Municipales, le grand secret des listes participatives

Municipales, le grand secret des listes participatives

De plus en plus nombreuses, les listes participatives bousculent les municipales. Enquête à Coutances, en Normandie.
26 February 2026
5 minutes de lecture

Elles sont comme les tablettes de chocolat de nos magasins : de plus en plus nombreuses, de plus en plus variées et terriblement attirantes. A quelques semaines des municipales nous avons succombé à la tentation de nous attaquer au sujet des listes participatives. Et nous sommes allés mener l’enquête en Normandie, à Coutances.

Résister encore et toujours à l’envahisseur

Coutances, bourgade d’un peu plus de 8000 âmes, dotée d’une imposante cathédrale, elle-même juchée fièrement sur sa colline enguirlandée par des kilomètres de haies, Coutances secouée chaque année par les rythmes de “Jazz sous les pommiers”, l’un des plus grands festivals de Jazz de notre pays. 

A Coutances, une autre campagne, politique celle-là, bat son plein. Et parmi les listes présentes, il y en a une qui peut fièrement s’affubler de l’étiquette “liste participative”. Et ce n’est pas, plus une exception : des cas comme ça il y en a un peu partout : au Havre un peu plus loin, à Séné dans le Morbihan, à Angers, à Sucé-sur-Erdre dans le 44, à Angoulême, ou carrément vers Grenoble ou Dijon. 

La liste participative, croyez-nous, ça change tout, ça ouvre tous les horizons et surtout ça permet de croire à nouveau en ce truc mal aimé - euphémisme total - qu’est la politique.

Il était une voix 

Elles étaient une dizaine en 2014, quelques centaines (entre 400 et 600) en 2020 et soyons fous et folles, elles seront peut-être plus d’un millier pour ce scrutin de 2026. 66 mairies avaient finalement été décrochées fièrement par ces collectifs en 2020, Poitiers fait partie des belles histoires de ce type, il est donc fort à parier que le chiffre augmente le 22 mars prochain.  

Mais qu’appelle-t-on liste participative exactement ? Revenons à nos moutons coutançais et aux différentes étapes de l’aventure : 

  • Étape 1 : du même bois 

Comme souvent, il y a d’abord quelques personnes qui partagent facilement un apéro et des valeurs fortes. A Coutances, ce sont Erick, Françoise ou encore Jean-Michel qui fondent le collectif Alternatives Citoyennes du Coutançais à l’aube des années covid, avec la volonté de se battre pour le désormais fameux triptyque des justices démocratique, sociale et écologique. Rapidement, ils et elles ont fait équipe. Et avant toute grande révolution, ce moment où l'on fait bloc, où l'on constate qu’on n'est pas tout seuls, c’est déjà beaucoup. 

  • Étape 2 : feu de camp

Une fois la bande regroupée, ritualiser les rencontres, faire vivre le collectif. Qui prend des notes ? Comment décide-t-on ? Qui se charge des verres pour le cidre ? Quelles sont nos valeurs, nos accords, nos désaccords ? Brut ou doux au fait le cidre ? Autant de détails non-négligeables pour que le cercle nouvellement constitué apprenne à vivre ensemble et à défricher la jungle des défis locaux qui l'attendent.

  • Étape 3 : étincelle

Il y a souvent, à l'origine ou pendant la vie de ce collectif, un moment où les actualités, décisions politiques (qu'elles soient locales ou nationales) accélèrent tout et font passer la lutte dans une autre dimension. A Coutances, il y a eu les municipales de 2020 et l'absence de liste annonçant haut et fort sa défense des valeurs sociales et écologistes. A partir de là, les échéances électorales (départementales, législatives, etc.) sont des occasions pour Nadia, Youri et les autres de faire front très concrètement, sur le terrain, en créant une liste.

  • Étape 4 : campagne enflammée

Nous sommes donc en mars 2026. Et à Coutances, des nouvelles têtes sont venir grossir les rangs. C'est donc une nouvelle aventure qui s'annonce : des générations à relier, des dialogues à établir, funambulisme humain, démocratique et créatif. Défi politique, mais les Normandes et les Normands sont prêts. Avant même de créer la liste, de mettre des visages, des "grosses têtes", le programme.

“Un programme n'a de sens que s'il vit, évolue et change de forme au contact de la vie de ceux et celles qu'il vise à rendre plus douce.”

Décider à 3 ou 4 n'est pas simple, à quelques dizaines, avec un fonctionnement horizontal, cela relève quasiment du miracle. Mais dans les listes citoyennes, c'est ça ou rien. Le reste, les fausses promesses, les grands chefs, c'est depuis longtemps rangé dans le bac à compost. Puis vient le moment de faire chanter en eux et elles le Johnny politique et d'allumer le feu des municipales : choisir par consensus deux têtes de liste, quelles qualités doivent-ils avoir ? Quelles attentes de la part du groupe ? Et de ce "CV espéré", on sonde le groupe, les intuitions, les envies.

Dans le collectif Alternatives Citoyennes du Coutançais, le processus se fait sans accroche (et c'est pourtant fréquent dans cette étape délicate). Deux voix s'élèvent avec assurance : une chargée de projet écologique, un agriculteur, ils sont volontaires, le groupe a confiance. Puis tout s'enchaine : compléter avec 28 autres noms, 100% paritaire, écrire un agenda de campagne, organiser une soirée de lancement, faire du tractage sur le marché du jeudi avec Mathilde, des porte-à-porte avec Sandra les dimanches, des réunions publiques pilotées par Sanjay, gérer les financement avec Thierry. Là encore, il faut jongler entre le soin et les coups de bourre, le joyeux bordel des débats et les décisions à trancher, la course contre la montre et les verres de jus de pommes (jamais de bière, presque jamais). Un seul enjeu : rencontrer les gens, se jeter dans l'inconnu de l'altérité, sentir la pulsation silencieuse du cœur de Coutances  et sans cesse accepter qu'un programme n'a de sens que s'il vit, évolue et change de forme au contact de la vie de ceux et celles qu'il vise à rendre plus douce.

Les 4 points à retenir 

Au terme de ce voyage en Normandie, résumons les différences entre une liste participative, comme celle de Coutances et une liste “traditionnelle”, comme celle de Patrick Balkany en son temps, qu’on embrasse : 

  • L’équipe : la liste traditionnelle de Patrick, c’est une personne, souvent choisie par un parti politique, ou un maire sortant, qui recrute son équipe, équipe de “suiveurs” et “suiveuses” quand la liste citoyenne se construit elle de manière ouverte, se forme collectivement, avec des gens de divers horizons, souvent mixant des novices et des moins novices du monde politique et militant, 
  • Le programme : dans le fonctionnement de Patrick et du monde d’avant, il est décidé à l’avance, par Patrick sur sa table de salon un samedi soir en mangeant une quatre fromages par exemple. A Coutances, c’est un long, lent travail d’intelligence collective comme expliqué plus avant, 
  • L’exercice du pouvoir : ne parlons pas trop du cas de Patrick, cela risquerait de le chagriner. A Coutances, une fois élue, parce qu’elle sera élue, la liste n’a pas vocation à “rentrer dans le moule”, au contraire elle applique dans son mandat les mêmes outils de démocratie participative que lors de la campagne (consultation, transparence, participation active des citoyens et citoyennes), 
  • Le réseau : une liste participative, citoyenne s’inscrit dans un réseau national dynamique où le partage entre expériences enrichit au fil des campagnes ces approches politiques nouvelles. Et tellement nécessaires.

Les contenus pour creuser le sujet :

Les ressources de La part citoyenne

paumé·es dans mes municipales

Une élection ne fait pas le printemps mais deux peuvent dessiner un nouveau paysage communal. Les 15 et 22 mars prochains, rendez-vous aux urnes pour élire votre maire ou mairesse dans l’une des 34 875 communes. Et en attendant, voici plein de contenus pour savoir qui, que, quoi, comment. C’est parti ?

Chargement...

Mode
Action
activé