Manger 5 fruits et légumes par jour, une utopie contemporaine ?

Manger 5 fruits et légumes par jour, une utopie contemporaine ?

Comment rouvrir l’accès à une alimentation au service de sa santé ? Tour de piste des initiatives qui tentent de sortir l’assiette de l’impasse.
06 January 2026
6 minutes de lecture

Bien manger sans se ruiner, c’est possible ? Alors que l’alimentation saine n’est pas aussi accessible que l’on croit, des initiatives tentent de sortir l’assiette de l’impasse.

“Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré et trop salé”. Tout le monde a bien en tête cette recommandation sanitaire. Pourtant, si le cœur des Français pencherait bien du côté du message gouvernemental, la raison financière leur fait souvent agir autrement. 

Manger sainement coûterait 26 à 36 % plus cher qu’un régime alimentaire standard, selon les données de l’INSEE. En pleine inflation, les ménages français coupent le budget des rayons frais ou bio, restreignent la diversité de leurs menus et se tournent vers les nombreuses offres, moins coûteuses et plus accessibles, de la nourriture industrielle. En 2025, les aliments ultra-transformés représentent… 35 à 40 % des apports énergétiques des Français. 

Pourtant, la mauvaise alimentation au quotidien peut entraîner de nombreux soucis de santé. Maladies cardiovasculaires, obésité, diabète, dérèglement de la fertilité (à cause des perturbateurs endocriniens), cancers, le contenu de notre assiette a un impact direct sur notre santé physique et mentale. En France, le coût des maladies liées à la nutrition est estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an. Les inégalités sociales mettent non seulement un frein aux pratiques alimentaires saines, mais un coup d’accélérateur aux lignes de notre carnet de santé qui s’additionnent. 

Côté législatif, des mesures sont prises pour favoriser l’accès à une alimentation de qualité. Les lois EGalim (2018, 2021) imposent des objectifs ambitieux, comme celui d’avoir dans les cantines 50% de produits “durables et de qualité”, dont 20% de bio, avec un menu végétarien hebdomadaire. En réalité, aujourd’hui, les produits bio représentent en moyenne 12,1% des achats et les produits durables et de qualité, 25,5%. Le Nutriscore s’est introduit dans les rayons, mais l’étiquetage n’est pas obligatoire et son évaluation est critiquée (il faut comparer uniquement les scores des produits similaires et prendre en compte le dosage à 100g. Et oui, une bonne huile d’olive sera toujours notée D). 

Une nouvelle sécu au menu ?

Du côté de la société civile, ça s’active. Pour favoriser l’accès à une alimentation de qualité pour tous·tes, l’idée d’une “Sécurité Sociale de l’alimentation” émerge. Alors même que les coûts liés au système alimentaire conventionnel sur la santé et l’environnement sont estimés à 67 milliards d’euros par an, on voit apparaître des modèles de démocratie alimentaire. Depuis 2021, 105 expérimentations locales (selon une étude réalisée par Let’s Food et Vertigo Lab disponible ici, et financée par la Banque des Territoires, la Fondation de France, la Fondation Daniel et Nina Carasso et l’ADEME) se sont développées partout en France pour la tester à l'échelle locale, notamment via la mise en place de caisses alimentaires en lien étroit avec les collectivités territoriales, très engagées sur le sujet. Sur le modèle du système de santé, elles ouvrent l’accès à des produits sains conventionnés pour un montant de 150€/mois et par personne, quel que soit son apport personnel. 

D’autres acteurs de la transition se mettent aux fourneaux. La Banque des Territoires, opérateur pour le compte de l'État du dispositif France 2030 “Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires”, finance et accompagne, par exemple, le projet TerrAsol porté par la Fédération Régionale des CIVAM d’Occitanie. Ce démonstrateur montpelliérain cherche notamment à favoriser des dynamiques de démocratie alimentaire via l’expérimentation d’une Caisse alimentaire commune gérée par un comité citoyen. Dans la même optique, le projet Ocean-s, également soutenu par le dispositif France 2030 et porté par l’association Les Anges Gardins, vise à développer les solidarités alimentaires locales dans les Hauts-de-France.

Retrouver l’accès à une alimentation de qualité, c’est aussi accepter de repenser nos dépenses. Alors qu’il y a 50 ans, 35% du budget d’un ménage français moyen était dédié à l’alimentation, il représente aujourd’hui 20%. Les prix cassés de l’alimentation transformée, en parallèle d’une augmentation du coût de la vie, ont changé notre rapport à l’alimentation. Un pouvoir d’achat qu’on ne peut retrouver sans avoir de solutions qui nous en ouvre l’accès. Et ça prendra du temps.

"L’alimentation, c’est la première variable d’ajustement des fins de mois serrés. Tant que l’accès à une alimentation de qualité dépendra du revenu du citoyen-consommateur, les messages de santé publique resteront des injonctions hors d'atteinte pour la majeure partie de la population. Le problème n’est pas le manque de volonté individuelle, mais l’absence de droits effectifs permettant à chacun de se nourrir sainement." explique Marie Hégly, co-fondatrice d’Alimentation en commun.

C’est pour notre pomme

Face à ces enjeux, des acteur·ices de la transition agricole et alimentaire pensent de nouveaux modèles pour permettre à tous·tes de pouvoir manger sainement et facilement. On pense circuits courts, fluidification de la chaîne de valeur et une circularité qui permet de faire baisser les prix. 

Parmi elles, voici quelques pépites, épinglées par Juliette D’Angelo, Responsable Investissements et spécialiste de la transition agricole et alimentaire au sein de la direction de l’Investissement de la Banque des Territoires. 

Celle qui distribue des paniers solidaires : Le réseau Cocagne, qui abrite les Jardins de Cocagne. Ces espaces maraîchers cultivés par des personnes en insertion produisent des légumes bio, proposent des abonnements de paniers aux adhérents avec des prix solidaires pour des familles, des étudiant·es ou des personnes isolées à faibles revenus. Son directeur Julien Adda est également à l’initiative de Territoires à Vivre, une coalition née post-Covid qui expérimente des coopérations autour de l’accès digne à une alimentation de qualité.

Celle qui permet une filière laitière locale et accessible : DelaFerme. Elle alimente un réseau de micro-laiteries fermières avec des équipements industriels et un suivi opérationnel, pour produire et commercialiser un yaourt bio, en circuit court et à prix raisonné. 

Celle qui fabrique de la valeur à partir du gaspillage : Les Jardins de Solène. Elle transforme les fruits et légumes déclassés ou invendus en produits prêts à consommer et peu chers, tout en favorisant l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. 

Celle qui mise sur la coopération pour activer la transition : La Ceinture verte. Ce réseau de coopératives s’organise dans les territoires pour installer plus de maraîchers, leur garantir un meilleur revenu et développer la filière agricole locale. Une manière de mutualiser les coûts et les ressources pour avoir une alimentation de qualité à côté. 

Celle qui mise sur les circuits courts : Alternoo. Cette entreprise alimente une filière de distribution bio entre 30 producteurs normands et des acteurs alimentaires engagés de l’agglomération parisienne. 

Celle qui donne la main verte à chacun·ne : La Sauge. 2h de jardinage par semaine, c’est la devise de cette association qui sensibilise des publics variés par des activités ludiques et pédagogiques autour du potager. Une manière de développer sa résilience alimentaire dans des espaces collectifs et partagés.

Quand des entrepreneur·ses s’organisent pour relocaliser les filières, rendre les produits accessibles ou créer de nouveaux lieux de vie autour de nos assiettes, ils produisent bien plus que des aliments : ils contribuent concrètement à la santé publique et à la justice sociale,” conclut Marie Hégly.

Ferme urbaine La Sauge à Bobigny, Paris.

Alimentation et santé, tous·tes concerné·es

Pour soutenir ce besoin d’accessibilité, de la production jusqu’au produit en carton ou en rayon, des acteurs comme la Banque des Territoires s’engagent. Avec son programme Territoires Nourriciers, opéré avec makesense et ses partenaires incubateurs du Kiif (pionnier de l’innovation sociale dans les territoires), elle accompagne ces solutions dans leur financement, leur mise en réseau et l’amplification de leur voix en faveur de la transition agricole et alimentaire. 

"À la Banque des Territoires, nous avons lancé le programme Territoires Nourriciers, qui permet d’accélérer et de financer des structures de la transition agricole et alimentaire, afin de créer les conditions d’une économie agricole et alimentaire durable et résiliente” rappelle Julien Sciau, responsable investissements à la Caisse des Dépôts. Les candidatures sont évaluées en continu et tous les acteurs émergents de la transition agricole et alimentaire sont les bienvenus.


Les solutions Territoires Nourriciers qui ouvrent l’accès à une alimentation saine et équilibrée


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