La température monte un peu ces derniers temps, non ? Enfin pas comme cet été hein, une température humaine, révoltée, lycéenne, tout ça. Pour beaucoup cela rappelle les événements de Mai 68 ou les plus récentes mobilisations des gilets jaunes. Le 17 octobre, la convergence des luttes semble actée. Au sein même des cortèges et des revendications, la créativité et les surprises pullulent. Sachez néanmoins que certains faits demeureront à jamais impossibles. Voici le TOP 10 de ce qui n’arrivera pas en manif.
1. Un policier qui propose un cheesecake maison à un lycéen en colère
Imaginez la scène : des jeunes gens épuisés par une énième marche, rongés par l’amertume de cris et SOS qui partent trop loin dans les airs, lettre morte auprès des élus… Et soudain les forces de l’ordre, elles aussi au bout du rouleau, se mettent à courir vers les lycéennes et lycéens , courir à toute allure, boucliers affutés, armes en joue, regard terrifiant. Les journalistes sont aux aguets, le temps s’arrête, la violence de la charge laisse craindre le pire… Et puis, la sidération. Le rang noir des CRS se fige. Les boucliers s’abaissent et les hommes sortent de leur gilet pare-balles… des cheese cakes. Coulants.
“C’est Ludo qui a organisé un atelier “Pâtisseries maisons et musiques du monde” hier après-midi” raconte l’un des policiers. “Bibi et JC se sont chargés d’acheter les ingrédients et des tabliers de seconde main et on a chanté ensemble “Douce France” en se tenant par la main tout en se réjouissant des belles rencontres que nous ferions avec les jeunes !”.
Les CRS ont tendu leur part de cheese cake, très réussi au passage, et les lycéens et lycéennes ont proposé un loup garou. Et cette nuit-là, personne n’est mort au village.
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2. Deux hommes politiques ennemis qui s’allient pour faire un massage à une vieille dame fatiguée
Lui est de l’extrême Bleu et elle de l’extrême Rouge. Ils se détestent. Ne se parlent qu’en insultes sur X. Et les médias s’en délectent. Et pourtant aujourd’hui dans la manif, il se passe un double miracle.
Le premier c’est que lui comme elle décident subitement de ne pas marcher en tête de cortège mais derrière, tout derrière même, si loin qu’aucun objectif de caméra ne peut les atteindre. “Nous avons regardé dans le dictionnaire le mot “humilité”, déclare Monsieur Bleu “et on a trouvé ça vachement intéressant comme concept” renchérit la Rouge.
Le deuxième miracle, c’est qu’en queue de peloton, une vieille dame aux douleurs lombaires insupportables, les reconnaissant ne leur laisse pas d’autre choix que de prendre soin d’elle : “Vous me faites penser à mes petits enfants à vous chamailler sans arrêt ! Quand donc allez-vous grandir, hein ? Regardez-moi dans les yeux quand je vous parle, QUAND ?”. Elle dit tout cela en leur filant quelques coups de sac-à-main au niveau des tempes pour que l’idée soit plus palpable. Baissant les yeux, les deux ennemis politiques vont acheter un flacon d’huile de massage Arnica Récupération Sportive et proposent à la dame un soin des lombaires bienvenu.
3. Johnny Hallyday qui offre un concert place de la République
Ceci n’arrivera en effet jamais car il est décédé. En revanche, Médine, bien vivant lui, l’a fait au Havre il y a quelques jours.
4. Gad Elmaleh qui se radicalise sur scène
Des militants qui haranguent les foules, c’est un classique. Des politiques qui ont préparé un joli petit discours répété devant leur miroir, pareil. Mais les artistes alors ? Alors oui, il y a Médine, oui il y a ceux et celles qui font la fête de l’Huma. Mais en manif, sur scène, dans les cortèges, les grands noms, les artistes dits “populaires” le sont-ils réellement ? Ne devraient-ils pas être les premiers à battre le pavé pour crier que oui, leur art est une arme, que oui leur communauté est là, que oui il y en a qui mouillent vraiment le maillot. Gad Elmaleh montera-t-il un jour sur scène avec Florence Foresti pour dire que “franchement, voilà, là c’est trop” ? Jean-Jacques Goldman signera-t-il son grand retour avec Céline Dion dans un single contre les idées d’Extrême Droite ? Grand Corps Malade l’a fait, il ne leur reste plus qu’à l’imiter.
5. Un appel du président de la République en direct
Les batucadas sont de sortie, les enceintes de la CGT battent la mesure et les revendications pour l’égalité et la justice sont scandées en cadences.
À l’autre bout de la capitale, seul dans sa chambre, assis sur le coin de son lit king size à l’édredon bleu roi, sa couleur préférée, le président de la République a la tête baissée. Il se sent seul. Il n’a même pas pris de petit déjeuner ce matin. Et le son des basses, lancinant, parvient jusqu’à lui, jour et nuit depuis le début de la mobilisation. “Bismillah c’est un petit peu les ténèbres” pense-t-il sans tout à fait comprendre sa propre pensée.
Et puis soudainement il n’y tient plus, il se saisit de son smartphone sécurisé et cherche dans son répertoire “Jeune-Oublié-Par-Moi” et compose le numéro. Dans le cortège, une vibration, deux, puis le Jeune décroche. “Hello hello, c’est le Président”. Silence général. Cercle autour du combiné. Regards déterminés. “Bon, les djeuns, écoutez,... j’ai merdé. Je vais partir marcher un peu dans le Perche. Je vous laisse aux commandes pendant ce temps.”
6. Le Préfet qui arrive déguisé en girafe multicolore
Ça l'a pris comme ça, d’un coup.
Il y a encore peu de temps, son hobby c’était la collection de LBD (neufs ou d’occasion, un vrai passionné) et de grenades de désencerclement (celles qui clignotent avant d’exploser son ses préférées) et puis depuis que le peuple lycéen s’est levé, ses proches ne le reconnaissent plus.
“Je suis tombé sur un déguisement de girafe magnifique sur Leboncoin. Et puis il faut dire que René46 le vendait à 32€ seulement, une vraie aubaine !” s’enthousiasme l’homme en agitant son trophée. Depuis, sa vie a basculé. Il est de tous les blocus, toutes les manifs, sur tous les rond-points… et toujours déguisé en girafe. “Je sens que les gens m’acceptent mieux comme ça, cette valorisation me fait un bien fou. Je me réveille enfin investi d’une mission qui a du sens” lance l’homme, la voix tremblante, avant de repartir en galopant joyeusement vers un barbecue de gilets jaunes organisé en Bretagne.
7. Un oiseau qui rejoint les rangs
Jamais ils ne laisseront de plumes dans une manif. Parce que ces espèces sont au-dessus de tout ça. Régulièrement, elles proposent à Sapiens quelques conseils d’existence en chantant. Mais voyant qu’on ne les écoute guère, elles retournent à leur occupation principale : leur survie. La plus belle des manifestations se trouve quelque part dans une région du ciel.
8. Des gens qui demandent à d’autres , “vous, vous êtes plutôt de droite ou plutôt de gauche ?”
Il était confortable pour nos élus ce temps où l’on se divisait en deux, trois ou plus, le temps où l’on s’affrontait entre nous, bas-peuple, nous accusant respectivement des maux du quotidien. Et puis les lycéens et lycéennes ont mis tout le monde d’accord. Nous sommes dans le même camp. Droite et gauche, nord et sud, vieux et jeunots, centre et pourtours, il y a finalement entre nous que peu de différences. En tout cas pas autant qu’avec eux, les gens d’en haut.
Désormais la question “Vous êtes de quel camp, vous ?” n’a plus lieu d’être. Si je suis dans la rue, c’est que, comme vous, je lutte pour que les freins au bonheur soient enfin levés. Le peuple est foule, eux, non.
9. Le DG de Tiktok et Insta qui font de la corde à sauter.
Adam Presser, président de TikTok France et Pierric Duthoit, country director de Meta France s’amusent comme des petits fous. Leurs chemises blanches repassées sont trempées par la boue des flaques dans lesquelles ils sautent avec allégresse. “On essaie de battre notre record de 43 sauts à la corde à sauter sans jamais cligner des yeux !” dit l’un. “43, c’est énorme ! Nous, on adore les chiffres !” dit l’autre.
Ceci n’arrivera jamais.
Parce qu’en vrai, les manifs, ils détestent ça Adam, Pierric et leur bande. Les gourous de nos écrans ne descendront jamais dans la rue. La rue, c’est l’antithèse parfaite de leur business : les hugs gratuits remplacent leur likes monétisés, les voix enrouées recouvrent le silence du scroll, les mains qui se touchent sont beaucoup plus chaudes que les reels d’insta.
À marcher, à chanter à plein, on oublierait presque c’est qu’est un algorithme, tiens.
10. Un cortège qui fait demi-tour.
Le cortège a fait quelques centaines de mètres. Et s’est arrêté. “On rentre à la maison. Ça ne marchera jamais.”. Tête basse, désespoir, avenir éclaté, génération désenchantée.
Quel est le titre de cet article déjà ? Que ces choses n’arriveront jamais dites-vous ? Ah oui, c’est vrai, merci du rappel.
On ne fera jamais demi-tour. On n’arrêtera jamais de marcher. Qu’ils se mettent bien ça dans leur petit crâne. Et qu’ils nous rejoignent, par exemple.