10 choses à savoir sur le mouvement "No Kings" aux États-Unis

10 choses à savoir sur le mouvement "No Kings" aux États-Unis

8 millions de manifestants, 3 300 cortèges, un mot d'ordre : "No Kings". Retour sur le mouvement qui fait trembler l'Amérique de Trump.
23 April 2026
6 minutes de lecture

Ces temps-ci, on guette comme des affamés toute nouvelle forme de mobilisation, protestation, lueur, frisson de changement. Et comme souvent, à tort ou à raison, c’est outre-Atlantique que notre regard se porte. Il y a ces dernières semaines dans le royaume de Donald un mouvement dont la créativité et massification nous enthousiasme. Et qui dit enthousiasme dit article. Let’s go. 

1. C'est quoi  le mouvement “No Kings” ? 

Un mouvement de colère, avant tout, colère contre le président américain Donald Trump et ses multiples (rayez la mention inutile)(indice : il n’y en a pas) attaques de la démocratie, atteintes à l’Etat de droit, dérives autoritaires, déchaînements de colère. Le mot d’ordre ? “No Kings” ou “Pas de rois” en bon français. Mot d’ordre qui se décline en de multiples slogans scandés dans les cortèges. Un exemple parmi d’autres : “Pas de rois, pas d’ICE, pas de guerre”. Parce que oui, la récente et sidérante politique de la terreur appliquée par la police de l’immigration américaine (ICE) a été une goutte faisant déborder un vase pulvérisé depuis longtemps par le milliardaire américain. 

2. Un déclencheur ?

L’épicentre de tout cela, c’est une ville démocrate du Midwest. On vous laisse deviner. Indice : cela commence par “Minnea” et finit par “polis”. Vous l’avez. Bravo. Minneapolis est devenue en quelques jours le lieu-symbole des américains voulant miner la police (à lire à haute voix très vite pour apprécier comme il se doit le très bon jeu de mot). Là-bas, la lutte contre la police de l’immigration est devenue réflexe de survie depuis la mort de Renee Good et Alex Pretti, tués par des agents chargés de la lutte contre l’immigration en janvier dernier, alors qu’ils protestaient, pacifiquement, contre les modes de faire de l’ICE. Depuis ce moment, Minneapolis, tout comme sa voisine Saint-Paul, se sont vues affublées de multiples titres “ville martyre”, “dernier bastion démocratique, “rempart à Trump”. 

3. C'est quoi les chiffres ? 

Les manifestations sont massives, et de plus en plus. A ce jour, “No Kings” a appelé à 3 journées de mobilisation :

  • En juin 2025, pour le lancement. 2000 rassemblements ont été enregistrés. 
  • Le 18 octobre 2025, où cette fois-ci 2 600 rassemblements ont fleuri à travers tout le pays. Rien qu’à Washington DC, 200 000 personnes ont manifesté. 
  • Le samedi 28 mars enfin, qualifiée de “Plus grande manifestation de l’histoire des États-Unis” (ça commence souvent comme ça quand ils parlent là-bas “la plus grande”, “la plus puissante”, “la plus amazing”... mais là pour une fois on accepte volontiers les superlatifs). Les chiffres sont en effet impressionnants : plus de 8 millions de personnes ont défilé dans plus de 3 300 cortèges. 

 Des milliers de manifestants se rassemblent à l'ouest du Capitole du Colorado lors d'une manifestation « No Kings », qui s'inscrit dans le cadre d'un mouvement de résistance national contre les politiques de l'administration Trump, à Denver, le 18 octobre 2025. (Photo de Kevin Mohatt pour Colorado Newsline)

4. Quels sont les faits récents ? 

Le printemps s’annonce peu silencieux. La dernière manifestation du 28 mars a notamment été déclenchée suite aux décisions de l’administration Trump (ou de Trump tout court) concernant le Moyen-Orient et la guerre contre l’Iran. Des milliers de personnes se sont rassemblées à New York, à Times Square, à Los Angeles, sur la plage d’Ocean Beach à San Francisco (formant une bannière humaine impressionnante) mais aussi à Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump, à Palm Beach en Floride. La technique de Donald Trump pour essouffler le mouvement ? Ignorer. Faire comme s’il ne se passait rien et, une fois n’est pas coutûme, se taire. 

Deux tiers des personnes ayant exprimé leur intention de se joindre aux manifestations habitent en dehors des grandes villes.

5. C'est quoi les ingrédients ? 

Pour provoquer une telle mobilisation en si peu de temps, il y a forcément quelques leçons à grappiller. Et même s’il n’y a rien de nouveau, c’est toujours bon de prendre un peu de recul… à toutes fins utiles comme on dit : 

  • la créativité et la fête : pour faire entendre leur message et témoigner de leur colère, les manifestants font preuve d’une imagination permanente. Prenez quelques minutes pour parcourir les photos des cortèges et vous découvrirez l’inventivité géniale qui habille les pancartes, banderoles et costumes. Un véritable carnaval, radicalement joyeux, radicalement démocratique, radicalement en colère. 
  • les influenceurs : comme souvent, les stars sont aussi celles qui participent à rendre un mouvement “tendance”. Ainsi Minneapolis, scène principale du spectacle, a accueilli le rocker Bruce Springsteen, meilleur ennemi de Donald Trump. Là encore, on vous conseille d’aller faire un tour et de savourer les images : la chanson de Springsteen, “Streets of Minneapolis”, écrite en hommage à Renee Good et Alex Pretti, a retenti dans la ville puis dans le monde entier. A la suite de Bruce, de très nombreuses autres stars ont suivi, et notamment Jane Fonda ou encore Robert De Niro. 
  • les syndicats : et même si cela sonne moins sexy, ces contre-pouvoirs là jouent un rôle clé que l’on tend à oublier un peu partout dans le monde. Le mouvement syndical américain s’est rallié à “No kings”, en y intégrant ses revendications. 
  • le maillage territorial : selon les organisateurs, deux tiers des personnes ayant exprimé leur intention de se joindre aux manifestations habitent en dehors des grandes villes. Et cette tendance est à la hausse. “No kings” a donc largement dépassé les frontières des militants de gauche et est donc la preuve que les mobilisations citoyennes ne sont pas réservées à un certain public, à un certain territoire, à une certaine classe de la société.

6. Quels mots dans les cortèges ?  

Trois citations pour illustrer les derniers développement : 

  • Celles de Marc McCaughey, un ancien combattant de 36 ans venu manifester à Atlanta, en Géorgie : "Nous estimons que la Constitution est menacée de multiples façons. La situation n'est pas normale, pas acceptable. C'est pourquoi nous sommes ici, pour aider à garder les gens en sécurité et veiller à ce que leur voix soit entendue.”
  • Celle de Joseph Bryant - faut-il encore le présenter ? Oui ? Ah d’accord - vice-président exécutif du Syndicat international des travailleurs des services (SEIU) : “Ce pays est confronté à une crise du pouvoir d’achat : beaucoup n’ont plus les moyens de se nourrir ni de se soigner. Pourtant, cette administration s’attache à étendre son pouvoir, à déclencher des guerres inutiles qui profitent aux milliardaires et à cibler les immigrants et les citoyens qui osent les défendre.”  
  • Celle de De Niro : "D'autres présidents ont déjà testé les limites constitutionnelles de leur pouvoir, mais aucun n'a représenté une menace aussi existentielle pour nos libertés et notre sécurité (...). Il faut l'arrêter."

Une personne vêtue d'un costume de la Statue de la Liberté participe samedi à New York à une journée nationale de protestation intitulée « No Kings ». Timothy A. Clary/AFP via Getty Images

7. Où sont les détracteurs ?  

Si Trump reste silencieux, son camp lui réagit depuis le début en contre-attaquant. La stratégie ? Décrire l’événement comme un rassemblement “antiaméricain” et réduire la mobilisation à celle d’une partie “d’extrême gauche”. De l’autre côté de l’échiquier politique, il y a le sénateur démocrate Chris Murphy, du Connecticut qui parle d’un “moment décisif” face à “la prise de pouvoir autoritaire” du président (Wall Street Journal). 

8. Et Donald pendant ce temps ?

On l’a dit, le président joue la politique de l’autruche pour être sûr de ne pas amplifier, encore plus, le mouvement. Lors des dernières manifestations, il avait d’ailleurs décidé de s’offrir une chouette partie de golf dans son club privé de Floride. Un de ses rares commentaires, rapporté par la belle chaîne Fox News est d’abord nuancé : “Ils disent qu’ils me qualifient de roi. Je ne suis pas un roi”. Et puis quelques heures plus tard, comme il le fait à peu près tout le temps, virage à 360° et publication d’une vidéo générée par intelligence artificielle le mettant en scène, couronne sur la tête, aux commandes d’un avion “King Trump” déversant du caca (oui, du caca) sur les manifestants. En écrivant ces lignes, on se demande pourquoi on continue de commenter les moindres faits et gestes d’un fou. Concentrons-nous sur les gens qui manifestent et qui veulent mettre fin à cette folie, si vous êtes d’accord. 

9. Et chez nous en Europe ? 

Faire tâche d’huile. Était-ce une partie du plan ? En tout cas, les faits sont là. A Rome, Amsterdam, Madrid ou Athènes, des rassemblements ont également eu lieu contre le président américain. Une vingtaine de milliers de personnes avaient par exemple été recensées à Rome qui faisait ce jour-là d’une pierre deux coups : dire son indignation face aux agissements de Trump et fêter la défaite du gouvernement Meloni lors du référendum sur la justice. 

10. La suite ? 

La prochaine mobilisation aura lieu le 1er mai, date hautement symbolique aux Etats-Unis et ailleurs. Le site “No Kings” recense les différents rassemblements, “Rally” et autres temps forts prévus par les organisateurs et organisatrices. 

Finissons par nos nombrils à nous, Français et Françaises. N’y a-t-il pas une inspiration pour l’année 2027 qui arrive avec ses gros sabots présidentiels ? Le carnaval de la révolution démocratique verra-t-il le jour face aux menaces des idées d’extrême droite ? Cela ne dépend plus que de nous… Chiche ?

Chargement...

Mode
Action
activé