Les Carottes Sauvages, le jardinage pour cultiver les liens et la biodiversité

Les Carottes Sauvages, le jardinage pour cultiver les liens et la biodiversité

Les Carottes Sauvages aménagent des jardins potagers dans les maisons de retraite pour permettre aux personnes âgées de reprendre racine. 
25 May 2023
par Hélène Binet
4 minutes de lecture

Les mains dans la terre, la tête dans les souvenirs… Depuis trois ans, les Carottes Sauvages aménagent des jardins potagers dans les maisons de retraite, les centres d’accueil de jour pour enfants et adultes, les crèches et les mairies pour permettre à tous et à toutes de reprendre racine. 

Une vieille dame est assise sur un banc dans le jardin de la résidence des Ternes, à Paris. L’herbe est verte, le ciel est gris, son écharpe est rose. Elle vient pour l’atelier jardinage que l’entreprise les Carottes sauvages propose aux résidents. En attendant le début de la session, elle égraine les mésaventures de ses dernières plantations dans la cuisine. « J’ai planté un noyau de mangue, ça n’a rien donné, j’ai semé des pépins de kumquat, ça n’a pas poussé, j’ai essayé avec un bout de gingembre, rien… C’est pas facile le jardinage. » Chez elle, la résidente plante tout ce qu’elle trouve en se disant que quelque chose finira bien par germer. Qui sait ?

Odeurs portagères

Philippe Rudman, fondateur des Carottes Sauvages vient de descendre de son estafette, une grelinette sur l’épaule, un pot de plantes aromatiques dans chaque main. Miki l’observe de loin même si elle n’est qu’à quelques mètres. Son foulard noué sur la tête et ses sourcils au crayon laissent deviner un long et lourd traitement.« Qui connaît cette plante ? » demande Philippe à la volée. Miki regarde, sent, hésite entre romarin, sarriette et menthe quand arrivent Alice et Delia, deux habituées suivie d’Eva animatrice de l’association. « Vous allez bien ? » demande-t-elle. « Moyen, » répond Alice les doigts déformés par l’arthrose. « Alors on est deux », poursuit Eva qui propose à sa petite équipée d’oublier ses soucis en nettoyant le bac extérieur, prétexte pour deviser sur les plantes, le temps qu’il fait ou apprendre à reconnaître la pimprenelle, délicieuse dans un fromage blanc aux herbes. La pluie se met à tomber un peu trop dru pour rester à gratouiller la terre. Tout le monde rentre.

Opération semis !

Dans la salle à manger, Eva sort des petits sachets magiques pour que les jardinières du jour puissent choisir les graines de leurs prochains semis. La jeune femme prend le temps de donner des explications. Il y a le maïs multicolore pour faire du pop corn et qui est particulièrement esthétique, les capucines qui attirent les pucerons, le tournesol qui, en prime, peut servir de tuteur, les petits pois qui aiment rester en famille, les tomates « mais attention on est déjà bien en retard ». Un homme regarde de loin sans vouloir entrer dans le cercle mais ne rate pas une miette de la présentation. 

Les jardinières composent leur futur potager : « c’est gros les courges, il faudra les partager, on ne va faire que deux pots de semis alors. » Caroline qui vient d’arriver propose des graines de chou portugais qu’elle a l’habitude de manger en soupe. « Ça se mange aussi en potée ? » demande une participante.

Les futures plantations étant définies, Eva distribue des gants pour les semis en félicitant Alice pour ses beaux ongles qu’il ne faut pas abîmer. Adrienne rejoint le groupe en cours de route. Il n’y a pas d’heure pour venir jardiner. Consciencieusement, les vieilles dames remplissent leurs pots en respectant les consignes d’Eva : la profondeur des semis ne doit pas dépasser 3 à 4 fois la hauteur de la graine. Elles se rappellent qu’une graine pour pousser a besoin d’eau, d’obscurité et d’un minimum de chaleur. 

Semer de la convivialité

« Ces ateliers jardinage sont un prétexte pour créer du lien, » raconte Philippe qui, après des années dans la banque et le conseil a décidé de se reconnecter avec ses racines et son histoire et de créer les Carottes sauvages. L’aventure a commencé en mars 2020 et a fait des petits. Aujourd’hui 5 salariés composent la structure, tous et toutes ayant eu une autre vie professionnelle avant. Eva était juriste, Colombe psychologue et Louis chef de produit dans l’édition. 

L’équipe intervient auprès de 35 clients, des Ehpads, des résidences autonomie comme celle des Ternes, des centres d’accueil de jour, des établissements pour enfants aux troubles psychologiques, des crèches… « Dans les Ehpads, on organise aussi des ateliers sur les odeurs, explique Philippe. Les personnes ne se rappellent plus de leur prénom mais se remémorent mille souvenirs avec des fragrances. Pareil lorsque je viens avec des outils oubliés, la faux ça fait remonter un tas de souvenirs. C’est exactement pour ça que je fais ce métier.»

L’atelier touche à sa fin, les semis sont terminés, le soleil est presque revenu. Eva confie à la communauté de jardinières le soin d’arroser les semis. Elle reviendra dans une quinzaine de jours pour voir les premières pousses et proposer un nouvel atelier. Avant de partir, elle offre à Delia des graines de piment pour lui rappeler les Antilles de son enfance. 

À la résidence des Ternes, à deux pas de la place de l’Étoile, le jardinage est aussi un voyage.


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