Lien intergénérationnel, réhabilitons le bon vieux temps

Lien intergénérationnel, réhabilitons le bon vieux temps

Comment ça va entre les générations ? On vous raconte... À l'aide du dernier rapport des Petits Frères des Pauvres.
03 October 2023
par Vianney Louvet
5 minutes de lecture

"La génération du-dessus". De cette expression qui donne l'impression que nos aînés habitent juste au-dessus nous transpire un double sentiment de distance proche. Et c'est un peu ce qui nous vient lorsqu'on aborde ce sujet de l'intergénérationnel : "je t'aime, moi non plus". Quelles sont, en 2023, les couleurs du paysage relationnel entre les générations ? Les Petits Frères des Pauvres, spécialistes de ces questions, viennent de sortir leur huitième rapport “Isolement des personnes âgées et liens entre générations”.

© Didier Echelard

C’est quoi cette étude ?

“Indifférence ou désintérêt entre jeunes et vieux : réalités ou préjugés ?” Autrement dit : les anciens, on les apprécie ou on ne peut plus les blairer ? Les petits jeunes, on les choie ou ils nous insupportent ? Voilà des questions qui pourraient surgir lors de votre prochain repas entre collègues, questions pour lesquelles on aimerait bien avoir quelques billes chiffrées. Aussi dit, aussi fait, les Petits Frères des Pauvres viennent de sortir, ce 28 septembre, la 8ème édition de leur rapport sur les liens qui unissent les différentes générations.

L'objectif de cette maxi étude est donc clair : donner la parole aux aînés comme aux plus jeunes et dresser un état des lieux de leurs interactions sociales sur la base d’échantillons représentatifs de ces classes d’âge.   

Concrètement, deux sondages ont ainsi été réalisés, par téléphone pour les plus 60 ans et en ligne pour les 18-30 ans. Du coup ils ont raconté quoi ? LIS-DONC LA SUITE.

Les choses qui ne nous ont pas surpris

Une première conclusion à laquelle on s'attendait, c'est que le lien avec les vieux sages familiaux s'étiole. Selon l'étude, ¼ des personnes âgées voient moins leurs enfants et leurs petits-enfants qu’auparavant et plus d’un jeune de 18-30 ans sur deux voit moins ses grands-parents qu’auparavant. Amusant de noter que le pourcentage est plus fort chez les jeunes, comme s'ils acceptaient, revendiquaient plus cette ère de l'éloignement... Ce constat s'aggrave avec le grand âge : 23 % des 85 ans et plus voient moins leurs enfants qu’avant et 36 % des 80-84 ans (et 43 % des plus de 85 ans) voient moins leurs petits-enfants qu’avant.

Les raisons rapportées sont l'éloignement géographique et la prise d’indépendance. Voilà pour les relations familiales. À l'inverse, le travail (pour les actifs), le voisinage et les associations - à un niveau plus faible - sont les occasions évoquées pour rencontrer d’autres générations en dehors de sa famille. Mais là encore, elles s’amenuisent à mesure que l’écart d’âge augmente.

Posons-nous la question, où rencontre-je, dans ma vie de tous les jours, des personnes de 30 ans d'années de vie en plus que moi ? Rencontrer dans le sens d'un échange, d'un temps, ... Silence gêné ? Pour moi, oui. 

Autre point prévisible : les deux "camps" - qui on l'espère n'en sont pas - ne sont pas des grands fans des maisons vides abandonnées pour un établissement accompagnant les vieilles années de nos aînés. 85 % des 60 ans et plus et 82 % des 18-30 ans plébiscitent le maintien à domicile pour faciliter les relations entre générations.

© Raphaëlle Trecco

Tiens, tiens. Les surprises de l'étude 

Un premier point intéressant à relever, et pas forcément intuitif, c'est que 56 % des 18-30 ans estiment ne pas voir suffisamment leurs grands-parents. Les jeunes sont donc, pour plus de la moitié, en manque de leurs vieux sages. En manque de liens. Une autre statistique complémentaire et plus générale sur l'intergénérationnel : 52 % des 18-30 ans sont demandeurs de plus de liens avec les personnes âgées et 44 % des 60 ans et plus le sont envers les jeunes.

Autre chose : faites l'exercice. Prenez 3 de vos récentes relations récentes qui battent de l'aile. Sont-ce des gens de votre âge ? Des plus vieux ? Selon le rapport, plus les écarts d’âge se creusent, plus les relations amicales sont difficiles à entretenir. Visiblement, on privilégie d’abord les liens avec les générations les plus proches de soi dans son cercle amical. Plus rassurant, plus facile logistiquement, une culture commune plus favorable ?

Il y a aussi une partie de l'étude qui aborde le brûlant sujet de la précarité et qui pose de profondes questions. Pour les jeunes comme les plus âgés, la précarité est un facteur d’affaiblissement des relations entre générations. On pourrait croire que la difficulté entraînerait plus de solidarité, de lien... Visiblement ce n'est pas le cas. Et ça fait réfléchir. Quelle énergie consacre-je à me poser la question de ce que fait la petite dame d'en face ce dimanche après-midi ? Ai-je une partie de mon temps libre dédiée à prendre un café avec la grand-mère de mon pote qui habite au bout de la rue ? L'enjeu ici n'est pas de se culpabiliser mais de se poser la question. Est-ce faisable et comment rendre ces instants ressourçants, enviables, pour les jeunes comme pour les vieux ?

Générations ré-enchantées  

La tendance est donc dessinée : le lien intergénérationnel n'est pas en grande forme. Et plus les années passent, plus les chiffres le prouvent.

Alors bien-sûr, des pistes de réflexion “évidentes” sont aussi abordées dans l'étude. La famille, bien-sûr, apparaît comme LE carrefour qui permet la rencontre entre les générations. Il y a aussi le bénévolat, la sensibilisation de la jeunesse et les actions favorisant les rencontres qui sont préconisées par jeunes et vieux pour maintenir les liens entre générations...

Mais au-delà de ces "engagements" volontaires pour protéger nos liens, il y a un implicite intéressant dans le travail des Petits Frères des Pauvres. En fait,  les moins de 30 ans et les 60 ans et plus partagent très souvent le même constat, les mêmes ressentis et les mêmes opinions. Ce qui les rapproche donc est "nettement plus fort que ce qui les distingue"selon Quentin Llewellyn, directeur conseil CSA Research.

De part et d'autre, le discours est clair : le lien intergénérationnel c'est fondamental, il faut se côtoyer davantage... Mais alors pourquoi dans les faits le fossé se creuse-t-il ? Pourquoi cet écart entre les envies et les actes ? 

Plusieurs pistes de réflexion : 

  • La première - qu’on veut virer le plus vite possible - on dit des choses mais on ne les pense pas, c’est le biais d’intention dans les sondages,
  • La deuxième, vieillesse ou jeunesse, on a l'impression de ne pas intéresser l'autre. On met a priori une barrière qui visiblement n’existe que dans nos esprits trop actifs, 
  • La troisième, nos modes de vie rendent difficiles le contact et favorisent la méconnaissance mutuelle. Et là l’enjeu devient profondément politique.

Et maintenant, on va où ? 

La lecture de ce rapport donne envie de faire trois choses, maintenant tout de suite : 

  • Ecrire sur un papier nos 10 meilleures idées pour provoquer cette rencontre et nourrir le lien d’une manière nouvelle, la créativité dans ce domaine manque cruellement,
  • Prendre son téléphone et appeler ce vieux copain avec qui on a perdu contact depuis des années, 
  • Discuter avec les Petits Frères des Pauvres qui traitent de ces questions depuis un bon de temps et qui ont sûrement un paquet d’idées pour qu’on n’en reste pas là. 

On n’a pas encore perdu la bataille, et il n’y aura jamais de guerre, croyez-nous. 


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