Nicolas Turcat, Christophe Genter : “On souhaite accompagner les solutions numériques qui créent des capacités supplémentaires à agir”

Nicolas Turcat, Christophe Genter : “On souhaite accompagner les solutions numériques qui créent des capacités supplémentaires à agir”

À l’automne 2021, la Banque des territoires a lancé Passerelles, un accélérateur opéré par makesense pour accompagner les projets Edtech qui relèvent de l’intérêt général.
13 January 2022
par Hélène Binet
4 minutes de lecture

À l’automne 2021, la Banque des territoires a lancé Passerelles, un accélérateur opéré par makesense pour accompagner les projets Edtech qui relèvent de l’intérêt général. Rencontre avec Nicolas Turcat, Responsable du service éducation, inclusion numérique et services au public et Christophe Genter, Directeur du département Investissements à impact & Cohésion sociale et territoriale.

Nicolas Turcat et Christophe Genter

Pour bien faire comprendre l’enjeu d’innover dans l’éducation, Nicolas Turcat commence généralement par deux chiffres : “En France, 2,5 millions d’enfants scolarisés sur 14 millions n’utilisent pas ou n’ont pas accès au numérique. Pendant la pandémie, 600 000 d’entre eux ont décroché du fait de l’enseignement digital imposé par les confinements successifs.” “Le confinement a montré l’urgence qu’avait le secteur de l’éducation de faire sa transition numérique pour changer les façons d’apprendre avec de nouveaux outils numériques et des modes d’apprentissage hybride, poursuit Christophe Genter. C’est un vrai sujet de cohésion sociale et territoriale mais aussi d’inclusion des publics les plus fragiles.” 

La Banque des territoires, investisseur d’intérêt général qui accompagne le secteur de l’éducation depuis plusieurs années, décide donc de mettre les bouchées doubles à l’automne dernier en créant Passerelles, une structure pour accompagner les jeunes acteurs de l’Edtech. “On est sur un marché très atomisé, explique Nicolas Turcat. La moitié des entreprises ont moins de deux ans et un chiffre d’affaires de 500 000 euros maximum. Il manquait un outil pour ces acteurs les plus jeunes.” Il manquait aussi une structure pour acculturer ces entrepreneurs au monde de l’éducation. “Le marché de l’éducation est très spécifique avec en prime trois typologies d’utilisateurs finaux, les élèves, les enseignants et les parents. On rencontre trop de boîtes qui ont du mal à saisir la complexité du système. Notre volonté est de leur donner tous les éléments pour appréhender ce secteur et de les accompagner pour que leur solution réponde à une vraie problématique.” 

Au cœur de celles-ci “l’inclusion, l’égalité des chances, la réduction de la fracture éducative,” selon les mots de Christophe Genter. “On est un investisseur d’intérêt général, on veut voir émerger une technologie qui a du sens. On ne cherche pas des solutions qui permettent de bachoter le bac, ni celles qui vont inciter à l’utilisation de l’écran. On souhaite du numérique qui crée des capacités supplémentaires à agir.” Pour étayer les propos de son directeur, Nicolas Turcat prend l’exemple de Pronote dont la Banque des territoires est actionnaire. “Cette sorte de cahier de correspondance numérique a permis aux enseignants de gagner 72 heures chaque année. Ils peuvent se recentrer sur le cœur de leur métier.”

L'application Gazouyi

L’union sacrée public/privé

À terme, dix projets seront sélectionnés pour bénéficier des services de l’accélérateur Passerelles. Au 15 janvier 2022, deux ont déjà embarqué dans l’aventure : NovelClass et Gazouyi. “Ce qui nous a plu dans l’innovation NovelClass qui propose de l’accompagnement pair à pair pour les élèves, c’est que la formule développe la confiance en soi et on sait que c’est un facteur important de réussite. Quant à la babytech Gazouyi, elle permet de comprendre les besoins d'éveil des jeunes enfants de la naissance à 5 ans en proposant des activités et des outils pédagogiques adaptés au développement de chaque âge. C’est un outil très précieux pour les réseaux de jeunes parents et les professionnels de la petite enfance (crèches, PMI, assistantes maternelles).”

Dans les mailles du filet qui permet de sélectionner les projets, les experts de Passerelles ne retiennent que les innovations accessibles à tous, sans péage à l’entrée.On va chercher des sociétés qui vont commercialiser leur solution auprès des collectivités ou des établissements, explique Christophe Genter. L’usager final ne doit rien payer, les recettes doivent venir des établissements scolaires et des collectivités un peu comme ce qui se pratique déjà avec les éditeurs.” Les innovations doivent également soutenir les professionnels sans jamais les remplacer et faire progresser les enfants sans les coller devant un écran. “Les jeunes entre 7 et 12 ans passent déjà 5 heures par jour devant les écrans, précise Nicolas Turcat, et ce temps a augmenté de 20% avec le confinement. Mettre en place des séances de réalité virtuelle en classe, c’est faisable et intéressant si la pratique est guidée par l’enseignant. Nous ne sommes pas des ayatollahs de l’anti-écran mais nous sommes convaincus que l’usage des tablettes ou des ordinateurs doit être accompagné, appris, suivi et réalisé dans un but précis et séquencé.” Sur ce sujet, le dispositif Passerelles prévoit de faire entrer les entrepreneurs dans le monde de l’Éducation nationale pour bien en saisir les réalités. “Une des marraines de Passerelles est Bénédicte Robert, rectrice académie de Poitiers, une personne très enthousiaste sur l’innovation. Avec elle, nous allons permettre aux entrepreneurs d’expérimenter des temps de travail avec les enseignants pour éprouver leurs solutions.”

Dans leurs boîtes mail, Nicolas Turcat et Christophe Genter aimeraient voir arriver des solutions numériques autour de la vie scolaire. “Les cantines, c’est un domaine à disrupter, s’enflamme Nicolas Turcat, il n'y a aucune innovation d’usage et tellement de choses à changer. Là aussi on aurait de l’impact.” Le responsable du service éducation aimerait aussi voir fleurir de nouvelles formes d’apprentissage autour du développement durable ou encore des outils pour prendre en compte la santé des adolescents, des formules hybrides pour les documentalistes… “À la Banque des territoires, on fait de l’accompagnement et de l'investissement. Avec Passerelles, notre finalité est d’accélérer 10 start up et, à terme, d’investir dans 3 d’entre elles, conclut Christophe Genter. Ce que l’on cherche avant tout c’est de les aider à valoriser leur impact tout autant que leur performance économique dans le cadre des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies.” À propos, vous connaissez l’objectif numéro 4 ? L’accès à une éducation de qualité. CQFD.


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