Les demandes des jeunes des milieux populaires à leurs futurs maires

Les demandes des jeunes des milieux populaires à leurs futurs maires

À l’approche des municipales 2026, 457 jeunes des quartiers populaires livrent leurs priorités pour une transition écologique plus juste. À bon entendeur.
02 March 2026
6 minutes de lecture

Dans son rapport (In)justice Climatique de 2024, Ghett’up souhaite “démontrer que l'écologie ne doit pas être un privilège, mais un droit universel”. Quels désirs concrets derrière ces appels à plus de justice climatique ? Que veulent les jeunes des milieux populaires pour leur quartier, leur commune ? La question nous paraît cruciale et c’est pour cette raison que makesense a mené une enquête. 

Voix invisibles 

Les luttes écologiques, aussi nombreuses et vigoureuses soient-elles, des mois de militantisme acharné et collectif peuvent se heurter ou être récompensés par la volonté d’une seule personne : l’élu ou élue de la République. 

Dans cette optique, le scrutin des élections municipales est capital et stratégique pour le devenir de nos politiques environnementales locales. C’est donc dans nos 36 529 communes que les bulletins de vote du 22 mars décideront ça et là de l’avenir de projets de construction, culturels, éducatifs, etc. Si le renouvellement des équipes est donc primordial quelle que soit la commune, nos grands médias peinent à jongler entre enjeux nationaux et ultra locaux. Les éditorialistes politiques se concentrent en effet beaucoup plus sur les batailles des grandes villes, emblématiques des luttes entre partis et donnant la part belle à des visages bien connus des plateaux médias. 

Et les autres ? Quel avenir, notamment au plan écologique, sera dessiné ici et là par les nouvelles équipes ? Il est une partie de la France qui semble au mieux susciter l’indifférence, au pire déranger quand elle tente de se faire entendre sur la question climatique : celle des milieux populaires urbains et ruraux. Ces jeunes sont pourtanten première ligne des crises ecologiques et des politiques inégalitaires sans pour autant avoir voix au chapitre. 

Face à ce constat, makesense et ses partenaires ont lancé une enquête inédite dont le titre, “Vu de ma fenêtre : état des lieux de vie de +450 jeunes de milieux populaires”, annonce la couleur. L’objectif ? Prendre le pouls de cette jeunesse, explorer les problématiques écologiques et sociales qu’ils rencontrent, très concrètement, sur leurs territoires, connaître leurs besoins et enfin se faire rampe de lancement pour partager leurs idées aux actuelles et futures équipes. Objectif ? Concevoir des politiques publiques cohérentes, inspirées du vécu d’une jeunesse aspirant à plus de justice sociale et écologique.

Collaborer pour mieux éclairer

C’est via le programme de recherche-action “Transition Juste” que makesense a porté cette enquête. Près de 457 jeunes de toute la France y ont contribué, grâce au relais exceptionnel de 30 associations de terrain, et notamment Unis-Cité, Rura, L’Entente Sportive de Vitry, Cité des Chances, Des Terres Minées). 

Parmi ces jeunes, 62% ont moins de 20 ans et 96% moins de 25 et 78% ont un diplôme inférieur ou égal au bac. Ajoutons à cela que 72% d’entre eux habitent en dehors des grandes villes de plus de 200 000 habitants, 21% en milieu rural. Dans la lignée de l’étude (In)Justice Climatique de Ghett’up, les données de cette enquête sont rares et précieuses, car elles concernent des jeunes souvent hors des “radars” institutionnels ou uniquement sondés sur des thématiques connotées comme la criminalité, le trafic de drogues, le chômage, etc. 

Les résultats concernent donc cet échantillon et ses préoccupations concrètes en matière de logement, d’alimentation et de mobilité. A noter que les données statistiques de départ ont permis de clusteriser l’échantillon 4 sous-groupes de jeunes aux problématiques similaires, chacun doté d’un score de vulnérabilité écologique par thématique : : 

  • Le groupe 1 : féminin, 22 ans, CAP/BEP, urbain à 91%
  • Le groupe 2 : masculin, 19 ans, niveau brevet, urbain à 97%
  • Le groupe 3 : féminin, 20 ans, niveau Bac, urbain à 80%
  • Le groupe 4 : féminin, 18 ans, niveau brevet, rural à 89%

Un logement digne pour tous et toutes ? 

Le sujet des passoires thermiques fera-t-il partie des enjeux phare de ces municipales ?Notre enquête montre que la mauvaise isolation des logements a des conséquences sur la santé de plus d’un quart des jeunes interrogés. 50% sous-chauffent leur logement en hiver par peur des factures trop élevées (dont 56% chez les urbains), 31% considèrent que leur logement n’est pas bien aéré. En été, 47% ont du mal à rafraîchir leur logement et 25% déclarent ne pas avoir accès à un espace vert à proximité de chez eux pour se rafraîchir. En conséquence, 27% d’entre eux déclarent être déjà tombés malades à cause de problèmes dans leur logement liés à la température, l’humidité ou la pollution. Cette situation concerne particulièrement le groupe 1 (féminin, 22 ans, CAP/BEP, urbain à 91%). 

Témoignages extraits de l’enquête : 

“Les bâtiments sont vétustes et mal isolés. Nous devons laisser une porte donnant sur l'extérieur ouverte tout l'hiver dans le hall de l'immeuble pour éviter le salpêtre.”

“On n’arrive pas bien à chauffer notre domicile en hiver. De peur de payer trop cher les factures d’électricité, on se restreint un maximum.”

Le mirage d’un droit à l’alimentation saine et durable

En 2026, manger sain et durable est un luxe inaccessible pour une majorité de jeunes. Parmi les raisons invoquées, c’est le manque d’accès à des produits bio, locaux, en circuit court qui est le plus criant (pour 53% des personnes interrogées). L’enquête montre aussi que 81% font leurs courses le plus souvent dans un hypermarché et donnent la priorité aux produits pas chers (51%) et/ou qui leur font plaisir (34%). Là aussi, avec des conséquences lourdes pour la santé : 31% d’entre eux ont au moins une personne de leur famille qui souffre de maladies liées à l'alimentation comme le diabète ou l’obésité. D’après notre analyse par clusters, l’Alimentation est la vulnérabilité culminante du groupe 3 (féminin, 20 ans, niveau Bac, urbain à 80%). 

Témoignages extraits de l’enquête : 

“Les fast-foods, c’est comme une addiction, tu manges une fois, tu kiffes, mais à long terme c’est mauvais pour toi et ça te coûte cher “

“Le seul point d'achat de mon quartier est un supermarché. Les produits sont trop transformés, suremballés. Le reste des commerces sont des fast-food. Il n'y a pas de marché de produits frais.”

Se déplacer quand on vit dans les quartiers populaires : mission impossible ? 

La troisième et dernière thématique, et pas des moindres, recouvre les enjeux de mobilité. Là encore, les besoins sont clairs et soulignent des inégalités criantes. 58% des jeunes, en particulier les urbains, se disent souvent confrontés à des pannes ou retards dans les transports en commun. Fait important, la moitié des jeunes(47%) sont pénalisés par le manque de transport en commun à certaines heures, que ce soit pour leurs activités personnelles ou professionnelles. Sur cette thématique, la disparité villes/campagne apparaît systématiquement : 

  • 67% des ruraux subissent les conséquences d’un réseau mal desservi, contre 42% pour les urbains, 
  • 53% des jeunes ruraux dépendent de la voiture, contre 21% des urbains. 

Quant à l’accessibilité financière, 42% trouvent que les transports en commun ne sont pas accessibles en termes de prix, en particulier les femmes et les minorités de genre pour qui le pourcentage atteint 49% quand il ne dépasse pas 35% pour les hommes. La mobilité est la vulnérabilité culminante de notre  groupe 4 (féminin, 18 ans, rural à 89%, niveau brevet). 

Témoignages extraits de l’enquête : 

“Le prix du pass navigo est de plus en plus cher également pour une qualité des transports médiocre."

“Il n'y a pas de bus pour aller en ville ! J'habite à la cambrousse et il n'y a aucun bus, c'est chiant.”

“Ca impacte notre santé mentale - quand tu perds ton temps dans les transports, ça joue sur tout le reste de ta vie quotidienne.”

Français, Françaises, serez-vous un jour compris ? 

L’intérêt de cette enquête réside dans les recommandations qu’elles façonnent à mesure que les résultats sont analysés. Ces recommandations à destination des futures équipes municipales se résument à trois mesures prioritaires : 

  • 50% des jeunes répondants demandent prioritairement la gratuité des transports en commun, 
  • A un niveau équivalent, c’est la rénovation des passoires thermiques qui est pointée du doigt (par 44% des jeunes interrogés), 
  • Sur la troisième marche du podium figure l’installation de magasins d’alimentation saine et durable à proximité pour 35% des jeunes. 

La prochaine marche à franchir : le travail de plaidoyer auprès de ceux et celles qui ces jours-ci battent le pavé et font campagne. Pour que ces mesures s’intègrent aux programmes des listes municipales candidates, makesense et ses partenaires interpellent ces jours-ci les décideurs et les acteurs du monde de la jeunesse pour mettre en lumière ces mesures et les besoins essentielles auxquelles elles répondent. 

Les municipales 2026 marqueront-elles l’avènement d’une transition plus juste dans nos mairies et donc nos communes ? A nous de nous battre pour que ce soit le cas. 

Pour recevoir notre enquête complète, avoir accès à des résultats précis et détaillés, rencontrer les jeunes et les associations qui œuvrent pour une transition juste, contactez Irène Colonna d’Istria, irene@makesense.org ou Hélène Binet,  helene.binet@makesense.org 

paumé·es dans mes municipales

Une élection ne fait pas le printemps mais deux peuvent dessiner un nouveau paysage communal. Les 15 et 22 mars prochains, rendez-vous aux urnes pour élire votre maire ou mairesse dans l’une des 34 875 communes. Et en attendant, voici plein de contenus pour savoir qui, que, quoi, comment. C’est parti ?

Chargement...

Mode
Action
activé