Jeunesse(s) française(s), engagement écologique et mobilisation, la grande enquête

Jeunesse(s) française(s), engagement écologique et mobilisation, la grande enquête

Une étude inédite qui prend en compte les origines sociales et géographiques des jeunes tord le bras à des idées reçues...
30 October 2023
par makesense
4 minutes de lecture

Une étude inédite sur l'engagement des jeunesses françaises vient de sortir chez OpinionWay. Elle prend en compte les origines sociales et géographiques des jeunes et tord le bras à des idées reçues sur leurs engagements en faveur de l’environnement. On vous résume ?

L’écologie, une affaire de jeunes ? Si la réponse affirmative a maintes fois été remontée dans les sondages, cette nouvelle étude OpinionWay pour makesense nous fait revoir nos a priori. L’origine sociale des jeunes préoccupés par les questions environnementales n’est pas celle que l’on croit, pas plus que leurs modes d’action effectifs. N’en déplaise aux représentations et aux stéréotypes, une grande majorité de jeunes veulent agir localement sans passer ni par les politiques ni par les mouvements militants. Mais une fois encore, les inégalités sociales et territoriales viennent contrarier cette appétence. Quand il s’agit de passer de la préoccupation à l’action, tous les jeunes n'ont pas les mêmes cartes en jeu. Jusqu’à quand ?

Le niveau d’engagement des jeunes pour l’environnement reste élevé malgré des inégalités sociales et territoriales très marquées

Avec près de huit jeunes sur dix qui estiment que s’engager en faveur de l’environnement constitue un objectif désirable et atteignable, les jeunes Français, toutes catégories confondues, constituent des vigies de l’(in)action environnementale.

Une très large majorité d’entre eux déclare ainsi être déjà engagée dans la lutte pour l’environnement (71%) et prête à adopter au moins une action pour agir dans les prochaines années (88%).

Cependant, ils sont nombreux à reconnaître que cette démarche s’avère plus facile pour certains que pour d’autres. L’engagement environnemental se heurte à la question sociale, et notamment aux 2 facteurs suivants :

  • Le niveau de revenus : 58% des jeunes estiment plus facile de s’engager pour l’environnement quand on vient d’une famille aisée.
  • L’origine géographique : 4 jeunes sur 10 jugent que s’engager pour l’environnement est plus difficile pour les habitants des quartiers périphériques des grandes villes (47%) et des zones rurales (46%). A l’inverse, ils sont autant ou presque à considérer que cela est plus facile quand on grandit en centre-ville d’une grande agglomération (43%).

Dès lors, le niveau d’engagement effectif (71% en moyenne chez les jeunes de 18 à 30 ans) faiblit parmi certaines catégories : il tombe à 65% pour les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) et 66% pour les jeunes issus des zones rurales. A l’inverse, les jeunes dont les parents relèvent de la catégorie CSP+ sont 77% à se déclarer engagés, tout comme les jeunes issus des quartiers prioritaires, bien plus engagés que la moyenne nationale (77%).

“C’est l’un des enseignements les plus significatifs de cette enquête : contrairement à une idée communément admise, les jeunes des quartiers populaires sont parmi les plus engagés sur les questions écologiques. Ceci peut s’expliquer par le tissu associatif dynamique des quartiers et les problèmes socio-environnementaux spécifiques auxquels ils sont confrontés (pollution de l’air, précarité énergétique, aménagement urbain…)”, analyse Hélène Binet, porte-parole de makesense.

Trouver le mode d’action adéquat : les actions individuelles et locales privilégiées au détriment des mobilisations collectives

Malgré le niveau élevé de sensibilisation et d’engagement des jeunes, ils sont encore 68% à souhaiter en faire davantage “sans savoir comment s’y prendre”. L’étude s’est donc intéressée à certaines injonctions paradoxales - Engagement individuel ou collectif ? Local ou national ? Radical ou plus mesuré ? - auxquelles les jeunes sont régulièrement confrontés dans leurs luttes et leurs modes d’action.

Alors que 83% des jeunes estiment que les actions collectives ont plus d’impact que les actions individuelles, ce sont les actions individuelles qui sont privilégiées par les jeunes Français : 58% sont prêts à faire davantage d’efforts au quotidien, et seulement 40% déclarent envisager un engagement de nature collective (bénévolat dans une association : 25%, organiser une mobilisation sous forme de collecte de fonds ou de pétitions : 11% chacun). Un jeune sur trois (35%) envisage de s’engager pour l’environnement via son activité professionnelle.

Des facteurs objectifs mesurés par l’enquête expliquent ce paradoxe :

  • Un déficit d’information relatif aux formes de mobilisation collective, 76% des jeunes estimant difficile de savoir à qui s’adresser lorsqu’ils souhaitent s’engager (81% chez les plus jeunes 18-21 ans) ;
  • Une motivation plus forte à agir à l’échelle locale, 75% des jeunes estimant que les actions de proximité sont aussi efficaces que les initiatives nationales et internationales.

Les actions politiques et militantes boudées par une large majorité de jeunes

Sans grande surprise, la défiance des jeunes à l’égard des politiques et de l’action publique se mesure à un niveau élevé. Les trois quarts des jeunes sont convaincus que le changement viendra des citoyens plutôt que des mesures politiques (76%). Alors que moins d’un jeune sur deux estime que l’avis des jeunes en matière d’écologie est pris en compte par les pouvoirs publics (49%), 73% déclarent se sentir “légitimes pour agir”, créant ainsi un sentiment de frustration parmi cette population.

Les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à être sévèrement jugés par les jeunes : ils ne sont que 10% à se déclarer prêts à s’investir dans les mouvements écologistes militants dans les prochaines années, et moins de la moitié des jeunes (43%) déclare se reconnaître dans les mouvements militants actuels. Pour 87% d’entre eux, s’engager pour l’environnement ne passe pas nécessairement par rejoindre ce type de mouvements.

“Ces résultats montrent que l'action militante telle que dépeinte par les médias ne permet pas à la jeunesse de s'y retrouver. Trop de jeunes se sentent laissés de côté par des messages et des modes d'action qui ne leur ressemblent pas. Cela fait réfléchir et démontre que la clef pour embarquer n’est pas tant la radicalité que l’inclusivité. Même si le temps presse, nous devons toujours chercher à rassembler et donner à voir un futur qui donne envie de se projeter”, réagit Hélène Binet.

Par là pour lire la synthèse. Pour l'étude complète, merci de nous en faire la demande par mail : presse@makesense.org

Méthodologie

Sondage réalisé du 26 juillet au 3 août 2023 sur la base d’un échantillon de 1140 jeunes de 18 à 30 ans, représentatif de la population française et constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle et de région/zone de résidence. Choix inédit, la sous-population des NEETs (jeunes sans emploi et non-engagés dans une formation) a été sur-représentée afin de disposer d’une base de plus de 300 jeunes dans cette situation, permettant d’isoler les données relatives à cette population.

Mention

Toute reprise même partielle des résultats doit impérativement utiliser la mention suivante “Etude sur l’engagement écologique des jeunesses françaises - sondage OpinionWay pour makesense” et aucune reprise de l’enquête ne pourra être dissociée de cet intitulé.


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