« Je bossais tous les dimanches, je vivais chez mes parents, je n’avais pas de fric mais ça n’avait aucune importance. »

« Je bossais tous les dimanches, je vivais chez mes parents, je n’avais pas de fric mais ça n’avait aucune importance. »

Leila Hoballah, co-fondatrice de makesense nous raconte comment on oublie (trop) souvent de prendre soin de soi quand on entreprend.
18 November 2022
3 minutes de lecture

Leila Hoballah, co-fondatrice de makesense 

Leila Hoballah, libano-colombienne, avait tout pour tomber dans l’entrepreneuriat social. Un père engagé dans l’environnement aux Nations unies, une série de tontons libanais débrouillards, une jeunesse d’activisme politique et des connexions depuis toujours à l’international. C’est donc tout naturellement qu’en 2010, au sortir de ses études à l’ESCP, elle souffle sur la flamme makesense allumée par Christian Vanizette et fait grandir makesense, un projet aussi ambitieux qu’utopique. « Quelques mois auparavant, j’avais fait un stage chez Danone communities. J’avais découvert le monde de l’open source, des communs, le social business en rencontrant Muhammad Yunus. C’était un grand moment et une révélation, cela a confirmé que je voulais faire partie de ce mouvement. Quand j’ai croisé la route de Christian qui avait pour ambition de donner un maximum d’écho et de visibilité aux entrepreneurs sociaux, c’était le déclic : je me suis dit allez go ! »

Le duo démarre avec une certitude : l’entrepreneuriat social peut changer le monde. « C’était pour nous la réponse à tout. L’humanitaire n’était pas suffisant, les grosses entreprises étaient trop lentes et old school ? L’entrepreneuriat social apparaissait comme le combo parfait, capable de rassembler sous une même idée l’impact, l’innovation et un modèle économique durable. » L’équipe alors jeune et dynamique déploie toute son énergie et ses idées pour propulser l’entrepreneuriat social sur le devant de la scène. « On était étudiants, on avait du temps, on pouvait faire des étincelles. » 

Les premières années sont à l’image du tableau final des feux d’artifice. C’est beau, lumineux, ça fuse de partout. « C’était le début de l’entrepreneuriat social, on a exploré le sujet à fond. On a pu donner de la visibilité à plein de projets, les jeunes avaient envie de se mobiliser et de faire bouger les grosses boites. Il y avait un challenge de dingue. Aussi, comme on avait une approche très ouverte, il y avait plein de briques à ajouter. Des personnes hyper entreprenantes ont rejoint l’aventure. J’ai des souvenirs de grand bonheur, c’était hyper excitant de voir cette équipe grandir. »

“Avant quand tu étais biberonné à l’école de commerce c’était risqué d’aller dans l’entrepreneuriat social. Ça ne l’est plus aujourd’hui. C’est une belle victoire.”

Cette effervescence fait passer le projet makesense avant toute chose. Comme beaucoup d’entrepreneurs, Leila s’y dédie corps et âme. « J’étais consciente des compromis que je faisais et j’étais contente. Je voyais moins mes potes, je bossais tous les dimanches, je vivais chez mes parents, je n’avais pas de fric mais ça n’avait aucune importance. Tout était compensé par la joie, l’excitation, la passion, l’adrénaline du projet. Je n’ai jamais vécu cela comme un sacrifice même si j’avais quand même laissé deux choses essentielles sur le bord de la route, le sport et le sommeil. Plus tard, je me suis rendue compte que j'avais frôlé le burn out, ce n’était ni sain ni durable. Et puis quand je suis tombée amoureuse, j’ai revu l’ordre de mes priorités. »

Le cap des 7 ans serait-il aussi fatidique en amour qu’en entrepreneuriat ? Toujours est-il qu’en 2018, Leila prend ses distances avec makesense pour voguer vers de nouveaux horizons. « Nous avions réussi à inventer un nouveau narratif pour la société, montré qu’il était possible d’avoir impact économique et social, que ça pouvait être quelque chose de grand. Tout le chemin parcouru nous a permis de montrer l’obsolescence de l’autre modèle mais aussi de nous rendre compte qu’il y a une pluralité de stratégies. L’entrepreneuriat social n’est qu’un maillon parmi d’autres. »

Pour Leila l’aventure makesense a été une étape. « L’entrepreneuriat social a été un endroit où j’ai pu me poser beaucoup de questions et avancer personnellement sur plein de sujets. En 10 ans, je suis passée du développement durable à l’entrepreneuriat social pour me consacrer aujourd’hui à des approches plus radicales dont l’activisme. »


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