Avant qu’ils partent… Questions à poser à ses grands-parents pour mieux traverser la vie

Avant qu’ils partent… Questions à poser à ses grands-parents pour mieux traverser la vie

Un jour, vous réaliserez que vous ne savez presque rien d'eux. Ce jour-là, il sera peut-être trop tard. Alors, et si c'était maintenant que vous interviewez vos grands-parents ? À vos micros et vos stylos.
12 May 2026
6 minutes de lecture

Ils rangent leurs souvenirs comme d'autres rangent des lettres dans un tiroir, sans faire de bruit. Pourtant, derrière les mots croisés et la confiture du dimanche, vos grands-parents portent une vie entière que vous ne connaissez presque pas. Avant qu'il soit trop tard, voici comment leur tendre le micro.

Champion des mots croisés ou de la pêche à la mouche. Reine du tricot ou de la confiture d’abricot. As de la belote et des phrases qui commencent par “à mon époque”… Mais aussi témoins de la Seconde Guerre mondiale, de Mai 68, de la vie sans GPS ni algorithme qui leur explique où aller, et quoi penser. Archives de chair et d’os, vos grands-parents  peuvent décrire votre lignée comme aucun arbre généalogique, donner chair à l'Histoire comme aucun manuel scolaire. Pourtant, on réalise souvent trop tard, quand ils sont partis où que la mémoire vacille, qu'on ne sait presque rien d'eux.

3 raisons de voyager dans le temps avec Papi / Mamie et une part de clafoutis

Pour mieux lire le monde d’aujourd’hui

On écoute des podcasts, on lit la presse, on scrolle des kilomètres d'actu, on regarde des docus de 3h sur la guerre froide… Et on oublie que Grand-Maman l’a traversée en vrai, avec des bas en nylon et des coupures de courant. Vous avez peut-être, à 2h de TGV, une encyclopédie vivante qui mérite qu’on l’interroge.

L’inflation qui pèse sur les fins de mois ? Pépé l’a sentie dans ses tripes. Les droits des femmes ? Mamoune n’a pas juste regardé le train passer, elle était dedans. Les crises, la défiance envers les institutions, le patriarcat, les N+1 relous, la difficulté à choisir, les engueulades politiques, les annonces de fin du monde ? Ils les ont traversé sans appli de méditation, sans décryptage en 10 slides, sans podcast de développement personnel dans les oreilles.

Bref, leur vécu est une clé de lecture précieuse : c’est le récit d'une vie, ordinaire et singulière à la fois, remuée par les secousses de Histoire.

Pour mieux les connaître, eux

Breaking news : ils ont eu une vie avant les mots croisés… Et derrière la figure tutélaire du grand-père ou l'archétype de la mamie “gâteaux” se cachent des grands rêves, des fiertés, des renoncements, des slows dans des salles des fêtes, des lettres brûlées, des combats, des regrets, des obsessions, des secrets insoupçonnés et pas mal de fashion faux-pas.

En plus d’obtenir les aveux de Mamita sur sa vie avant papi (et croyez-nous, il y a matière), c'est aussi l'occasion de rendre hommage à sa vie, vécue à une époque où se livrer n’allait pas de soi. Ce sera peut-être la première fois qu’elle se racontera sans se faire interrompre, un peu comme dans La Poudre.

Bon, on fait comment ? Le tuto

Du thé, des biscuits, un smartphone et une heure devant vous

Tout est possible : seul·e face à Bon-Papa ou avec votre fratrie, votre cousine pref’, en comité élargi façon repas du dimanche... Vous pouvez improviser ça entre le fromage et la tarte aux pommes, ou transformer l’affaire en fresque documentaire familiale sur 6 mois avec entretien tous les 15 jours.

Le jour J, choisissez un endroit calme et confortable, avec peu de passage, et prévoyez au moins une heure devant vous. Pas besoin de studio de radio ni d’un master de journalisme : votre smartphone fait le job. À déposer avec le micro orienté vers Mamoune, une dizaine de centimètres de sa bouche pour capter les hésitations et les petits rires. Évitez les écouteurs sans fil, qui dégradent la qualité du son.

Une petite gêne au début ? C'est normal, le micro peut impressionner, votre invité·e va sans doute protester que “sa vie n'a rien d'intéressant”. Mais peu à peu, la parole se libère. Lancez le dictaphone avant de servir le thé, les anecdotes les plus naturelles et savoureuses se glissent dans les interstices des interrogatoires.

Et observez comment agit la présence d’un micro. Babushka devient conteuse. Papi prend des airs de vieux sage. Et des détails que vous n’auriez jamais entendus à table commenceront à surgir.

Si tu devais décrire le monde d'aujourd'hui à quelqu'un de ta génération, tu dirais quoi ?

Idées de questions pour ouvrir les vannes

Pas besoin d’attaquer frontalement avec un “as-tu peur de la mort ?”, vous risqueriez d’intimider votre interlocuteur ou de le plonger dans une mélancolie désagréable.

Pour démarrer, faites confiance au pouvoir d’une vieille montre ou d’une assiette ébréchée, sans doute dépositaires de souvenirs et d'émotions. Argenterie, vieux bijoux, moulin à café, bibelots, albums photo gondolés, livres scolaires, bulletins de notes jaunis par le temps… Ils stimulent la mémoire et délient la parole, là où les questions frontales butent sur la pudeur. À vous de tirer le fil !

Ensuite, n’hésitez pas à piocher parmi ces questions, à vous de sentir selon l’ambiance :

  • Sur l'enfance : À quoi ressemblait une journée ordinaire ? Tu avais ta chambre à toi ? C'était quoi ton jouet préféré ? Le plus beau cadeau que tu n'as jamais reçu ? Tes parents, ils étaient comment avec toi ? Quel était ton plat préféré ?
  • Sur l'adolescence : Avais-tu le droit de sortir ? Il y avait qui, dans ta bande ? Y a-t-il eu des tensions entre vous ? As-tu de bons ou de mauvais souvenirs de ton adolescence ?
  • Sur le travail et l'argent : Comment as-tu choisi ton métier ? Ton premier salaire était de combien ? Est-ce que tu avais peur de manquer ?
  • Sur les grandes crises traversées : Tu te souviens de la première fois que t'as entendu parler de la guerre / du choc pétrolier / de la chute du mur / du sida / d’internet ? Tu as eu peur quand c’est arrivé ?
  • Sur le couple et la famille : Comment tu as rencontré [prénom du conjoint] ? C’était un coup de foudre ou c’est arrivé progressivement ? Ça a toujours été rose ?
  • Sur ce qui a changé : Si tu devais décrire le monde d'aujourd'hui à quelqu'un de ta génération, tu dirais quoi ? Quelque chose que tu n'aurais jamais imaginé possible ?
  • Sur les secrets, à manier avec tact : Est-ce qu’il y a des choses qu’on ne disait pas dans la famille ? Des sujets qu’on évitait ? Y a-t-il une histoire que je ne connais pas, et que tu aimerais me raconter ?
  • Sur les langues de son enfance : l'occasion de faire revivre le basque, le patois limousin, le béarnais…

Mamie chérie digresse et s’étend sur une soirée organisée par sa voisine Monique l’été 1978 ? Laissez-la faire : les meilleurs récits prennent rarement l’autoroute, et les confidences spontanées sont les plus palpitantes.

Vous sentez une blessure, une pudeur, un malaise ? N’insistez pas.

Que faire de tous ces souvenirs ?

Une fois que vous avez ces heures de récits entre les mains, une question se pose : qu’est-ce qu’on en fait ?

Il n’y a pas de bonne réponse. Livre numérique ou papier, vidéo de famille, podcast privé, blog, chroniques, newsletter, frise chronologique… À vous de voir ce qui vous éclate, et ce qui fera le mieux vivre cette histoire.

À savoir : le son apporte quelque chose de particulier. C’est Quentin Bresson, monteur chez Binge Audio, qui l’explique dans le podcast de Victoire Tuaillon : “Quand on parle, les cordes vocales font vibrer des molécules d'air. Cette vibration voyage jusqu'à la membrane d'un micro. Et lorsque l’on réécoute, le haut-parleur recrée exactement les mêmes déformations de l'air qu'au moment de l'enregistrement. C'est palpable, comme du vent. On appelle ça la télé-présence. En fait, le son, c'est plus fort que le temps, l'espace et la mort”.

Reste à choisir le degré d’intimité du projet. Ça peut rester un secret à passer sous le manteau, être partagé aux amis et à vos 32 cousins… ou même prendre le large. Peut-être que personne ne l’écoutera pendant dix ans. Mais peut-être qu’un jour, un arrière-petit-enfant curieux sera ému d’entendre son arrière-grand-mère éclater de rire dans une cuisine.

C’est le cas de Grandmas Project, une web-série internationale et collaborative initiée par le réalisateur Jonas Parienté. Dans chaque épisode, un petit-enfant filme sa grand-mère en pleine préparation de son plat signature, et découvre en chemin une histoire ou des anecdotes qu'il ignorait.

Dans un registre plus intimiste, le podcast Mamie dans les orties (Arte Radio) et ses géniaux épisodes vous montreront ce que peut donner un simple enregistrement, quand on prend le temps d'écouter.

Un jour viendra où vous serez immensément heureux d’avoir appuyé sur “rec”.

Outils pour vous aider :

  • Le livre Un anthropologue dans la famille, d’Elsa Ramos : guide pratique avec des techniques d'entretien, des pistes de questions pour stimuler la mémoire et des ateliers à réaliser en famille. 
  • Le carnet « La lignée » : un très beau carnet, de la collection Carnets Goguette, pensé pour recueillir et mettre en forme la mémoire familiale. 
  • Faire appel à un biographe professionnel : pour ceux qui souhaitent un accompagnement sur-mesure, des pros proposent de recueillir et mettre en forme le récit de vie d'un proche.

Nos âges heureux

On voudrait nous faire croire qu’il y a d’un côté les jeunes, les minots, les juniors et de l’autre les aînés, les seniors, les anciens et que tout ce petit monde n’a rien à voir ? Et si au contraire, les générations avaient mille choses à se dire et encore plus à faire ensemble ? Retrouvez plein de contenus et autant d’idées pour créer des ponts entre celles et ceux qui sont nés de la première ou de la dernière pluie. Le tout avec le soutien de Malakoff Humanis et de l'Assurance retraite Île-de-France.

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