Hectarea, financer les champs des possibles

Hectarea, financer les champs des possibles

50% des agriculteurs seront bientôt à la retraite. Mais Paul et Adime ont une solution avec Hectarea : permettre aux citoyens d'investir dans un bout de terre.
12 October 2023
par Hélène Binet
3 minutes de lecture

50% des agriculteurs vont partir à la retraite d’ici les prochaines années et la relève n’est pas du tout assurée. Pour y remédier Paul Rodrigues et Adime Amoukou ont monté Hectarea, un service financier qui permet à tous et à toutes de posséder un bout de terre et de donner de l’air à celles et ceux qui travaillent la terre.

Il y a quelques années, Ridan chantait : « si le blé m’file du bonheur, je me ferai peut-être agriculteur ». S’il n’y a pas plus beau et plus noble que de nourrir le monde, le bonheur n’est pas toujours dans le pré. Le métier d’agriculteur est difficile, les revenus incertains et désormais le réchauffement climatique vient ajouter une nouvelle couche de catastrophes et d’incertitudes. Résultat, les paysans rendent leur tracteur ou peinent à faire bouillir la marmite plutôt tiède aujourd’hui : un agriculteur sur trois gagne en moyenne moins de 350 euros par mois. 

Le goût de la terre

C’est dans cette marmite agricole qu’est tombé Paul quand il était petit. Son père était exploitant viticole dans le Bordelais. Le père d’Adime, ingénieur agro, était aussi de la partie. Les deux fondateurs ne prennent pas la clé des champs pour autant. Au sortir de leurs études, ils se lancent dans la finance et font leurs preuves dans des entreprises qui écrivent en anglais sur LinkedIn. « Après trois ans dans la pure finance j’ai eu envie à la fois de devenir entrepreneur et de me reconnecter au monde agricole, » confie Paul qui commence alors à coucher quelques idées sur le papier. Il suffira d’une rencontre avec Adime pour que le projet se concrétise. « On se rencontre un mercredi, se souvient Paul. Le jeudi, je lui transfère le Notion, le week-end, on se parle toute la journée et 1,5 mois après la structure était créée. » C’était en novembre 2022.

L’idée d’Hectarea relève du bon sens paysan. Les citoyens ont besoin d’agir concrètement pour sortir de l’éco-anxiété qui les guette ? Les néo-agriculteurs ont besoin d’argent pour financer leur installation ? Paul et Adime mettent sur pied un service financier qui permet de les connecter : Hectarea.

Investir dans les champs

Cette plateforme en ligne permet aux particuliers d’investir dans de la terre agricole comme ils le feraient dans l’immobilier. Comment ça marche ? Sur le site Hectarea, des projets agricoles sont présentés. Ici un terrain pour permettre à une jeune maraîchère de s’installer, là des oliviers pour un agriculteur en reconversion, plus loin des champs de céréales bio. Le particulier choisit son bien, décide du montant de son placement (à partir de 500 euros) qui lui donnera une part plus ou moins significative dans le projet. Tous les mois, il perçoit le loyer de son investissement de 2 à 4% (on appelle cela le fermage). Si au bout de 7 ans, l’agriculteur revend le terrain, l’investisseur perçoit une plus-value de l’ordre de 4% par an si l’on en croit l’augmentation du prix des terres de ces 10 dernières années.

Changer les trajectoires

Avec cette initiative, Paul et Adime souhaitent permettre aux jeunes générations de s’installer plus facilement et de répondre au problème de pyramide des âges du monde agricole : 50% des agriculteurs vont partir à la retraite d’ici 2030. Les deux passionnés espèrent également financer la transition écologique des exploitations qui coûte souvent très cher. Enfin, ils aimeraient soutenir les filières historiques comme le lait, les spiritueux, les céréales mais également et surtout les autres filières agricoles qui ont été délaissées avec le temps en France. « On importe 70% des fruits et légumes, on ne produit que 3,5% des huiles consommées en France, explique Adime. On se doit de soutenir ces filières pour notre souveraineté alimentaire et conserver la variété des produits dans ce qu'on est capable de produire en France. »

Le premier terrain devrait être mis en ligne d’ici la fin de l’année. Les autres devraient suivre dans la foulée. Dans 5 ans, Hectarea aimerait réussir à financer 200 millions de terres, aider 300 fermes et préserver 20 000 hectares de terres agricoles. En attendant, Paul et Adime font le tour des agriculteurs pour repérer les projets à accompagner. Quant à Ridan, aux dernières nouvelles, il est toujours chanteur. 


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