Une arête dans le bifteck : quand notre assiette détruit l’ océan (et les solutions pour le sauver)

Une arête dans le bifteck : quand notre assiette détruit l’ océan (et les solutions pour le sauver)

Avant la sortie de son documentaire, Malaury nous livre les solutions concrètes pour se régaler sans ruiner la mer.
23 August 2022
par Hélène Binet
6 minutes de lecture

Malaury Morin et Julien Gerbet sont des amoureux de la mer. Leur nouveau documentaire “De l’assiette à l’océan”, produit par Blutopia, sort le 24 septembre prochain et permet de comprendre l’impact de notre fourchette sur l’océan. En avant première, Malaury nous livre les solutions concrètes pour se régaler sans ruiner la mer.

Douarnenez © prise Alix Anastassiou et édition Malaury Morin

Moins de viande sur terre = plus de poissons dans la mer

Quel est le rapport entre une côte de bœuf et un pavé de saumon ? “On ne voit pas forcément le lien entre un steak et l’océan, explique Malaury, il y en a pourtant. Ce sont les gaz à effet de serre.” On t’explique. Aujourd’hui en France, l’empreinte carbone des citoyens et des citoyennes taquine les 10 tonnes par an quand il faudrait ne pas dépasser les 2 tonnes d’ici 2050 pour respecter les Accords de Paris sur le climat. Or sur ces 10 tonnes, plus de 2 sont liées à l’alimentation. “Plus on émet de gaz à effet de serre, plus l’océan en absorbe (il ponctionne 30% des GES), rappelle la scénariste-reporter. Résultat, il chauffe, il s’acidifie, les équilibres se modifient, les coraux se meurent.” Pour que le réchauffement climatique épargne la mer (et la terre au passage), il n’y a pas 36 solutions : on mange moins de produits animaux, pas un peu moins, vraiment moins (rappelons que les vaches et autres bovins rotent et émettent du méthane à gogo et que la déforestation pour l’élevage industriel nous privent de poumons verts), on apprend par cœur le calendrier des fruits et légumes de saison pour ne plus acheter une seule courgette qui a poussé sous serres chauffées, on oublie les produits individuels et suremballés… 

Pêche à la ligne, un point c’est tout

Il y a presque 10 ans, Pénélope Bagieu faisait un carton avec sa BD “Prends 5 minutes et signe copain” pour dénoncer les dégâts du chalutage profond dénoncés par l’association Bloom, une méthode de pêche 3000 fois plus destructive que n’importe quelle activité marine humaine. Après des années de négociations, l'Union européenne a enfin annoncé en 2016 l’interdiction de la pêche en eaux profondes à plus de 800 mètres de profondeur. Alléluia ! Le problème c’est qu’il n’y a pas forcément grand monde pour vérifier qu’on est bien en-dessous des 800 mètres réglementaires et qu’en vrai les écologistes souhaiteraient que l’on remonte cette limite à 400 mètres. 

“Le chalutage est une catastrophe écologique qui n’aurait pas dû exister, explique l’association Bloom. Des filets de 150 mètres de long raclent les fonds marins et détruisent des écosystèmes multi millénaires plus vieux que les pyramides d’Égypte, des animaux exceptionnels, des éponges fragiles, des poulpes à oreilles aux membranes délicates, des requins centenaires… En quelques minutes, et pour le caprice d’avoir quelques poissons broyés à mettre dans nos assiettes, on autorise les chalutiers industriels à raser des écosystèmes entiers de la carte.” Ambiance.

Le mieux donc, est de manger moins, beaucoup moins, de poisson. En France, on boulotte 35 kg de poisson par an et par personne, alors que l’écologiste marin Didier Gascuel a calculé qu’il ne faudrait pas dépasser les 8 kg pour maintenir l’équilibre des écosystèmes marins. 

Si on n’est pas encore prêt à arrêter définitivement, mieux vaut choisir du poisson de saison qui a été pêché à la ligne. Et comment on sait si notre cabillaud n’a pas été pris dans un filet ? “Il faut demander à son poissonnier, explique Malaury et accepter de payer du poisson plus cher. Plus on est à poser la question et plus les choses ont des chances de changer. Les labels du type MSC sont insuffisants.  Un chiffre pour s’en rendre compte : la grande pêche industrielle à fort impact représente 84 % des volumes certifiés MSC. Et au large, qui est là pour vérifier que des dauphins, des requins ou d’autres espèces non visées ne sont pas capturées ? Personne. L’association basque Itsas Arima que nous avons rencontrée a édité un petit guide très bien fait pour mieux consommer du poisson. On y trouve les espèces à privilégier selon les saisons, la taille recommandée, l’état des stocks. Incontournable ! ” À consulter avant ton prochain ceviche ?

Riz, tofu et aubergines roties © Malaury Morin

Plus de bio pour Némo

Le bio en agriculture c’est un peu le Agnan du Petit Nicolas, le bon élève par excellence, le chouchou du climat et de la biodiversité. À l’inverse, l’agriculture intensive, ses intrants, sa consommation d’eau, ses modes de production méritent le bonnet d’âne. “L’INRAE et l’IFREMER viennent de sortir une grosse expertise collective sur l’impact des intrants agricoles sur les écosystèmes, explique Malaury. L’océan est désormais touché par les pesticides et autres produits chimiques. Il y en a partout et on a même retrouvé des substances interdites depuis longtemps.” “Côté mer, des impacts directs et indirects (des produits phytosanitaires) sont confirmés à l’échelle des individus (sensibilité accrue des huîtres ou des dauphins à des virus, disparition d’habitats essentiels pour les invertébrés marins…),” peut-on lire dans l’étude. Les solutions cette fois sont faciles à mettre en œuvre, on traque sur tous les produits les deux lettres AB de l’agriculture biologique, le logo Eurofeuille, la mention Nature et Progrès, la très exigeante estampille Bio Cohérence. Et si on a un petit bout de terrain, on sort les binettes et on fait pousser avec amour ses tomates et ses potimarrons. 

Stop aux emballages !

Pour Julien et Malaury qui ont consacré leur précédente série documentaire “L’autre confort” au fléau du plastique, le sujet semble évident : on arrête le plastoc. Quelques chiffres pour s’en convaincre. On produit 300 millions de tonnes de plastique chaque année. 9% des plastiques sont recyclés dans le monde, le reste part en décharge ou est incinéré. Un camion poubelle rempli de plastique déversé chaque minute dans l’océan. 4 et 12 millions de tonnes de plastique se retrouvent dans l’océan chaque année. “Il est difficile d’avoir des chiffres précis sur le volume de plastique dans la mer mais c’est en tout cas un véritable fléau, se désole Malaury. On a retrouvé du plastique dans le ventre des poissons, toute la chaîne alimentaire est perturbée.” On fait quoi ? On achète en vrac, on refuse les sacs plastiques, on fait ses courses au marché en profitant pour discuter avec les producteurs. Et si on va au supermarché on privilégie les formats XXL aux portions individuelles (sans gâcher par la suite évidemment) et encore une fois, on mange moins de poisson (car oui, les filets et autres engins de pêche sont aussi une grande source de pollution plastique dans l’océan !).

Interview Dominique Munaron - Ifremer © prise Alix Anastassiou _ édition Malaury Morin

Transports, slow devant !

Enfin, le truc qui s’accorde mal avec une assiette BFF des océans, c’est le transport et ce n’est pas qu’une question de gaz à effet de serre. Qui dit bateaux dit risques de collision, pollution de l’eau, de l’air mais aussi pollution sonore qui empêche les espèces marines de communiquer, se repérer ou identifier leurs prédateurs. Comme on peut, grosso modo, se nourrir localement à 100% sauf pour des produits spécifiques que certains mettent dans la catégorie Marco Polo (le chocolat, le thé, le café), il n’y a aucune raison d’acheter des produits qui voyagent plus que soi. “On a découvert une super initiative, s’enthousiasme Malaury. Grain de sail va chercher du café et du chocolat à l’autre bout du monde, en limitant au maximum les émissions de CO2, grâce à un moyen de transport unique : le voilier-cargo. L’idée est de ne jamais voyager à vide et d’amener également de l’autre côté de l’Atlantique des produits français et européens à haute valeur ajoutée comme le vin ou l’huile d’olive.” Agités du local, on s’y met ?

De l’assiette à l’océan

Vous vous sentez impuissant·e· face à l’avalanche de mauvaises nouvelles sur l’état de l’océan ? Organisez une projection du documentaire De l’assiette à l’océan pour montrer que le changement passera par notre alimentation. L’idée de Julien et Malaury est de démocratiser l’alimentation respectueuse de l’océan auprès de plus de 1 000 000 de Français·es. Vous rejoignez l’aventure ?

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