Les hommes et les femmes ne sont pas des chiffres. Mais pour comprendre le problème du sans-abrisme, il faut parfois un choc. Chez certaines personnes, une rencontre, un regard suffit. Chez d’autres, les chiffres sont plus parlants. Cet article est pour elles et eux. Mais aussi pour ceux qui pensent que la première mission d'une société est de loger ses citoyens. Et pour gouverner, militer ou voter, il faut une vue d’ensemble. Définir une politique, un budget. Bref : il faut des chiffres. Alors les voici.
La France compterait 200 000 personnes sans-abri
Les personnes sans-abri dorment dans la rue ; par conséquent, leur nombre exact est difficile à connaître. Ils ne représentent qu’une partie des 300 000 SDF qui, eux, peuvent dormir dans des lieux d’accueil ou des bidonvilles. L’État semble avoir failli puisque le nombre de personnes sans-abri en France aurait doublé depuis 2012. Et le pire est peut-être à venir : avec la crise économique et le chômage de masse qui s’annonce, beaucoup de personnes risquent de ne plus pouvoir payer leur logement...
205 000 places d’hébergement d’urgence
En France, les données sont formelles : il existe en 2025 près de 205 000 places d’hébergement d’urgence ouvertes toute l’année. À ce chiffre s’ajoute un plan de l’État prévoyant jusqu’à 10 000 places mobilisables l'hiver pour la mise à l'abri. Pourtant, malgré la pérennisation de 30 000 places, les services de secours et les associations comme la Fondation pour le logement des défavorisés alertent sur une situation critique. Face à la pauvreté et à la précarité du logement, les centres affichent une saturation permanente. Faute de domicile, des milliers d’individus, hommes, femmes et enfants, se retrouvent sans aide pour la nuit, contraints de survivre seuls face à la dureté de la vie à la rue.
237 bébés sont nés dans la rue cette année à Paris
Le chiffre a augmenté de 60 % en cinq ans selon la Coordination des accueils des familles demandeuses d’asile. Cette donnée révèle une situation alarmante à Paris. Au-delà des nouveau-nés, les associations dénombrent également près de 700 enfants de tous âges condamnés à la vie dehors ou dans des conditions d’hébergement d'urgence indignes.
Face à cette précarité extrême, l’absence de domicile et de secours brise l’enfance de ces jeunes individus, plongeant des familles entières dans une pauvreté et une exclusion sociale qui devraient alerter l'opinion publique.
667 personnes sont mortes à la rue en 2024
Pour les Français.es, l'espérance de vie s’élève à 82 ans. Mais pas pour les SDF qui meurent en moyenne à 49 ans. Si les femmes sans-abri sont moins nombreuses, leur espérance de vie est encore plus courte, et ne dépasse pas les 46 ans. Les principales causes de décès sont les maladies (36%) et les violences, comme les accidents ou les agressions (27%). Par ailleurs, près d’un tiers des SDF décédés souffrent d’une addiction - le plus souvent à l’alcool.
27% des personnes sans-abri ont un travail
Un cliché qui tombe ? L’INSEE et l'INED nous apprennent qu’environ 27 % des personnes sans domicile ont un travail : souvent un emploi précaire ou temporaire. Une part significative de ces actifs, près d'un quart, travaille sans déclaration. Parmi ces SDF actifs, ¼ ont un CDD et 40% ont un CDI. Les secteurs qui reviennent le plus souvent sont le bâtiment, les services à la personne et l’hôtellerie-restauration.
42% des SDF ne bénéficient pas des prestations sociales
Beaucoup de personnes sans-abri ne touchent aucune aide de l’Etat. Parfois par manque d’information. Mais aussi, souvent, parce qu’elles ne sont simplement pas éligibles : c’est le cas quand les personnes sont trop jeunes (pour le RSA par exemple), ou pour les inscriptions nécessitant une adresse fixe sur le territoire. Néanmoins, la majorité des SDF continuent de voir un médecin au moins une fois par an.
42% des personnes sans-abri sont des femmes
Selon l’INED 2024 et son enquête sur la précarité féminine, deux SDF sur cinq sont des femmes. En revanche, les femmes sont très rarement sans abri (7% seulement). Le plus souvent, elles dorment dans des hôtels ou des logements payés par des associations.
85% des personnes SDF disent ressentir le rejet des passants
Ce chiffre est d’autant plus parlant quand on le met en regard d’un autre pourcentage : 94% des citoyen.nes aimeraient agir contre la grande exclusion mais se sentent démuni.es, ou ne savent pas comment faire… Au comble de l’absurde, deux populations se côtoient, veulent se parler, mais n’y parviennent pas.
Partant de cette situation que ne mesure aucune étude de l'INSEE ni aucun rapport sur la pauvreté, La Cloche s’est donnée une mission : dépasser le simple chiffre pour recréer du lien. L'objectif ? Unir tout le monde, quel que soit l'âge, le code postal ou le statut. Il ne s'agit pas ici de fournir un emploi, un travail ou un revenu, mais de redonner de l'espérance aux hommes et femmes brisés. “Nous refusons une approche descendante envers les pauvres. Pour nous, la base de la vie sociale, c'est passer du temps ensemble...”
Leur plan phare s’appelle Le Carillon. Le principe est simple et s'étend en France. Loin des guichets d'aides sociaux, les habitants pré-payent des cafés et les commerçants offrent des services de premier secours (recharger son téléphone, wifi...). Pour chaque personne passant la nuit dehors, ces aides sont une source de répit face au sans-abrisme. Un millier de commerces participent partout en France, prouvant que la population peut agir concrètement au-delà des données statistiques.
80% des SDF vivent seuls
Comment finit-on dans la rue ? La majorité des personnes sans-abri ont connu un événement douloureux dans l’enfance (un quart ont été victimes de violences ou de mauvais traitements). D’autres ont simplement connu des difficultés financières. D’autres ont trébuché sur un accident de vie - et personne n’était là pour les relever… Avant tout, les personnes sans-abri sont des personnes privées de cercle social. La solitude est leur véritable point commun. Malgré tout, 20% des personnes sans-abri vivent en couple - parfois avec leurs enfants. “Chez 90% des sans-abri, rappelle La Cloche, la première demande, c’est le contact et l’écoute.”
4 millions de personnes seraient mal logées
Le sans-abrisme est la pointe aiguë d’un problème plus large : celui du mal-logement. Dans son 30ᵉ rapport sur l’état du mal-logement en 2025, la Fondation pour le Logement des Défavorisés estime qu’il existerait 4,1 millions de personnes habitant de force chez un tiers, dans un habitat indigne ou dans des hôtels sociaux… Autour de ce “noyau dur” existe une constellation plus large de personnes affectées par la crise du logement. Au total, on estime que près de 14,8 millions de personnes seraient fragilisées.
Les chiffres à apprendre par cœur pour se mettre en action
- 200 000 personnes sans-abri, hommes, femmes, et enfants, vivent dans des conditions précaires.
- 145 000 places d’hébergement d’urgence sont disponibles, mais insuffisantes pour répondre à la demande.
- À Paris, 146 bébés sont nés dans la rue en 2023, une situation alarmante.
- ¼ des sans-abri ont un emploi, mais restent dans une précarité extrême.
- 38% des sans-abri sont des femmes, souvent invisibles mais vulnérables aux violences.
- 83% des SDF ressentent le rejet des passants, accentuant leur détresse sociale.

