Claire Nouvian, “On peut obtenir une victoire que vous pourrez raconter à vos petits-enfants.”

Claire Nouvian, “On peut obtenir une victoire que vous pourrez raconter à vos petits-enfants.”

Claire Nouvian est une passionnée passionnante. Son combat ? Prendre soin de l’océan pour préserver la vie sur la terre et sous la mer.
28 September 2023
par Hélène Binet
4 minutes de lecture

Claire Nouvian est une passionnée passionnante. Son combat ? Prendre soin de l’océan pour préserver la vie sur la terre et sous la mer. Ses armes ? Son expertise et sa détermination. Ses alliés ? Nous tous et toutes qui pouvons rejoindre ses rangs pour gagner cette grande bataille de l’océan.

© Pierre Gleizes

Depuis 2004, tu te bats pour l’océan en fondant notamment l’association BLOOM. Aujourd’hui, on aimerait commencer par prendre la température. Comment va l’océan en 2023 ?

Globalement, l’océan a beaucoup trop chaud, ses températures sont largement au-dessus des moyennes. En Ecosse, la température de l’eau cet été était 5°C au-dessus des normales. Récemment, il y a eu des canicules marines en Méditerranée ou au Canada. Jour après jour, l’océan se transforme en cocotte minute et ce n’est pas une bonne nouvelle pour tous les organismes qui vivent dedans.

Par ailleurs, l’océan est une forêt animale sous-marine qu’on a déforestée. À force de faire passer des chaluts industriels partout dans l’océan, il perd chaque année un peu plus de sa diversité biologique. L’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, a récemment rappelé que la principale cause de destruction de l’océan était la pêche industrielle. L’enjeu aujourd’hui c’est de le reboiser.

Moins de poissons et de végétaux dans l’océan, des températures qui le font bouillir, est-ce qu’il y a encore une carte à jouer pour détourner la trajectoire ?

D’abord, il faut rappeler qu’il n’est pas trop tard pour agir, on n’est “qu’à” + 1,2°C depuis l’ère industrielle (les Accords de Paris de 2015 préconisent de ne pas dépasser les +1,5°C). Aujourd’hui, on peut vraiment empêcher le scénario de bascule. En tant que Français et Françaises, on a en plus un rôle particulier à jouer parce que notre pays possède le premier plus grand espace maritime du Monde ex-aequo avec les États-Unis. En vrai, on est deuxième mais ça se joue à quelques kilomètres carrés près. Quand on règne sur la plus grande partie de l’océan avec les États-Unis, ça nous oblige à agir. Aujourd’hui, la France a les moyens et la force de frappe pour enclencher des dynamiques diplomatiques bonnes pour l’océan et pour le climat. Pour le moment, malheureusement ce n’est pas ce qu’on fait.

C’est quoi l’outil magique pour préserver l’océan ?

Il y a une mesure qui est particulièrement efficace pour préserver l’océan : les aires marines protégées (AMP), des espaces où l’on n’exploite pas, ne détruit pas, ne prélève pour permettre à l’océan de se régénérer. Il existe deux types d’aires marines protégées. La plus radicale : la réserve intégrale (“no take” en anglais) dans laquelle il n’y a aucune activité humaine. Dans ces espaces, pour la nature c’est la fête. En 5 à 7 ans, on peut obtenir +670% de biomasse, la nature a une capacité de rebond fulgurante.

Et puis il y a les aires marines protégées (AMP) dans lesquelles il n’y a aucune activité industrielle. Elles n’autorisent que la pêche artisanale, des petits bateaux de moins de 12 mètres qui utilisent des méthodes de pêche douces. Le problème aujourd’hui, c’est que moins de 0,1% des eaux de la France métropolitaine sont effectivement « protégées » et placées sous un statut de protection “stricte” ou intégrale.

En 2022, lors de la COP 15 sur la biodiversité, l’objectif mondialement adopté prévoit une protection de 30% des mers à échéance 2030. On en est où en France aujourd’hui ?

La France est très en retard sur ce sujet : elle ne protège de façon stricte que 4% de ses eaux contre 24% pour les États-Unis et 39% pour le Royaume-Uni. Par ailleurs, les méthodes de pêche traînant sur les fonds marins, comme le chalutage de fond, n’y sont pas interdites. Pis encore, près de 50% de la pêche industrielle française a eu lieu dans des zones supposément protégées. C’est ce que le Président de la République  appelle “la protection à la française”. 

Tu as un plan pour que l’on arrête de détruire “à la française” et que l’on préserve l’océan mondialement, tu nous expliques ?

La France va accueillir la prochaine conférence de l’ONU sur l’océan en juin 2025 à Nice. Le Président Emmanuel Macron aimerait en faire sa “COP océan” et sortir grandi de tout ça. On peut réellement lui mettre une énorme pression publique. Pour cela, il faut qu’on soit une vague citoyenne à dire qu’on veut de la performance écologique réelle. La France est obligée, par sa puissance mondiale maritime, de montrer le chemin, de faire de la vraie protection. On a cette fenêtre diplomatique. Si ça monte, on peut obtenir une victoire que vous pourrez raconter à vos petits enfants. Si la France annonce qu’elle arrête sa “protection à la française”, qu’elle interdit la pêche destructrice à l’intérieur des aires marines protégées, ce sera une incroyable victoire collective. N’oublions pas que, politiquement, on ne gagne que s’il y a une mobilisation citoyenne. Alors signez la pétition et suivez la campagne de BLOOM. C’est  juste un an et demi d’efforts, il faut tenir. Il faut réussir à pousser Emmanuel Macron dans ses retranchements, à le faire craquer. C’est sûr, on va gagner. Et ce jour-là, on sera trop contents.

Photo de Une : © Iker Basterretxea


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