Ces lois qui ont changé notre vie (oui, il faut vraiment aller voter le 12)

On n’y pense pas tous les jours mais il y a plein de lois qui ont changé le cours de l’histoire : autorisation de la contraception, création de la CMU, passage du septennat au quinquennat.
Ces lois qui ont changé notre vie (oui, il faut vraiment aller voter le 12)
02 June 2022
par Vianney Louvet
8 minutes de lecture

On n’y pense pas tous les jours mais il y a plein de lois qui ont changé le cours de l’histoire : autorisation de la contraception, création de la CMU, passage du septennat au quinquennat. Souvent pour le meilleur, parfois un peu moins. On se rafraîchit la mémoire ?

Tiens, assieds-toi, on va te raconter l’histoire d’une fille qui cherche du taf dans Paris depuis quelques semaines. Elle s’appelle Lilou. Ce matin, elle vient de passer un entretien à la Crêperie Bretonne, pour être serveuse. Elle a dû avouer qu’elle ne savait pas exactement ce qu’était un cappuccino et qu’elle postulait avant tout parce qu’elle avait hyper envie de profiter des crêpes à la crème de marron gratuites. À 14h, ils l’ont rappelée : “c’est bon, vous démarrez demain à 11h”. Il est 14h et Lilou réalise qu’elle va, pour la première fois de sa vie, travailler et gagner de l’argent.  

Lilou aura le droit au SMIC

Comme n’importe quel salarié dans notre pays, Lilou a droit à un salaire minimum permis par une loi passée le 11 février 1950. À l’époque d’ailleurs, c’était le SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti). C’est simple : une rémunération plancher, fixée par les pouvoirs publics, mais aussi une possibilité pour les Lilous de France de négocier et de gagner un peu plus.  Le 2 janvier 1970, le SMIC remplace le SMIG. Le but est à ce moment-là n’est plus d’assurer un “minimum vital”, mais de se rapprocher du salaire moyen des français (qui est beaucoup plus élevé). Jacques Chaban-Delmas, 1er ministre, crée un nouveau mode de calcul et le SMIC augmente de 35 % en seulement quelques années.

Il est 15h et Lilou savoure ce dernier après-midi d’insouciance. Des crêpes, un CDD et un SMIC. La folie. Au détour de la rue du Bac, elle décide de passer par la librairie du coin et de s’acheter un bon bouquin en guise de pré-récompense. Un contrat saveur sarrasin, ça se fête. 

Lilou s’offre un livre 

En se baladant dans les allées de la librairie Kogan et en humant l’odeur de vieux papier, Lilou n’imagine pas que ces différents ouvrages vendus à un prix raisonnable découlent d’une loi promulguée le 10 août 1981 au parlement : la loi relative au prix unique du livre. Ce texte a permis, notamment, l’égalité des citoyens devant le livre, qui sera vendu au même prix sur tout le territoire national. “On doit mettre des prix compris entre 95 % et 100 % du prix fixé par l'éditeur ou l'importateur”, lui explique le petit monsieur à la caisse. 

Lilou finit par s’acheter “La pesanteur et la grâce” de Simon Weil, petit bijou. De retour chez elle, elle cuisine une tarte tatin au fenouil et se couche. Demain, sa nouvelle vie commence. 

Pas de petit déjeuner sans RTL

Il est 7h30 et malgré la nouveauté de ce grand jour, Lilou conserve son habitude et petit déjeune en compagnie d’Yves Calvi et RTL, comme tous les matins de la semaine. Une manière de regarder le monde de loin, de très loin avant de s’y engouffrer pour l’observer de très près pendant sa journée de travail à la Crêperie. 

Des radios, il y en a. Beaucoup. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) recensait plus de 6000 fréquences détenues par des opérateurs privés sur la bande FM, 2600 pour les opérateurs publics. C’est en  1981 que le paysage radiophonique change du tout au tout : et là encore, c’est l’Assemblée et ses députés qui sont à la manœuvre. En 1981 donc, la loi nº81-994 du 9 novembre autorise les radios locales à émettre, donnant naissance ainsi à des milliers de stations. Promise par des socialistes tout juste élus, cette loi met fin au monopole de l’État et permet aux radios commerciales comme Europe 1, RMC, ou RTL d’émettre depuis la France (jusqu’alors ces dernières trouvaient une parade en émettant en dehors du territoire français, à partir du Luxembourg, d’Andorre ou de Monaco).

Il est 9h, Lilou a le temps d’aller courir sur le champ de Mars, de prendre une douche et d’enfourcher son vélo pour rejoindre Montparnasse. Que la fête commence. 

Plusieurs milliers de cadres manifestent à l'appel de la CFE-CGC et de la CGT le 24 novembre 1999 à Paris pour réclamer un décompte horaire de leur temps de travail dans le cadre de la loi sur les 35 heures.
AFP/DANIEL JANIN

Pour Lilou, ce sera 35h

Cela lui paraît beaucoup, 35h par semaine, 35h à nourrir des clients excités par l’odeur de l’emmental fondu. Mais en 1936, c’était 40 heures, puis 39 en 1981. Et aujourd’hui 35h. Après la victoire surprise de la gauche lors de la dissolution de 1997, la ministre de l’Emploi de l’époque, Martine Aubry, est chargée de mettre en application cette mesure de la campagne de Lionel Jospin. La durée légale du travail passe officiellement de 39 heures à 35 heures en 1998 après l’adoption définitive de la loi - oui toujours elle - à l’Assemblée. 

En discutant avec Gwen, sa collègue en cuisine, en CDI depuis 2020, Lilou tente 2-3 questions sur les congés. C’est bien connu, le plus important dans le travail, ce sont les vacances. 

Lilou aura sa cinquième semaine de congés payés

Gwen est passionnée d’Histoire, un peu gauchiste aussi. Tout en ouvrant une bouteille de cidre doux, elle explique à la petite nouvelle à quel point beaucoup de choses ont changé grâce à François Mitterrand et à ses députés. C’est notamment le cas concernant cette fameuse 5e semaine de congés payés - aussi appelée congé supplémentaire - permettant aux gens comme Lilou de profiter d’une semaine de congés additionnelle en plus de leur congé principal de 4 semaines.

Deuxième bouteille de cidre. Une complète pour la 8 en terrasse. “Tu partirais où toi si tu étais en vacances demain ?”

Lilou et son amour du littoral

Elle hésite. La question de Gwen la replonge dans ses souvenirs de vacances sur la côte bretonne nord. Les vagues, l’odeur des algues. Et ce littoral préservé. Préservé oui, et ce grâce à … une loi. Il y a trente ans, le 3 janvier 1986, les parlementaires votaient à l’unanimité une loi sur la protection du littoral. Loi visant à protéger ces zones courtisées par les promoteurs immobiliers et autres groupes vacanciers pour construire, construire et encore construire. “Mais bon, l’écologie, ça va bien 5 minutes, lui lance Gwen, je te conseille de jeter un coup à loi Élan qui a récemment mis un coup d’arrêt à cet élan de protection de l’environnement justement…”

Il est 23h lorsque Lilou quitte le service. Dehors, l’attendent deux surprises : sa cousine Clarisse qui veut célébrer avec elle ses débuts dans le monde des beurre-sucre et… la fête de la Musique. C’était donc ça tout ce tintouin… 

Lilou danse sur Stromae à la fête de la musique

Et oui, Lilou avait oublié mais ce soir de juin, le peuple est dehors pour se dandiner sous les étoiles. Clarisse et Lilou se rendent sur la place Saint-Michel où l’ambiance a décollé depuis l’arrivée d’un groupe de musique belge. Des milliers de gens dehors, de la musique, une odeur de cacahuètes pralinées… Merci Jack. Merci les députés et députées. 

Et oui, revenons quelques 40 ans en arrière. C’est le 10 juin 1981 qu’André Henry, nommé dans le nouveau ministère du Temps libre, organise la « Fête de la Musique et de la Jeunesse » pour célébrer l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir. Jacques Higelin et Téléphone chantent devant 100 000 personnes personnes place de la République, grosse ambiance (gratuite ça va sans dire). Dans la foulée, quelques mois plus tard, l’assemblée nationale vote le budget de la culture et permet ainsi à Jack Lang de créer une fête musicale populaire, la « Fête de la musique », dont la première édition est célébrée le 21 juin 1982.

Lilou savoure l’air doux et réchauffant de ce mois de juin. Elle laisse Clarisse filer et décide de longer la Seine avant de rejoindre son lit. Un peu plus haut, elle s’arrête devant ce beau bâtiment, le palais Bourbon, l’Assemblée Nationale. 

“C’est beau, dit-elle tout haut, c’est beau ce que les gens de cet hémicycle ont permis”. 

“Beau ?” À côté d’elle, un type, guitare à la main, la regarde comme si elle venait d’affirmer que la Terre était plate.  
“Je peux te poser quelques questions parce que je ne suis pas sûr qu’il n’y a que des bonnes décisions qui ont été prises là-dedans ?” Et le jeune de développer sa pensée, en 5 dates, rien qu’entre 2015 et 2019 :

24 juillet 2015 : la loi Renseignement

Cette loi a été votée par l’Assemblée Nationale sous François Hollande et a considérablement accru la surveillance industrielle de nos données, avec notamment la mise en place de "boîtes noires”, sortes de petits coffrets rassemblant un paquet d’infos sur nos vies. Sur la tienne aussi Lilou. Mais pour quelle utilisation ? Tu le sais toi ?

30 octobre 2017 : la loi antiterroriste

Tu te rappelles des attentats en 2015, de l’état d’urgence de quasi 750 jours derrière ?  Tu te souviens peut-être aussi qu’en mars 2020, il est à nouveau déclenché pour faire face à la pandémie de covid-2019. Ces deux situations dramatiques de natures très différentes ont fait appel à ce même outil d’exception. À chaque fois, ce sont les députés qui permettent ou non de le déclencher. Connais-tu le philosophe Giorgio Agamben ? Que penses-tu de la menace démocratique qu’il évoque avec ces états d’urgence à répétition ? A-t-on conscience de ce qui est en train de se jouer sans bruit ? Les députés nous ont-ils impliqués dans les débats ? Nous ont-ils représentés ?

10 septembre 2018 : la loi asile et immigration

On en a beaucoup parlé. Élargir les délais de rétention à 90 jours, rendre plus difficile les recours, durcir les conditions d’accès à l’asile, faciliter les expulsions. Cette loi laisse penser qu’il y a les bons et les méchants. Les dangereux et les gentils. Ils n’étaient pas au courant de tout ça les députés ? N’avaient-ils pas le pouvoir de proclamer, par leur vote, “liberté, égalité, fraternité” ?

10 avril 2019 : la loi anti-casseurs

Ah la belle époque des « Gilets jaunes ». Et l’explosion de liens de confiance citoyens-politiques. Police-citoyens. Journalistes-citoyens. Citoyens-citoyens. Présomption d’innocence ou présomption de culpabilité ? Je ne sais pas si tu as suivi les débats à l’assemblée, mais c’était intense, violent, comme sur nos places et ronds-points. Là encore, en quelques coups de baguette magique, les députés peuvent souffler le chaud et le froid sur notre tissu social, déjà bien fragile. 

Lilou écoute. Puis rentre chez elle, pensive. 

Oui, l’Assemblée est puissante. Oui elle peut être à l’origine d’avancées sociales formidables et concrètes, avancées qui changent le cours de nos journées, de nos vies. Mais elle peut aussi se replier sur elle-même et restreindre nos libertés, accélérer la dégradation de notre environnement et porter atteinte à notre démocratie. 577 personnes ont entre leurs mains nos matins, notre travail, notre dîner, nos loisirs. Et notre avenir. 

À nous d’aller exprimer haut et fort nos luttes et nos valeurs, le 12 juin prochain. Lilou y sera.