié pour que la complexité de certaines inscriptions ne soit pas un frein. Les Discussions Solidaires se poursuivent jusqu’aux confinements du Covid-19, puis les conversations basculent au téléphone.
En 2024, après quelques années à répondre à des besoins éparpillés, l’association décide de se concentrer sur un public bien précis : la patientèle des hôpitaux et notamment des services de gériatrie, les plus désertés de visites. Aujourd’hui, l’association est active dans 10 hôpitaux de l’AP-HP dans Paris intra-muros et en banlieue.
Le fil du retour, pour trouver la sortie
Discuter ça fait du bien mais que se passe-t-il une fois que le patient rentre chez lui ? Comment éviter la rupture sociale et l’isolement ? En juillet 2026, Les Discussions Solidaires obtiennent le soutien de l’Assurance Retraite Ile-de-France pour tenter un suivi à plus long terme de ces patients avec le projet “Le fil du retour”. Les bénévoles alternent entre des appels téléphoniques et des visites en présentiel en suivant un planning dégressif, le temps que la personne soit complètement réhabilitée. Une mesure d’impact est en cours pour évaluer les bénéfices de ces mois additionnels de suivi.
Rien qu’en 2025, l’association a cumulé près de 3000 heures de visites dans les hôpitaux. Elle prouve chaque jour que prendre du temps pour les autres et pour soi, qu’un appel téléphonique, une lettre ou un café, peuvent changer le cours de nos journées et de notre santé.
Musinine, le réseau pour rallumer la flamme
Certaines flammes ne sont pas faites pour s’éteindre. Et ce n’est certainement pas parce qu’on entre en EHPAD qu’on ne peut plus dédier son temps libre à ses passions artistiques, culturelles ou sportives. Pour comprendre comment continuer à faire vivre les passions et les rencontres en établisssements, Ahlem et Noura décident d’y travailler en service civique.
Sur le terrain, elles perçoivent l’envie des résidents de découvrir de nouvelles activités, continuer leurs précédents hobbies dans un cadre convivial, au contact de leurs proches et d’autres génératoins qui les font sortir du quotidien. Noura et Ahlem montent un projet pour mettre en lien des jeunes étudiants avec des résidents autour d’une activité culturelle. Ça prend et ça plaît, y compris aux familles des seniors qui les voient transformés.
Un an plus tard, elles décident d’officialiser la création de Musinine, ce qui signifie “personnes âgées” en arabe. Une passerelle intergénérationnelle pour se retrouver autour de passions communes. La plateforme propose au seniors un panel d’activités variées (sport, musique, cuisine, beauté, art, culture, etc.) orchestrées par des jeunes artisans et passionnés.
Il suffit pour la personne de choisir son occupation favorite et faire sa demande pour être mis en lien avec des jeunes qui exercent autour de la même passion. On planifie ensuite une activité en duo ou en plus grand groupe si on décide de la faire en famille, animée par le jeune en question. Celui-ci reçoit une compensation financière en échange de son temps.
Générations réenchantées
En 2025, Musinine décide de lancer des ateliers en format collectif. Grâce au soutien de l’Assurance Retraite Ile-de-France, des ateliers créatifs, jeux de mémoire, sorties culturelles, séances de médiation animale, vont être organisés au sein de plusieurs établissements de la région.
Les séances seront prévues dans un pack double : Il associe une séance individuelle, durant laquelle un jeune passionné accompagne une personne âgée dans la préparation d’une activité, à une séance collective où cette même personne devient à son tour animatrice auprès des autres résidents, avec le soutien du jeune. La boucle est bouclée.
“Ces trois lauréats illustrent parfaitement notre conviction : bien vieillir ne se résume pas à bien se soigner. Favoriser les rencontres, encourager l'expression de soi, maintenir une vie sociale riche et continuer à nourrir ses centres d'intérêt sont autant de leviers essentiels pour préserver l'autonomie et lutter contre l'isolement des seniors !”
Sandra Sicé et Léa Perrin, de l’Assurance Retraite Ile-de-France










