7 questions que vous vous posez sur la finance éthique

7 questions que vous vous posez sur la finance éthique

C'est quoi la finance éthique ? Et l'ISR ? Et les néobanques ? Respirez un bon coup, on fait le point.
20 October 2023
par Vianney Louvet
7 minutes de lecture

C’est un labyrinthe qui donne vite la nausée. La “finance éthique” est devenue aussi cruciale que menaçante pour la transition écologique et sociale. Parce que tout le monde se revendique “durable”, “responsable”, parce que les “green” fleurissent sur les vitrines de toutes les banques possibles et inimaginables, parce que les euros propres, on a l’impression que c’est une douce illusion à laquelle certains veulent nous faire croire. Essayons de mettre tout ça au clair. 7 questions que vous vous êtes sûrement déjà posées. 

Ethical and sustainable investing for positive impact through socially responsible practices ESG factors and business growth

Si je dois expliquer la finance éthique à mon papa je dis quoi ? 

Papa, tu connais Nicolas Mottis, professeur à l’École polytechnique ? C’est avec ses mots que je vais t’expliquer ce qu’est la “finance responsable” - au passage, il préfère cette expression plutôt que la “finance éthique” : « La finance responsable est une finance qui essaie d’intégrer quatre dimensions de performance : économique bien-sûr, environnementale, sociale et de gouvernance ». En gros, toi qui as toujours réfléchi à placer ton argent uniquement avec le prisme de la rentabilité, là, tu prends aussi en compte des critères extra-financiers pour décider de la gestion de ton portefeuille et de tes plateformes, tu vois l’idée ? 

Et si tu n’es pas satisfait papa, je peux aussi te citer la Fédération Européenne de Finances et Banques Éthique et Alternatives pour qui une banque est éthique si elle favorise le "bien commun" dans le cadre de ses activités - je te vois lever les yeux au ciel papa -  concrètement, elle ne fait pas que maximiser son profit puisqu’elle investit dans des projets culturels, sociaux et environnementaux contribuant ainsi au développement de l'économie sociale et solidaire.

Ça veut dire quoi ISR ? Et ESG ?

Quand on parle de finance responsable, on sous-entend souvent la notion d’ISR, ce sigle désignant en français l’investissement socialement responsable, mais on parle aussi de critères ESG : Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance. C’est quoi ce bazar ? 

Les deux sont souvent un peu confondus, ne t’inquiète pas. Si vraiment tu veux pas te fouler, retiens que l’ESG parle grosso modo de critères au-delà des sous, et si tu ajoutes à ça les critères financiers, tu obtiens l’ISR. 

Plus en détails l’ESG désigne donc des critères liés à l’environnement, l’égalité, la gouvernance au sein d’une entreprise. Ces critères sont dits « extra-financiers », dans le sens où ils ne prennent pas en compte des trucs comme le chiffre d’affaires, les bénéfices, les marge. Au contraire, l’ISR est un investissement qui concilie la durabilité de l’entreprise (tous ces critères qui concernent pas la thunasse et qu’on vient de lister) ET AUSSI la performance financière. Donc quand on te dit qu’on fait de l’ISR, c’est qu’on s’appuie sur des critères financiers et des critères ESG établis par les agences de notation. Ca c’est la version telle qu’on en rêve. Dans les faits, et comme tous les labels, il y a encore des imperfections saveur greenwashing que certains essaient de souligner. En témoigne cette lettre ouverte datant du 30 octobre, cosignée par plus de 60 personnalités qui appellent à exclure du label ISR les entreprises qui développent de nouveaux projets d’énergies fossiles. Une évidence, non ? Vous en dites quoi madame Borne ?

Quelle différence entre la finance éthique, verte et solidaire ? 

Essayons de résumer, là encore. Tout ceci est loin d’être une science exacte.  

La finance éthique, parfois synonyme de la finance responsable donc, est souvent utilisée quand les investissements prennent en compte, de près ou de loin, des considérations morales, citoyennes. Dans les faits, elle implique surtout le fait de ne pas investir dans certains secteurs (tabac, pornographie, armes, etc).

La finance solidaire, elle, est un joyeux mélange de tout ce qui vise à soutenir financièrement les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS)  comme les coopératives, les mutuelles, les associations ou les entreprises. 

Et enfin la finance verte se concentre elle sur la lutte écologique. A travers notamment des obligations « vertes » (on emprunte pour financer des projets écolos), des fonds « verts » (plein de thune investie dans des entreprises qui accélèrent la transition d’une manière ou d’une autre). 

Tous ces outils sont passés au peigne fin de label qui se spécialisent dans ces différents domaines :

  • Le label Finansol pour la finance solidaire
  • Le label ISR - ce sigle tu le connais désormais comme ta poche - pour la finance éthique
  • Le label Greenfin pour la finance verte

Et si on détaille un peu plus, notre chouchou, le label Finansol (plus d’infos ici, un régal), ce dernier regroupe les revenus de l’épargne finançant des activités solidaires au sens large : insertion, emploi et création d’entreprises, logement social, activités écologiques, partenariat avec des pays en développement, etc. Pour comparer et approfondir la question, on vous conseille cet article de Goodvest.

C’est quoi une néobanque ?

Les néobanques, tout le monde en parle et de plus en plus de gens se laissent tenter. Mais c’est quoi en fait ? Une banque mais en plus moderne parce que complètement en ligne ? Et bien non, pas tout à fait. Rappelons en préalable que les néobanques sont des structures digitales qui, n’ayant pas le statut de banque, sont adossées à des banques.

Une néobanque, donc, est une banque digitale accessible uniquement via une application sur smartphone. En gros, la néobanque est très “fonctionnelle” au quotidien, la souscription est souvent gratuite et très rapide, les paiements aussi. 

Mais une néobanque n’a rien “d’éthique” a priori. Derrière les petits noms que vous voyez passer se cachent les plus grands : Boursorama est une filiale de la Société générale et Fortuneo est une filiale du Crédit Mutuel. Les néobanques n’ont pas nécessairement les mêmes piliers qu’une banque dite éthique, à savoir le financement de projets écologiques, sociaux et culturels uniquement, la transparence et enfin le modèle coopératif.

Comment je sais si ma banque ne fait pas des trucs sales dans mon dos ? 

Oui, parce qu’au risque de se répéter, les banques ont un impact non négligeable sur les crises écologiques en cours sur notre petite planète. 

La première chose à faire, c’est de repérer votre petite banque dans la jungle des groupes bancaires français. 

Il est important de connaître les groupes auxquels nos banques sont affiliées. Helios par exemple a choisi le prestataire Solaris Bank (une banque allemande) pour pouvoir avoir une licence bancaire et Green-Got le Crédit Mutuel Arkéa. 

Ensuite, vous pouvez utiliser le calculateur en ligne d’Oxfam qui permet d’évaluer l’empreinte carbone de vos comptes bancaires. C’est simple, vous indiquez en euros le montant total de votre argent (comptes courants et comptes épargne), vous sélectionnez votre banque et découvrez votre empreinte. Il est existe aussi cet outil “Combien émet mon argent?” qui utilise les mêmes chiffres et qui  est assez interactif. 

Où je vais pour me renseigner sur les différentes banques éthiques qui existent?

On vous a parlé de Finansol, on mentionne aussi Reclaim Finance, qui est la référence en termes de finance responsable et d’analyse de ce qui se passe dans cette jungle de la finance. On vous conseille notamment d’aller sur le site très fonctionnel, changedebanque si vous souhaitez… changer de banque. N’oubliez pas non plus d’aller faire un tour chez les Amis de la Terre qui sont en plus hyperactifs sur le terrain

Et pour quelle banque du coup ? Tout dépend des critères mais certains noms reviennent dans tous les classements. Pour l'ONG Greenpeace - qui s'appuie elle-même sur l'analyse de l'association Reclaim Finance - c’est La Nef, puis le Crédit Coopératif, puis la Banque Postale et enfin Helios qui occupent le haut du panier. On pourrait ajouter GreenGot, on pourrait mentionner d’autres classements comme ici par BioAddict. 

Je peux investir dans la finance durable sans passer par les banques ? 

Bien-sûr, mes amis ! Il est aujourd’hui facile d’investir directement dans des projets liés à la transition énergétique.
Les exemples sont nombreux, il y a Lita, la plateforme de reférence en investissement durable, Terre de Liens qui rassemble citoyens, paysans et collectivités pour préserver les terres agricoles ou encore Energie Partagée qui accompagne les initiatives de production d'énergie renouvelable en y associant les habitants et les acteurs de leur territoire.

Petit bonus dont vous avez peut-être entendu parler : “Mon petit placement” a lancé l’année dernière le premier portefeuille 100% labellisé Greenfin… C’est clean ça ? Comme d’habitude dans ce secteur, on vous conseille d’être attentif et de bien vous documenter avant de vous lancer. Le média Slate nous en parle plus en détails. 


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