Abstention, le mot qu’il ne faut pas prononcer avant les municipales de 2026

Abstention, le mot qu’il ne faut pas prononcer avant les municipales de 2026

Alors que la confiance dans les institutions nationales s’effondre, l’élection municipale reste un repère démocratique. Encore faut-il que les électeurs se déplacent. Vous faites quoi les 15 et 22 mars ?
22 January 2026
5 minutes de lecture

Ce mot est un chiffre. Un chiffre qui terrorise et fascine en même temps. Voilà ce qu’on pouvait lire sur lemonde.fr au lendemain des dernières élections municipales : “L’enseignement dominant du second tour des élections municipales, qui s’est tenu dimanche 28 juin, c’est d’abord le nouveau recul de la participation. Comme le laissaient craindre les estimations des instituts de sondage, un nouveau record d’abstention a été enregistré : 58,4 %, selon les chiffres officiels du ministère de l'intérieur.” Abstention. Alors oui le covid était en pleine forme à l’époque, et oui la crise politique de l’époque n’avait rien à voir avec celle que nous traversons actuellement. Néanmoins à deux mois du premier tour des municipales, l’abstention reste une inconnue que plus personne ne peut ignorer. 

Qui veut gagner des millions d’abstentionnistes ? 

Ce n’est que le début de cet article, votre cerveau est encore fringant et dynamique, j’en profite donc pour vous assommer de quelques chiffres savoureux. En l’occurrence ceux des taux d’abstention pour les seconds tours de trois élections différentes (présidentielle, législatives et municipales) en prenant les trois dates les plus récentes. Si vous suivez, cela fait donc 9 données différentes : 

  • Le 6 mai 2012, l’élection présidentielle était boudée par 19,65 % des votants, puis 25,44 % le 7 mai 2017 et enfin 28,01 % le 24 avril 2022. 
  • Concernant les législatives, la dynamique est inversée : 57,36 % en 2017, 53,77 % le 19 juin 2022 et les dernières élections surprise du 7 juillet 2024 font redescendre le chiffre à 33,37 %. 
  • Pour ce qui est des élections municipales : ce chiffre passe de 34,8 % en 2008, à 37,87 % en 2014 pour atteindre un record en 2020 : 58,6 %. 

Analyse éclair : c’est peut-être grave docteur. À l’exception des élections législatives, notamment du dernier séisme provoqué par le Président Macron  après les élections européennes, l’abstention gagne en général du terrain quelle que soit l’élection, et a même explosé lors des des municipales de 2020 (“mais le covid…” - oui, je sais, d’abord on dit LA covid, et d’accord, c’était un cas un peu particulier). 

En attendant les nouveaux chiffres du Baromètre de la confiance politique du Cevipof, ceux du 11 février 2025 ne faisaient que confirmer le désolant paysage politique de notre pays, bien plus désolant d’ailleurs que celui de nos voisins : 

  • En France, 23 % des enquêtés avaient confiance en notre gouvernement (27 % en le feu-premier ministre François Bayrou), 
  • 38 % en Allemagne (53 % pour Olaf Scholz)
  • 35 % en Italie (43 % pour Georgia Meloni)

C’est au niveau national que tout fout le camp : la confiance dans l’Assemblée nationale atteint 24 %, un record,  et tels des enfants honteux des blagues bas de gamme de leurs parents, nous sommes 52 % à considérer que “l’on ne peut pas être fier de notre système démocratique”, chiffre tombant à 42 % en Italie et à 33 % en Allemagne).

Est-ce donc dans l’élection locale, et notamment dans les futures municipales qu’il faut placer nos derniers espoirs ?

L’espoir faisait vivre

Parce que oui, dans notre récente histoire politique, l’élection municipale est un peu la chouchoute, derrière l’indétrônable star présidentielle. Si notre pays adore la course aux petits cheveux pour élire un homme ou une femme providentielle, et elle a longtemps affectionné les scrutins pour désigner celui ou celle qui posera son fessier sur les sièges rouges de la mairie. Mais visiblement, la dynamique est là encore en train de changer. Et le “tous pourris” gagne aussi les élus qui travaillent à quelques kilomètres de nos chaumières. Quand seuls 28 % des Françaises et Français considèrent que la démocratie fonctionne bien (made in Cevipof toujours), il est à craindre que  l’abstention monte en flèche pour les élections de 2026, pandémie ou pas. 

Et ce ne sont pas les élections départementales et régionales qui vous nous remonter le moral. Les taux dépassaient les 65% en 2021 (je fais donc le choix de ne pas m’attarder trop sur ce sujet, cela risquerait de mettre un point final à votre lecture de cet article et j’en serais profondément chagriné). 

Tentons malgré tout un petit pas de côté et refermons un instant la malle des mauvaises nouvelles pour ouvrir celle que nous apportaient l’institut Ipsos, le Cevipof et l'Association des maires de France le mercredi 2 juillet 2025. Selon leur enquête, le maire ou la mairesse reste (encore) la figure politique dans laquelle les Français ont le plus confiance. Ils sont 69% à lui accorder leur confiance, contre 42% pour le député et 22% pour le Premier ministre (n’en parlez pas à Sébastien qui traverse déjà une période de vie pas facile). 

Mobilisation générale ou rien

Face à tout cela, nous n’avons plus le temps de tergiverser. Attaquons-nous au sujet méthodiquement. Trois pistes d’actions concrètes :

  • S’inscrire, et s’inscrire bien. D’après l’INSEE, 5,8 % des personnes en âge de voter ne sont pas inscrites (mai 2024), ce qui représente près de 3 millions de citoyens. Pour ne rien arranger, 20 % de l’électorat, ce qui fait grosso modo de huit millions de Français et Françaises, ne sont pas inscrits dans leur commune de résidence, les fameux mal inscrits. 39 % des 18-25 ans étaient dans cette situation lors de la présidentielle de 2022.
  • Conscientiser que ces élections ne sont pas comme les autres. Le contexte n’est pas le même, la dynamique en France, en Europe et ailleurs semble inéluctablement à l’avantage des idées d’extrême droite. Et chez nous en 2026, plus de 650 listes d’extrême droite ont déjà été déposées, c’est tout simplement un record. 
  • Capitaliser sur ce qui reste de “confiance” en nos élus au niveau local. Proche des 70% depuis dix ans, cette confiance révèle notre désir profond d’être représentés par des gens honnêtes et capables de tenir leurs engagements (apparemment ça existe, j’ai lu ça sur internet). Quand la scène démocratique crie, se crispe, se polarise et consterne, la bouffée d’air frais ne viendra-t-elle pas de nos communes ? Ce n’est pas une question, c’est un ordre. 

Un bonus rien que pour vous

J’allais oublier : les médias les plus puissants à l’heure actuelle, ce sont vos bouches. Vous êtes peut-être 5000, ou 10 millions je n’ai plus les chiffres en tête, à lire cet article. Si lors de vos 10 prochains dîners, apéros, cafés, vous lancez innocemment : “tu vas aller voter toi en mars ?”, vous pourriez faire basculer 10 millions x 10 personnes, soit 100 millions de Françaises et Français qui n’avaient pas l’intention d’aller voter. (Que dites-vous ? Que nous ne sommes que 70 millions d’habitants ? N’essayez pas de changer de sujet avec ces histoires de réarmement démographique !). Ça tombe bien on a monté un petit programme pour ça “L’appel de la démocratie”, une semaine = une action à mener pour envoyer un max de monde à l’isoloir. 

Et si vous avez l’impression que la conversation ne prend pas, lancez quelques anecdotes sur l’abstention qui raviront les coeurs, j’en ai deux pour vous : 

  • “Dites-donc les copains et les copines (vous n’êtes pas obligés de commencer votre phrase comme ça), saviez-vous que lors du second tour des législatives de 2017, aucun électeur sur les quinze inscrits du village drômois de Pennes-le-Sec n'a émis de bulletin de vote ? On atteignait donc un taux d'abstention de 100%, c’est complètement passionnant, non ?”
  • “Avant que vous ne réagissiez tous et toutes en même temps, j’ajoute que tous les électeurs, soit une quarantaine de personnes, du village Le Champ-de-la-Pierre dans l'Orne votent à chaque élection, ceci leur permettant d’atteindre un taux de participation de 100 % ! Quel serait le résultat en France si on faisait pareil ?”

Sources : 

paumé·es dans mes municipales

Une élection ne fait pas le printemps mais deux peuvent dessiner un nouveau paysage communal. Les 15 et 22 mars prochains, rendez-vous aux urnes pour élire votre maire ou mairesse dans l’une des 34 875 communes. Et en attendant, voici plein de contenus pour savoir qui, que, quoi, comment. C’est parti ?

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