“Les idées qui ont le plus de chances d’aboutir sont celles qui te font pleurer et accélérer le pouls”

“Les idées qui ont le plus de chances d’aboutir sont celles qui te font pleurer et accélérer le pouls”

Tarik Ghezali, serial entrepreneur, à la tête de la Fabrique du Nous nous raconte comment repérer un vrai bon projet à impact.
07 March 2023
3 minutes de lecture

Tarik Ghezali, co-fondateur de la Fabrique du Nous

“Je suis un vétéran de l’impact.” Tarik Ghezali, à la tête de la Fabrique du Nous aujourd’hui, a toujours aimé accompagner l’entrepreneuriat social. Depuis qu’il a fait son coming out ESS en 2005, il a notamment co-fondé le mouvement Impact France à l’époque où il s’appelait le Mouves mais aussi le labo de l’ESS, Marseille solutions… Rencontre.

En 15 ans, Tarik a vu des boîtes se monter, se démonter, pivoter. “Il y a beaucoup de personnes qui veulent entreprendre sans avoir d'idées ou qui aiment plus l’idée que la réalité de leur projet et ont du mal à se projeter à long terme. Mais la vraie question à se poser avant de se lancer est de savoir si on est prêt à être obsédé par le sujet pendant 10 ans.” Si tel est le cas, reste à savoir si son idée est la bonne et là il n’y a ni test, ni tableau excel, ni horoscope qui vaillent. “Globalement, les idées qui ont le plus de chances d’aboutir sont celles qui viennent du cœur, celles qui t’émeuvent et te meuvent, celles qui te connectent à ton histoire personnelle, qui te font pleurer et accélérer le pouls.” De l’émotion à la vision, n’y aurait-il qu’un pas ? “ Il est important de traduire ensuite ses émotions et ses intuitions en une vision claire, de savoir ce que l’on souhaite accomplir, où l’on veut aller. Si tu n’as pas de vision propre, tu peux être pris par d’autres vents et finir par te perdre.”

Si le cœur a ses raisons que la raison ignore, l’entrepreneuriat social exige néanmoins que les idées se confrontent à la réalité du terrain. “Les rencontres sont pour moi le deuxième moteur pour entreprendre. Moi, je n’ai jamais fait un truc tout seul. Quand on a monté le Mouves, on a fédéré des pionniers en France et on est allé voir en Angleterre, ça nous a donné envie de nous lancer. Pour le labo de l’ESS, c’était pareil, on a d’abord commencé par des États généraux, avec des centaines d’acteurs, pour définir ce qu’on allait faire précisément. La rencontre et la mise en commun permettent d’avancer. Aller voir d’autres expériences, ça met le feu, je suis très partisan des learning expeditions, mais aussi… des rencontres sur la plage avec du rosé !”

Tarik qui aime bien jouer avec les mots résume les chances de succès du lancement d’une entreprise à impact en trois lettres : le pif. “p comme porteur, i comme idée et f comme financement. Quand les trois sont réunis, il va se passer un truc, mais ce n’est pas toujours facile d’avoir les trois au même moment.”

Et pour la suite ça se passe comment ? “Pour dérouler son projet, il vaut mieux être souple et agile. “Je pense qu’il est préférable de ne pas se dire qu’on va être prométhéen mais plutôt saisir des opportunités pour faire de l’impact, s’appuyer sur les forces du moment.” Tarik aime bien reprendre l’image des nuées d’oiseaux, ces ballets mouvants et hypnotiques des volatiles en migration pour illustrer son propos. “Il n’y a jamais d’accident, pas de gourou. Les oiseaux sont guidés par un champ magnétique, c’est un peu comme la cause en entrepreneuriat social, il faut se glisser dedans.”

Le collectif, la seule façon de changer le monde ? “Quand j’ai commencé il y a 15 ans, il fallait affirmer la figure de l’entrepreneur dans l’économie sociale et solidaire. Mais peut-être qu’ on a trop donné l’impression qu’un mec tout seul pouvait régler un problème alors que c’est faux. C’est toujours une alliance d’acteurs pluriels qui travaillent dans la durée, avec une vision et un langage communs, qui réussit à régler durablement le problème (“collective impact”). Et ça il ne faut jamais l’oublier.”


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