Votre esprit est désormais habité par un chiffre, un seul. 15. 15.03.2026. Date du premier tour des élections municipales. Que dites-vous ? Vous ne pourrez pas voter ? Allons, allons. Ne précipitons rien et prenons le temps de retirer délicatement ces terribles obstacles qui vous barrent la route de l’isoloir.
“Je n’ai pas lu les programmes”
Excuse reçue à 49% et refusée à 51. C’est bien, vous êtes une personne cohérente, consciencieuse, vous ne votez pas uniquement parce que cette vidéo de votre candidat en train d’imiter le cochon d’Inde est hilarante. En revanche, et c’est bien pour cela que ce point n’est pas accepté, lire un programme municipal peut se faire en 4 clics internet, ou 4 mètres vers votre table basse où attendent patiemment les programmes papiers, les fameuses “circulaires” reçues par la poste. Je ne vous demande pas d’avoir un avis sur tout mais de sortir votre petit surligneur vert fluo et d’aller chercher les sujets qui vous semblent les plus importants : dans la famille du service public, surlignez le devenir de votre petite gare. Dans celle de l’aménagement du territoire, lisez ce qui est dit de la bétonisation ou non du bois derrière chez vous. Et concernant la culture, que veut la liste pour protéger ou non la programmation de votre théâtre préféré ?
“Je ne sais plus trop où je suis inscrit ou inscrite”
Permettez-moi de hausser le ton dès le début de l’article. Vous n’avez aucunement besoin de solliciter par courrier recommandé les archives de votre commune ou de remonter à l’origine de votre généalogie pour résoudre ce problème. Proposition simple :
- Vous voyez ce lien ? Cliquez donc.
- Vous vous souvenez de vos identifiants France Connect ? Souvenez-vous en.
- Vous avez la réponse à la question ? Remerciez-moi.
Si par hasard vous êtes encore inscrit ou inscrite chez vos parents : allez passer le weekend du 14-15 mars là-bas, ils seront ravis. Si au contraire votre nom figure dans une bourgade limousine dans laquelle vous aviez fait 6 mois de stage il y a 14 ans, retournez-y pour un pèlerinage dans les profondeurs d’une époque insouciante et bénie. Si enfin, vous n’êtes VRAIMENT pas en mesure de rejoindre le lieu de votre inscription, faites une procuration. Ca se passe ici et c’est possible jusqu’à un jour avant le scrutin. Et nous voilà sauvés.
“Je pars en randonnée pile ce weekend-là”
Ah bon ? Et bien moi j’ai regardé la météo du 15 mars et elle sera exécrable, avec 100% de probabilité, voire un peu plus. Ne cherchez pas à contre-vérifier, j’ai d’excellents contacts à Météo France. Reportez donc votre randonnée par exemple ? Et optez pour un week-end au printemps, en avril par là. Ou en mai, c’est bien mai, il y a des ponts de partout. Juin et les premières chaleurs, c’est super aussi. Et tant qu’on y est : pourquoi pas cet été comme ça la rando sage de deux jours devient folle semaine ? Je meurs d’envie de proposer enfin l’été indien, mais je ne le ferai pas.
“Je reçois des potes à la maison”
Et alors ? C’est une excellente nouvelle. J’ai d’ailleurs dans mes petits dossiers le programme de votre weekend tout prêt. Dites-moi ce que vous en pensez. Vendredi soir : 100% raclette, 100% jeu de société, 0% politique. Samedi matin : marché, 70% blettes, 20% comté AOC, 10% “tiens regarde les affiches, c’est vrai que demain on vote, tu t’en souvenais toi ?”. Samedi après-midi : 60% tisane 40% “Eh si tu votais demain, tu choisirais qui ?”. Samedi soir : 50% raclette (parce que vous avez déjà oublié celle de la veille) 50% débat politique enflammé. Dimanche matin : 100% “allons donc voter, c’est extraordinaire de vivre ce moment démocratique entre amis”.
“Ca ne change rien, ils sont tous pourris”
Quand vos amis vous offrent un restau gratuit et que vous habitez une commune où les 4 restaurants ne sont pas fous, vous allez quand même tester le moins mauvais des 4. Faites la même chose avec vos listes municipales. Testez la moins mauvaise. Et souvenez-vous d’une chose : la municipalité, c’est vos rues, vos poubelles, votre piscine, votre médiathèque, votre police, votre cantine, votre santé. Mettons-nous donc d’accord : “ne rien changer ne change rien, en revanche changer un truc peut changer un truc”. C’est du Luther King il me semble.
“Je n’ai jamais rien compris aux municipales”
On vous rassure, nous non plus. Enfin presque. Notre média Chiche, dans sa bonté légendaire, vous a confectionné articles, décryptages, contenus en tous genres pour ne plus JAMAIS dire que vous n’avez rien compris. Le précieux sésame tient en une URL : https://chiche.makesense.org/playlist/paumes-municipales. Nous adorons les personnes paumées et nous les prenons dans nos bras quand elles ne baissent pas les leurs.
“Je dois garder ma nièce”
Notre démocratie brûle et vous regardez votre nièce ? C’est exactement ce qu’il faut faire ! Regardez-la, regardez-la bien dans les yeux. Scrutez dans ses pupilles dilatées l’espoir mélangé à la panique d’une génération en train de sortir de terre. Votre nièce n’a pas encore les mots pour le dire mais je peux m’occuper de traduire, grosso modo, et de reformuler ce qu’elle pense : “BOUGE-TOI MON CON”. Le vote, c’est un peu pour vous, beaucoup pour elle. L’exercice du pouvoir par une équipe portant des idées d’extrêmes droite, vous le craignez, elle ne veut pas l’expérimenter. Donc, vous allez emprunter un porte-bébé, emporter un petit pot de purée butternut bio au cas où et glisser le petit bout de papier jusqu’à ce que votre nièce, exaltée, articule ses tout premiers mots : “A VOTÉ”.
“J’ai une soirée la veille”
Saisissons-nous délicatement de la situation. Vous pourriez enchainer, ne pas dormir et être le premier ou la première à voter dès l’ouverture, 8h ou 9h, de votre bureau de vote. Mais jouer comporte des risques. Vous risqueriez de confondre le bulletin de votre liste préférée et celui qui hante vos cauchemars. Si vous vous couchez et que vous mettez un réveil à 18h, votre visage marqué par l’éprouvante soirée risque de terroriser les responsables du bureau de vote qui vous refuseront l’entrée. Une seule solution : dites à votre ami Armand, qui a 30 ans le samedi 13, d’avoir 30 ans un jour avant ou trois jours après. C’est une question de vie ou de mort. De la démocratie.
“Je peux pas je suis malade, complètement malade”
“Le meilleur moyen de se guérir, c'est encore d'agir comme si on était guéri.” dit François Hertel. Trompez votre corps, trompez votre mal de tête, allez voter en faisant comme si la migraine n’existait pas. Et si elle redouble au moment de pénétrer dans l’enceinte du bureau de vote, insistez, sortez un mégaphone et criez le slogan de votre candidat ou candidate préférée puis dansez sur du Jackson 5 sans moufter.
Et puis voyez le côté stratégique. Plantez-vous à l’entrée du bureau de vote et évaluez, dans un jugement au faciès scandaleusement assumé, les bonnes personnes sur qui tousser, celles qui selon vous appartiennent politiquement à l’autre bord. Avec un peu de chance ils et elles seront HS pour le second tour et la France basculera de votre côté à vous.
“Je suis anarchiste, moi !”
En voilà un débat intéressant. Vous êtes sur le point de m’en boucher un coin. Faut-il continuer à voter ? Faut-il croire Coluche qui disait que "Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit." Faut-il continuer à agir en bons et bonnes citoyennes quand tout là-haut on nous répond : “Merci mais repassez plus tard” ?
Je laisse la question infuser en vous et moi et me contente de vous partager ceci à l’instant T : on voit ces jours-ci le courage de gens qui rentrent dans leur pays, en sachant pertinemment qu’ils et elles vont y risquer leur vie, dans le seul but de se battre pour leur liberté. Cette liberté se décline sous de multiples formes… dont le droit de vote. Chez nous, il y a bien 80 ans que tout le monde vote alors forcément on s’est habitués à ce luxe-là, aussi imparfait soit-il. En attendant de résoudre la question de l’action juste et de notre participation, ou non, à la vie d’une cité qui semble parfois mimer la démocratie, j’irai pour ma part dans l’isoloir en pensant à ces peuples, voisins lointains, faute de mieux.
paumé·es dans mes municipales
Une élection ne fait pas le printemps mais deux peuvent dessiner un nouveau paysage communal. Les 15 et 22 mars prochains, rendez-vous aux urnes pour élire votre maire ou mairesse dans l’une des 34 875 communes. Et en attendant, voici plein de contenus pour savoir qui, que, quoi, comment. C’est parti ?
