Dans les films, le second volet est toujours pire, en tout cas jamais meilleur que le premier. La loi Duplomb-is proposée ces jours-ci ne fait pas exception à la règle. Menace pour la biodiversité et notre santé, elle semble ignorer l’urgence de la pollution de nos assiettes, de nos corps et de nos sols. Tous les indicateurs semblent tirer la sonnette d’alarme : les rapports sur la crise climatique sont doublés des rares traitant la crise sociale et la précarité alimentaire à un niveau inégalé. Les élections municipales doivent mettre au centre de débats la question du mieux produire, mieux manger, mieux transformer.
Dans le creux de la vague, le maire
Ces jours-ci, produire ici, dans nos communes, pour nos bouches, ne semble pas très tendance. La moitié de nos terres agricoles françaises produisent pour l’exportation. Le Mercosur qui a fait et continue de faire couler de l’encre et de l’essence de tracteurs en manif, semble pousser notre modèle à regarder ailleurs quand nos champs brûlent. Ajoutons à cela l’incontournable donnée européenne : penser notre modèle agricole sans ce niveau est devenu aujourd’hui dénué de sens.
Au beau milieu de cette jungle mondialisée, de cet au-delà de nos frontières, reste-t-il des raisons d’écrire un article sur le rôle du maire vis-à-vis de cette question agricole ? Ce dernier a-t-il les moyens de secourir des agriculteurs secoués par cette succession de crises sans (ou justement “avec”) précédent ? La réponse est oui. En tout cas, son action peut influencer significativement le quotidien des paysans de sa commune.
D’une part, le maire peut faciliter l'accès au foncier agricole, et ce depuis 1988. D’un côté, on le sait et on assiste au déclin rapide du nombre d’agriculteurs et de surfaces cultivées. Un seul chiffre pour l’illustrer : 40 % des communes ont perdu plus des deux tiers de leurs fermes. Maintenir l'activité agricole est donc crucial et passe nécessairement par le maintien de l'accès au foncier. Si demain vous êtes maire, vous pourrez par exemple créer ce qu’on appelle “des réserves foncières” ou décider avec votre équipe de ne pas succomber aux tentations de l’artificialisation galopante des sols. Autre outil intéressant, pouvant également accompagner et orienter les pratiques des agriculteurs et agricultrices : les baux ruraux. En les soutenant et qui plus est avec des clauses environnementales, la nouvelle équipe municipale pourra contribuer à la mise en place de pratiques plus vertueuses pour l’environnement, la santé des riverains, la biodiversité.
A lire sur le même sujet : Salon de l’agriculture, des chiffres et des êtres
Le circuit, tout court
Le maire est également une interface politique entre différents acteurs de la distribution alimentaire, de la fourche à la fourchette comme on l’entend souvent, comme on le comprend rarement. Aujourd’hui, un maire peut en effet travailler au développement des circuits courts dans le cadre de la mise en place de la de la loi EGALIM.
La loi EGALIM ? Ne faites pas les innocents, on vous en a déjà parlé… En deux mots, cette loi, adoptée en 2018 puis renforcée en 2021, visait à améliorer la rémunération des agriculteurs, à équilibrer les relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire, en garantissant une meilleure répartition de la valeur tout au long de la chaîne agro-alimentaire. Notez l’utilisation de l’imparfait : “visait”. Encore très peu appliquée, de plus en plus proche d’un mirage politique, la loi EGALIM fait cependant figure de première marche atteignable et ses conséquences seraient loin d’être anodines. L’un des objectifs de la loi EGALIM est en effet de prévoir au moins 50% de produits durables ou locaux (dont 20 % de produits bio) dans la restauration collective. Une noble ambition qui viendrait réchauffer nos ventres, papilles et consciences, souvent déçues par nos cantines, restaurants, et autres selfs d’entreprise.
Malheureusement, et Frédéric Wallet, économiste et chercheur à l'INRAE (Institut National de recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement) l’a dit clairement sur France Culture : "La mise en place de la loi EGALIM n'est pas du tout à la hauteur des ambitions initiales puisqu'en 2023, une cantine sur cinq proposait 50 % de produits durables dont 20 % de produits bio.” Maigre bilan, maigre résultat. En 2026, à quelques semaines des municipales, les carottes fluos qui vous font coucou tous les midis sont a priori loin d’avoir été cueillies par le paysan sympa que vous croisez sur le marché chaque jeudi matin.
On a un plan. Enfin on avait
Au-delà de la déception actuelle autour de cette loi EGALIM, ce sont les projets alimentaires territoriaux, les fameux PAT qui sont aussi des leviers d’action intéressants pour le maire. Proposés il y a maintenant une bonne décennie, en 2014, les PAT ont d’une part eux aussi permis de préserver les terres agricoles et d’autre part, ils ont au départ joué un rôle de locomotives pour mobiliser les élus locaux (collectivités locales, mairies mais surtout intercommunalités).
L’intérêt des PAT est surtout d’avoir permis de renforcer l’accès à des débouchés stables pour les agriculteurs locaux. Et c’est bien souvent cela qui décide du devenir, maintien ou de l’arrêt d’une activité agricole.
Mais l’avenir de ces plans n’est pas radieux (tiens donc !). Et aujourd'hui, si l’on compte un peu plus de 450 projets alimentaires territoriaux en France, leurs financements sont en chute libre, illustrant un véritable désengagement de l'Etat sur ce sujet, désengagement bien paradoxal quand on constate l’ampleur de la crise agricole et le besoin criant de moyens pour soutenir les exploitations actuelles.
Les PAT sont donc un excellent levier pour orienter nos communes vers une alimentation locale, nourricière et résiliente. Mais ils sont conditionnés par l’éternel facteur du blé. Pas celui-là, l’autre. De l’argent, il en faut :
- Pour former à la fois pour les techniciens et les élus sur ces enjeux (connaissance des réglementations, capacité d'intermédiation entre les différentes catégories d'acteurs - agriculteurs, les associations citoyennes, environnementalistes),
- Pour faire de la préemption sur du foncier agricole,
- Pour financer les différentes étapes de mise en place concrète du plan, à savoir, un travail de récolte des besoins sur le terrain, des réunions de sensibilisation et concertation rassemblant les collectivités locales, élus, associations du territoire (agricoles autant que citoyennes), etc.
“La seule campagne qui compte, c’est celle qui nous nourrit”
Si vous êtes candidat aux élections municipales ou que vous soutenez une liste candidate, quelles idées retenir, quelles mesures intégrer à votre programme ?
Terre de Liens, vous connaissez ? Ce mouvement semble aligner ses ambitions aux urgences énumérées ci-dessus : Terre de Liens vise en effet à supprimer le poids de l'acquisition foncière pour les agriculteurs candidats à l'installation, ainsi qu’œuvrer à la préservation du foncier (en luttant contre l’artificialisation… ça vous rappelle quelque chose ?).
Terre de Liens, donc, propose donc 5 mesures pour une alimentation locale et nourricière, 5 mesures claires à destination de ceux et celles qui siègeront dans quelques semaines au conseil municipal de leur commune. Chers vous, chères vous, prenez donc soin, lors de votre prochaine réunion de campagne, de vérifier que votre programme :
- Soutient l’installation de nouvelles générations de paysans et paysannes,
- Protège et valorise les terres agricoles,
- Préserve la qualité de l’eau,
- Développe la production locale et biologique,
- Lutte contre la précarité alimentaire.
Pour Terre de Liens comme pour nous, les élections qui arrivent sont un motif d’espoir, non d’abattement, une vraie opportunité de redonner à nos territoires leur pouvoir nourricier. À vos assiettes, à vos votes !
paumé·es dans mes municipales
Une élection ne fait pas le printemps mais deux peuvent dessiner un nouveau paysage communal. Les 15 et 22 mars prochains, rendez-vous aux urnes pour élire votre maire ou mairesse dans l’une des 34 875 communes. Et en attendant, voici plein de contenus pour savoir qui, que, quoi, comment. C’est parti ?