Depuis 7 ans, l’association Resak, créée au Pays basque, cherche des solutions au fléau de la pollution plastique. Leur crédo : faire des produits esthétiques et utiles à partir de plastiques qui finissent en dehors des circuits classiques de recyclage.
« On valorise le plastique pour en faire des produits beaux et durables », résume Antoine Bouchereau, l’un des six cofondateurs de Resak, une association créée en 2019, aujourd’hui basée à Anglet. « Nous nous sommes connectés via Precious Plastic, un mouvement international qui vise à revaloriser le recyclage à l’échelle locale », précise-t-il. Leur vision commune : la volonté de « coconstruire un monde sans déchets plastiques ». De son côté, Antoine, alors ingénieur dans l’industrie, s’interrogeait sur le « modèle productiviste » de l’entreprise pour laquelle il travaillait. « Je me rendais compte que je développais des produits avec une durée de vie hyper courte », partage-t-il. Ce constat, « associé à un peu d’écoanxiété », lui a donné envie de se mettre en action pour proposer d’autres solutions.
Une partie de l’équipe de Resak, Antoine Bouchereau est au centre. ©Resak
Valoriser les déchets plastiques
Depuis sa création, l’association a bien grandi. Antoine et l’un des autres co-fondateurs font partie des 4 salariés permanents, entourés d’une équipe d’une dizaine de bénévoles. Ses membres s’investissent sur deux volets : la sensibilisation, avec l’organisation d’ateliers pour les entreprises, les scolaires ou le grand public, et la valorisation, avec la création de matériaux et produits à partir de plastique recyclé. « En s’attaquant aux plastiques qui finissent enfouis, on veut être un complément aux filières existantes », affirme le cofondateur. En effet, sur les 4,4 Mt de déchets plastiques collectés en France chaque année, 23 % sont recyclés, 41 % sont incinérés et 36 % sont enfouis.
« Trouver du plastique n’est pas un problème. »
La première étape de ce processus de valorisation est la collecte de plastiques auprès d’acteurs locaux. « Il s’agit souvent de PME qui génèrent des volumes de plastiques en trop petite quantité pour être revalorisés via des filières existantes », explique Antoine. Parmi ces plastiques recueillis : des rebuts de production de plasturgistes, des éléments de signalétique utilisés par des imprimeurs ou encore des bouchons de bouteilles issus de collectes citoyennes. « C’est la partie facile du travail, observe Antoine. Trouver du plastique n’est pas un problème. » Au contraire, faute de débouchés suffisants, l’association doit refuser de nombreuses sollicitations. Le plastique reçu est lavé et trié par matière et par couleur, puis broyé en paillettes avant la transformation. « Cela nous permet de faire nos propres mélanges et de proposer du sur-mesure à nos clients, notamment en termes de couleurs », explique le professionnel. Un mélange de paillettes de différentes couleurs est versé dans une grande presse, puis chauffé (à une température allant de 150 à 250°C) avant d’être refroidi pour former une plaque mouchetée 100% en plastique recyclé « que l’on peut travailler comme le bois ».
Resak fabrique des panneaux en plastique recyclé de différentes couleurs. ©Mathilde Raison
Trouver des débouchés
Tout l’enjeu est dans l’après. « Aujourd’hui, on refuse de la matière entrante, regrette Antoine. Si l’on veut pouvoir recycler plus, il faut que l’on développe des débouchés en produisant de nouvelles solutions fabriquées à partir de notre matériau. Tant qu’on n’a pas transformé puis remis en circuit le plastique, on n’a pas répondu à la problématique. » Alors, l’équipe se « creuse les méninges », en particulier Jeanne, la designer produit, et Martin, l’ingénieur, pour « générer des produits commercialisables », en plus des panneaux bruts vendus à d’autres professionnels (notamment dans les domaines de l’agencement, du design et de l’architecture). Parmi ces produits fabriqués par Resak : du mobilier (chaises ou tables basses entre autres), des porte-clés, des cache-pots ou encore des solutions de tri en plastique recyclé.
Le dernier objet créé par Resak en collaboration avec le studio Klepper est le « Kokatu », une boîte de rangement. ©Anne Klepper
La dernière création lancée fin 2025 est le « Kokatu » (ce qui signifie organiser, ranger en langue basque), un objet entièrement éco-conçu pensé par un couple de designers du studio Klepper pour le compte de Resak. Il s’agit d’une boite de rangement en plastique recyclé pour ranger le matériel de bureau de professionnels en open-space qui peut aussi servir à ranger d’autres objets (vinyles, livres, produits de salle de bains…). « Ce produit vise à montrer la manière dont on veut produire chez Resak : faire du beau à partir de déchets, avec une approche locale et artisanale », résume Antoine.
Cette diversification encore en cours est essentielle pour que l’association, qui fonctionnait jusqu’ici en grande partie grâce à des subventions publiques, trouve un modèle économique viable, tant qu’il reste du plastique à recycler. « Notre rêve, c’est que Resak n’existe plus demain, lâche Antoine. Que les filières existantes puissent prendre en charge tout type de gisement et de plastique, quel que soit le volume. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. » Pour autant, le cofondateur de Resak reste optimiste. « Un projet comme celui-ci fait naître plein d’idées. Maintenant, je vois tout déchet comme une opportunité de faire des choses nouvelles. C’est hyper stimulant, car le champ des possibles est monstrueux ! »
