Si je vous dis design, vous répondez chaise, presse-agrumes ou bloque-porte ? Et s’il s’agissait aussi et surtout de futurs souhaitables, de solutions globales, d’innovations à impact ? Allez filons à Paris College of Art (PCA), là-bas, le master Design for social impact pourrait bien nous sortir de l’impasse.
“L’idée selon laquelle le design sert avant tout à créer des objets appartient clairement au passé ”, annonce tout de go la designer Lucrezia Russo à la tête du master Design for Social Impact de PCA initié par Linda Jarvin, aujourd’hui présidente de l’établissement. “Le design est avant tout une manière d’envisager le monde, d’en comprendre les systèmes et d’imaginer des solutions durables”. C’est dans cet esprit, qu’en 2018, Linda a monté ce master en collaboration avec makesense.
« Nous voulions réunir la rigueur académique de PCA et l’engagement très pratique de makesense », explique Linda. Le master repose sur une pédagogie singulière : de petits groupes - cinq à douze étudiants - un mentor pour chacun, et un apprentissage ancré dans le réel.
Ainsi, dès les premières semaines, les étudiants travaillent auprès d’entrepreneurs sociaux sélectionnés par makesense, participent à des recherches appliquées, explorent le design thinking, mais aussi le design fiction. Pour Lucrezia Russo, cette approche correspond parfaitement à l’époque : « Le processus du design est itératif, non linéaire. C’est ce qui le rend si puissant face à des enjeux qui changent vite. Les designers sont capables de tester, d’ajuster, de revenir en arrière : ce regard différent permet d’apporter des réponses innovantes. » Dans cette discipline, le fil rouge reste l’humain : il s’agit avant tout de comprendre ses usages. « On ne designe jamais pour soi. L’utilisateur est au centre et cela ouvre immédiatement à des problématiques sociales et environnementales », poursuit-elle.
Autre outil puissant pour favoriser l’innovation à impact, le design fiction : se projeter dans le futur qu’on cherche à atteindre et imaginer ensuite comment s’y prendre pour y arriver. «Ce type d’approche peut aider à lâcher prise sur les contraintes que l’on se crée pour se projeter dans les futurs souhaitables, rappelle Lucrezia. C’est une méthode souvent utilisée dans l’innovation publique. »
« Notre succès, c’est quand nos étudiants trouvent un projet professionnel qui a du sens. »
Un défi, mille questions, une solution
Tout au long de l’année, les étudiants découvrent la complexité inhérente à chacun des défis qui leur est présenté. « On ne peut pas s’attaquer au problème, par exemple, des déchets sans considérer les dimensions économiques, culturelles ou politiques », rappelle Lucrezia. Et cela est valable pour tous les sujets, lorsque l’on est designer, il faut réfléchir de façon systémique. C’est pour cette raison que la formation combine des disciplines aussi variées que l’éthique appliquée, la sociologie, la psychologie… Et comme le design appelle à solliciter d’autres regards et compétences, des cours de communication non violente et de leadership sont organisés. « Avoir un impact exige de comprendre les gens et de travailler avec eux, pas à leur place », insiste Linda.
Ces approches croisées débouchent sur des trajectoires très diverses : une ancienne étudiante, styliste de formation, a développé une marque inclusive dédiée aux personnes en situation de handicap ; une autre accompagne des citoyens en Méditerranée grâce au design fiction ; une diplômée mexicaine sensibilise désormais aux féminicides via une radio engagée. La plupart rejoignent des structures existantes pour y renforcer l’impact social plutôt que créer leur entreprise. Au-delà du diplôme, l’école s’engage durablement auprès de ces étudiants. « Notre rôle ne s’arrête pas le jour de la remise des diplômes : on continue à les accompagner », souligne la directrice du master. Cette attention individualisée fait partie de la philosophie de PCA.
Après une pause d’une année, le master reprendra de plus belle en 2026 et, dans un paysage international où les grandes expositions - de Milan à Saint-Étienne - interrogent les limites et la responsabilité du design, entend réaffirmer sa posture initiale : le design n’est plus une discipline décorative, mais un outil critique. En croisant arts, sciences humaines, innovation publique et engagement social, l’école forme des professionnels capables d’interroger le présent et de dessiner des futurs responsables.
PCA en quelques chiffres
- 6 promotions
- 42 diplômés, dont 26% de citoyens américains, 12% libanais, 7% d’Allemands, d'Indiens et de Mexicains, 5% de Brésiliens, de Colombiens et de Canadiens.
- 12% d’hommes
- Des postes pourvus en éducation, politique (activisme, élus), design (textile, mode et intérieur), think tank, entrepreneuriat…
