Des nuits à 32°C bercées par le ron-ron du ventilo à fond, des images apocalyptiques des hectares de forêts qui crament, des pompiers au bout du roul’ et des milliers de français déplacés dans des gymnases… On te la refait pas : cet été, la canicule a squatté les gros titres, et notre éco-anxiété a flambé. Face à ça, 2 écueils t’attendent bras ouverts : la politique de l’autruche… ou les 12 crises d’angoisses par jour. Et si on apprenait à transformer notre trouille en rage constructive ?
Le mal du siècle ?
Non, ce n'est pas un caprice de bobo qui a binge-watché trop de docus sur les ours polaires. Alors que la planète crame sous nos yeux, un nouveau vocabulaire se développe pour tenter de qualifier ce “nouveau mal du siècle”, qui affecte 8 français sur 10 et pas seulement des blancs privilégiés en Birkenstock !
On imagine souvent l'éco-anxiété comme un truc de djeuns hyper-connectés et biberonnés aux campagnes de Camille Étienne. Faux : elle touche tous les âges. Mais si les jeunes se posent plutôt des questions du type "je fais quelles études, dans ce monde-là ?", la question bascule vers "est-ce que je fais un gosse dans ce monde-là ?" passés les 30 ans. Et les grands-parents ne sont pas en reste : nombreux sont ceux qui stressent fort pour leurs petits-enfants.
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On parle de dépression verte, de burn out écologique, de solastalgie, la douleur de voir son environnement se dégrader sous ses yeux… L’éco-anxiété, le chercheur australien Teaghan Hogg la décrit comme “un état de détresse mentale et émotionnelle ressenti face à la menace du dérèglement climatique et à l'effondrement du vivant”. Le terme serait apparu dans la presse américaine dans les années 1990, bien avant que Greta Thunberg ne le colle sur toutes les lèvres. Depuis, le terme a fait son entrée dans Le Robert.
Ce n’est ni une maladie, ni un trouble mental répertorié, mais plutôt le signe d'une lucidité qui pique à l’heure où incendies, inondations, sécheresses et tornades nous confrontent tous les jours à la réalité du dérèglement climatique, entre le caf’ et l’arrivée au taf. Le psychiatre Christophe André file une image parlante pour parler de ses patients, dont la sensibilité accrue est aussi une lucidité accrue. Si on lui pique sa métaphore : les éco-anxieux seraient comme ces canaris qu'on descendait dans les mines pour sentir le grisou avant que ça pète, et ainsi prévenir les mineurs qu’il fallait remonter. Ici, le canari c'est toi.
Vu les réponses molles qu’on apporte collectivement au changement climatique, le terme a de beaux jours devant lui. Alors oui, flipper est 100% légitime. Mais mieux vaut apprendre à canalyser l’angoisse plutôt que de la laisser t’aspirer, avec tout son cortège de symptômes aussi pénibles que paralysants : insomnies, tristesse, dépression, perte de sens et de repères, trouble anxieux, maux de ventre…
Que faire de son éco-anxiété ?
Avant de te dire quoi faire, un point sur ce qu'il ne faut surtout PAS faire : la minimiser, la dénigrer, la mettre à distance, voire la nier purement et simplement. Autre risque inhérent au concept psychologique d’éco-anxiété : psychologiser la chose, jusqu'à la dépolitiser.
Accueillir + verbaliser
Le psy Pierre-Éric Sutter décrit un parcours en plusieurs étapes : prise de conscience, choc émotionnel, sentiment d'impuissance, découragement. Cette traversée du désert se dépasserait en acceptant son ressenti, pas en le planquant sous le tapis. Étape n°1, donc : mettre des mots sur ce que tu ressens, en te confiant à ton carnet ou en parlant avec des personnes, proches ou pas, sensibles à ces enjeux. Pour juger de ton niveau d’éco-fièvre, tu peux aussi prendre la température ici.
Et pour remédier au risque bien réel de ruminer ce bourbier climatique tout seul sur son canap’, makesense a instauré des groupes de parole avec des psys. Ça s’appelle Balance ton flip, ça se passe en ligne ou en présentiel, et c’est garanti bienveillant, réconfortant et constructif… L’objectif étant bien sûr de se donner de l’espoir et de s’orienter vers l’action.
Calmer l’angoisse (tant que possible)
On est d’accord : il est conseillé de s’attaquer aux racines du problème. Pour autant, ça ne veut pas dire qu'on n'a pas le droit d’apaiser son éco-anxiété. Et cela, en se familiarisant avec la régulation émotionnelle, qui regroupe des techniques comme la méditation, la respiration ou la pleine conscience. Des applis comme Petit BamBou peuvent aider.
Pour Alice Desbiolles, médecin de santé publique, il faut aussi savoir "lâcher prise, sans renoncer". Tu as le droit de choisir tes sources d’infos et te déconnecter des infos anxiogènes quand tu sens que c’est trop. Ça ne veut pas dire que tu lâches l’affaire !
Bien sûr, ça ne suffit pas. Refiler toute la responsabilité aux éco-anxieux plutôt qu'à ceux qui en sont responsables est un des grands classiques qui conduit à l'inaction climatique.
Devenir “éco-furieux”
Et si, plutôt que de matraquer les conséquences du changement climatique (les canicules, les cultures en PLS, les inondations archi vénères…), les médias mettaient un peu plus l'accent sur leurs causes ? On pourrait alors espérer transformer l'éco-anxiété, cette angoisse floue face à une menace mal cernée… en éco-colère, bien plus concrète et bien plus mobilisatrice. C'est le fameux "ne soyez plus éco-anxieux, soyez éco-furieux" du philosophe-économiste Frédéric Lordon.
Parce que l'éco-anxiété, ou la colère climatique, est bel et bien un tremplin vers l'engagement. Une étude menée par l'université Yale montre que les personnes exprimant un sentiment de détresse climatique déclarent bien plus souvent être passées à l'action pour la cause climatique, de la simple pétition à l'engagement associatif.
Passer à l’action
Face à l’effondrement du vivant et les émissions carbone de l’industrie, les petits écogestes citoyens nous paraissent bien dérisoires. Et pourtant : calculer un bilan carbone, revoir sa consommation, opter pour les transports en commun, trier ses déchets… Tout ça donne l’impression de sortir de l'impuissance et permet d’être d’autant plus exigeant vis-à-vis du gouv’ et des entreprises.
« Quand on commence à agir, l’espoir est partout », a rappelé Greta Thunberg… et cette tribune, initiée par l’équipe de Chiche. “L’action rend optimiste”, ajoute Jancovici. Et la recherche de confirmer : une étude publiée en 2022 a montré que la participation à des actions collectives était associée à moins de symptômes dépressifs chez les éco-anxieux. Normal : agir avec d’autres favorise le lien social, réduit le sentiment d'isolement et d'anxiété, permet de retrouver des sentiments d’alignement, d’utilité et de pouvoir sur cette situation qui nous dépasse. Bref, c’est bon pour la planète ET la santé mentale.
Seule limite : ton engagement doit rester compatible avec ton équilibre perso, histoire d'éviter le burn-out militant. La dernière chose dont la planète a besoin, c'est bien de guerriers épuisés dès la première bataille.
En panne d’inspi ? Pour te rappeler les écogestes à adopter à ton échelle, par ici. Pour découvrir les témoignages des français pour qui l’infernal été 2026 est un point de non retour, par là. Pour agir sur le terrain, tu trouveras forcément ton bonheur parmi ces 1000 bons plans soigneusement sélectionnés par nos soins.
Bonus : et si ça va pas du tout ?
L'ADEME explique qu’il existe plusieurs degrés d'éco-anxiété, des "éco-soucieux" aux "éco-terrifiés", pour qui ça devient une vraie souffrance au quotidien. Si tu te sens concerné·e, on ne peut que te conseiller d’aller consulter un pro. Certains sont même spécialistes de l’éco-anxiété.
Rappelons-le une bonne fois pour toutes : l'éco-anxiété est une réaction saine et parfaitement justifiée face à l'ampleur de la menace climatique. Le déni et le cynisme ne sont pas plus sensés, au contraire.
"Au milieu de l'hiver, j'ai trouvé en moi un invincible été", écrivait Camus, qui ne faisait sans doute pas allusion au GIEC mais tant pis. On le cite parce que les mauvaises nouvelles ne vont pas s'arrêter de tomber. Si les solutions individuelles peuvent t’aider à canaliser une angoisse mortifère, c'est l'action collective, et elle seule, qui peut aider à s’attaquer aux vraies racines du problème. #élections2027
Source
- Climax
- Petit Bambou
- Bon Pote
- Fondation Jean Jaures
- Springer
- Modéliser l’éco-anxiété : continuum d’intensité, trajectoires d’inquiétudes environnementales et matrice de prise en charge multi-niveaux
- Après un été caniculaire, ces Français s’engagent pour l’écologie : «J’ai compris que l’action battait l’anxiété»
- Is distress about climate change associated with climate action?
- Éco-anxiété : quelles menaces sur la santé mentale des français ?
Enfin une bonne nouvelle !
Finally something good, voilà le titre de la nouvelle exposition de la Gaîté Lyrique pour regarder le monde du côté de ce qui avance. 13 ans après The Happy Show, Stefan Sagmeister, le designer culte des pochettes de Lou Reed, des Rolling Stones, Jay-Z et revient avec une exposition pensée comme « un antidote au vieil adage "c'était mieux avant" ». Chiffres à l'appui, il démontre que l'humanité avance plus qu'on ne le croit, et que mesurer ce chemin parcouru, sans nier les combats du présent, c'est déjà changer de regard.