Elle est partout et nulle part à la fois. On la désire autant qu’on n’y croit plus vraiment. La paix est ce mystère qu’on peut à la fois réveiller en nous et signer au bas d’une page pour que deux États cessent leurs assauts respectifs. Qu’en est-il de la Paix avec un “P” majuscule quand les images de bombes, de peuples décimés défilent et ne nous surprennent même plus ? Faut-il faire une croix dessus ou au contraire la mettre au cœur de toutes nos décisions politiques, collectives et personnelles ? 12 voix nous éclairent.
1 - La paix est un outil pour notre survie collective, avec Pablo Servigne
L’agronome devenu figure de proue du concept “d’effondrement”, il y a une dizaine d’années de cela se définit aujourd’hui lui-même comme un lanceur d’alerte et un artisan de concepts pour se repérer dans ce chaos du monde. “Mes deux passions : les catastrophes et l’entraide,” explique Pablo Servigne au début de la conférence qu’il a donnée cette année au Forum “Prépare la paix”. On retrouve cet apparent paradoxe dans “Le réseau des tempêtes” qu’il a lancé notamment en réponse aux phénomènes climatiques extrêmes.
On aime ce contenu qui a le mérite d’être court, donc dense. Le concept de paix ne va pas sans s’attaquer à la violence explicite ou implicite qui structure nos systèmes et que nous nous imposons à nous-mêmes, dans une civilisation thermo-industrielle désormais hors de contrôle. Déroule Pablo, on est tout ouïe.
2 - La paix dans un camp de concentration et ici, avec Etty Hillesum
Si vous nous lisez régulièrement, vous comprendrez aisément qu’on est tombés dedans quand on était trop faibles pour regarder en face le spectacle du monde. “Dedans”, c’est-à-dire dans le mystère-miracle des écrits d’Etty Hillesum, résistante juive hollandaise pendant la Seconde Guerre mondiale qui s’éteint le 30 novembre 1943 à Auschwitz, à 29 ans. La paix est pour elle le début et l’achèvement de la liberté totale de soi à soi, de soi à l’autre et de soi au monde.
On vous propose de la (re)découvrir un peu chaque jour, dans un livre de 365 méditations quotidiennes, comme un bon petit massage qui vous réveillerait ou vous détendrait à la fin de la journée.
3 - La paix, une obscure clarté historique, sur Arte
La paix n’est pas chose aisée : en nous ou entre nous, elle s’arrache, se négocie, se fraye un chemin que de nombreuses barrières tentent d’interrompre. Rien de mieux qu’un bon (et long) documentaire ARTE pour prendre du recul et relire des décennies d’histoire humaine mêlant guerres et paix, comme dirait ce bougre de Léon.
ARTE se balade dans les coulisses de négociations plus ou moins réussies mais qui ont néanmoins toutes marqué l’histoire de la diplomatie récente.
Deux avantages de ce contenu : il s’appuie sur des cas concrets, proposant des images d’archives et des témoignages d’Afrique du Sud, de Gaza, de Colombie ou d’Afghanistan. Et il est nourri des mots et expériences de célèbres médiateurs narrant avec précaution des négociations qu’ils ont menées dans le passé.
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4 - La paix est intérieure donc politique, avec Thomas d’Ansembourg
Thinkerview, la chaîne au générique mystérieux et au fond noir donne toujours l’impression que des vérités tonitruantes vont être révélées. Ici, c’est avec une certaine douceur que l’invité déroule son propos. Thomas d’Ansembourg, gourou de la communication non-violente, ne se contente pas de décrire la forme de nos petits nombrils bien enroulés sur eux-mêmes mais bien de dessiner le lien qu’il y entre ce nombril et la société de tous nos nombrils. Comment nos relations et notre manière de communiquer déclenchent la paix ou la guerre ?
Réponse de Thomas, sans aucune violence et pendant 2 heures et 9 minutes.
Le lien : https://www.youtube.com/watch?v=0e47GkSwvIQ&pp=ygUZcGFpeCBub24tdmlvbGVuY2UgcG9kY2FzdA%3D%3D
5 - La paix sans faire l’amour, avec les Libériennes
Qu’il fait du bien ce podcast de Victoire Tuaillon intitulé “Et parfois on gagne”. Nous sommes en 2003 au Libéria. Des femmes descendent d’un avion et sont accueillies en superstar par la population. Sur leur t-shirt, il est écrit “Women in PeaceBuilding Network (WIPNet). Si ces Libériennes créent la sensation autour d’elles, c’est qu’elles sont à l’origine d’un mouvement qui accéléra les accords de paix mettant fin à 14 ans de guerre civile dans le pays. Dans cet audio-documentaire, on découvre la stratégie géniale et risquée d’une lutte menée sans armes contre des seigneurs de guerre sanguinaires.
6 - La paix sur un divan, avec Isabelle Desplats
Je vous l’accorde, “sur un divan” c’est exactement l’inverse de ce dont parle Isabelle dans cette conférence. Son outil est presque tout neuf et s’appelle l'Internal Family Systems (IFS). Cette approche psychothérapeutique met en évidence la multiplicité intérieure de l'individu, une sorte de grand théâtre en nous où des “parties” se disputeraient le premier rôle.
Alors oui, cette métaphore-là ne date pas d’hier et Jung déjà nous régalait de son regard il y a quelques décennies de cela, mais aujourd’hui l’IFS est un de ces outils thérapeutiques qui tire son épingle du jeu et semble tracer un parallèle pertinent entre les conflits du monde (que l’on déplore, souvent) et ceux en nous (que l’on oublie, souvent).
7 - La paix, deux voix, deux définitions avec Oxmo Puccino et Abdenour Bidar
Promouvoir la Journée Internationale du “Vivre ensemble, en paix”, tel est l’objectif du Collectif PeaceMaker. L’été dernier, il proposait un échange d’une bonne heure dans la première édition de son podcast "Parlons paix, parlons bien" entre deux hommes aux univers a priori bien éloignés : Oxmo Puccino, poète et rappeur, et Abdenour Bidar, philosophe et essayiste engagé. Si vous connaissez l’un ou l’autre, vous savez déjà que vous êtes sur le point de passer un bon moment.
Ce contenu explore la paix sous toutes ses formes : qu’elle soit intérieure ou collective, les outils pour la transmettre, l’éveiller, l’entretenir sont scrutés par les deux invités avec beaucoup de douceur.
8 - La paix en poèmes, avec Camille P.
Elle a écrit un livre qui s’appelle Carcasses. En quatrième de couverture on lit : “Que trouve-t-on quand on commence à retourner les pierres ? Des souvenirs de violence, des secrets bien gardés, mais pas seulement. Alors, tout doucement, la poétesse recoud : les corps qu'elle avait entrepris de disséquer, les trous de l'histoire et les plaies des unes et des autres.”
Je vais être honnête avec vous parce qu’on commence à bien se connaître. Je n’ai pas lu ce livre. Je l’ai juste choisi 1) parce que son résumé m’a interpellé et 2) parce que l’autrice s’appelle Camille… Paix. Et je considère que c’est une raison entièrement valable pour l’intégrer à la liste. Pour toute réclamation, merci de vous adressez à mon avocat.
Le lien : https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782386691355-carcasses-camille-paix/
9 - La paix est un problème, avec Pierre Charbonnier
On l’entend partout et tout le monde semble d’accord sur ce point : la guerre détourne, accélère, aggrave les dérèglements climatiques. Tout le monde ? Non, un petit visage résiste encore et toujours à cette idée. Filez à 30 minutes et vous entendrez un certain Pierre Charbonnier affirmer que la crise climatique est une… conséquence de la paix plus que de la guerre !
Le propos est déroutant. Qui plus est parce qu’il provient d’un spécialiste de la pensée environnementale, philosophe, chargé de recherche au CNRS, enseignant à Sciences Po, qui semble donc avoir mûri son raisonnement.
La question derrière, au-delà du soupçon de provocation de ce monsieur, est essentielle : comment ériger un nouvel ordre mondial alliant sécurité et préservation du climat ?
10 - La résilience intérieure doit être contagieuse, avec Boris Cyrulnik
“C’est fatigant de penser, il faut faire un effort. Alors que l’arrêt de la pensée est gratifiant.” Ce sont ces mots qui ouvrent l’échange entre Fabrice Midal et le très populaire Boris Cyrulnik. Dans cet échange, le pont entre la “paix” à la première personne et la paix du “nous” devient évidence dans les mots d’un homme qui a fait de la résilience personnelle et collective son cheval de bataille.
Une vie embourbée dans le mal-être débouche inéluctablement sur la tyrannie, la haine, et donc à l’absence de paix généralisée. Explique-nous tout ça, Boris, s’il-te-paix (vous allez peut-être cesser votre lecture de mon article à cause de ce jeu de mots. Et vous aurez entièrement raison).
11 - La paix impossible à Gaza, sur Le Monde
Suite à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et les bombardements sur Gaza, le Proche-Orient s’est enflammé et une nouvelle guerre a éclaté face à une communauté internationale impuissante. Fallait-il partager une énième analyse, d’énièmes images du conflit Israelo-Palestinien à l’heure où la catastrophe s’enlise et le génocide s’allonge ?
On pense encore que oui. Ne serait-ce que pour éviter de diluer cet impensable dans l’océan des autres crises du monde actuel. Comprendre comment un territoire peut devenir esclave de sa propre histoire reste plus que nécessaire. Comprendre, avec autant d’humilité que possible ce qui se passe là-bas sera peut-être précieux pour nous autres régions du monde qui n’avons pas de totem d’immunité contre le conflit armé soudain.
12 - La paix rime-t-elle avec le stoïcisme ? Avec le Précepteur
Finissons avec la voix monocorde et reposante du Précepteur, un vulgarisateur philosophe qui dépeint ici un concept important : “le stoïcisme”. Une philosophe dite “totale”, c’est-à-dire autant théorique que pratique. Et quand on parle de paix, c’est inévitable : la paix n’est pas juste une idée, elle est aussi un acte, un pas concret. La paix comme action est ici décrite comme une manière d’être au monde, dans sa vie.
Philosophons un instant avant de mettre les mains dans le cambouis.