Souveraineté alimentaire en Outre-mer : les enseignements majeurs des webinaires Mouv'outremer

Souveraineté alimentaire en Outre-mer : les enseignements majeurs des webinaires Mouv'outremer

Comment les Outre-mer peuvent-ils s'affranchir de leur dépendance alimentaire ? Mouv’Outremer a donné la parole aux actrices de terrain de la Martinique à la Polynésie. Décryptage.
30 June 2026
4 minutes de lecture

En juin, Mouv’Outremer a placé la souveraineté alimentaire au cœur de ses réflexions et a donné la parole à celles et ceux qui construisent un avenir alimentaire plus juste. À travers deux webinaires réunissant chercheuses, élues et porteuses de projets de Martinique, de Guadeloupe, de Guyane, de La Réunion et de Polynésie, un constat s’est imposé : manger local n’est pas qu’une question de goût, c’est un acte politique, économique, social, écologique et culturel. Retour sur six enseignements clés pour comprendre et agir.

La dépendance aux importations est un héritage colonial mais pas une fatalité

« Ton île ne te nourrira point ». Cette phrase de Malcom Ferdinand, citée par Pamela Obertan, résume des siècles de dépendance organisée. Comme l'a rappelé la chercheuse à l'Université des Antilles, les systèmes alimentaires actuels des Outre-mer ont été conçus « par et pour les colons », en détruisant les cultures vivrières au profit de la monoculture d’export (canne, banane).

Aujourd’hui, 80 % de notre alimentation vient d’ailleurs (ADEME, 2022) nous exposant aux chocs géopolitiques, à l'inflation et aux crises climatiques. Hélène David-Benz, du CIRAD, précise : « Nos modèles de consommation sont calqués sur l’Hexagone, tandis que les politiques publiques subventionnent massivement la canne ou la banane, laissant les agricultures vivrières en grande précarité »

Mais ce constat n'est pas une fin en soi, c'est un point de départ : celui de reprendre le contrôle sur ce qu'on mange, comment on le produit et qui le cultive. Comme le souligne Pamela : « La souveraineté alimentaire, c'est remettre le droit des citoyens au centre : décider ce qu'on veut manger. »

La souveraineté alimentaire est un levier de justice sociale et de santé

Au-delà de l’économie, c’est une question de dignité et de survie. La dépendance aux importations n'a pas seulement appauvri nos sols : elle a dégradé la santé de nos populations : diabète, obésité, hypertension… Pourquoi ? Parce que les produits importés, souvent ultra-transformés, sont devenus moins cher que le local, créant une insécurité alimentaire paradoxale dans des territoires riches en biodiversité. La souveraineté alimentaire propose une rupture : le droit de nourrir tout le monde avec des produits sains, à des prix justes, tout en rémunérant décemment celles et ceux qui cultivent.

Quand la terre soigne et émancipe

En Martinique, Monelle Joëlle Marie-Louise a fondé Domenn Lantik, une ferme agroécologique thérapeutique. Ici, la terre ne produit pas seulement des légumes ; elle soigne les femmes vulnérables, transmet les savoirs ancestraux et redonne de la dignité. « Ma vision, c'est la terre nourricière qui soigne les mères nourricières », explique-t-elle. Selon elle, l'agriculture n'est pas qu'une technique, c'est un rapport au monde. Se reconnecter à la terre permet d'apporter du soin, de réduire les violences et de reconstruire du lien social.

La structuration collective est la clé de voûte

Avoir la volonté de manger local, c'est bien. Avoir les outils pour passer de l’initiative isolée à un système robuste, c'est mieux. À La Réunion, cette dynamique s’incarne dans les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT).

Anaïs Marignol, animatrice du réseau Inter-PAT, précise : « L’objectif est de se faire rencontrer tous les acteurs pour accélérer la transition », en capitalisant sur les expériences et en formant les porteurs de projets. Cette coordination trouve sa concrétisation dans l’action publique de Murielle Chane et Justine Seusse (PAT du Département 974). Pour elles, le PAT est levier opérationnel qui mobilise les compétences du territoire (collèges, action sociale, agriculture et eau) pour permettre l’accès de tous à une alimentation saine.

Cette logique de structuration globale se retrouve en Polynésie, avec le projet TAVIVAT. Eunice Chatelain et Margaux Perchet (Direction de l’Agriculture), coordonnent toute la chaîne de valeur avec un objectif clair : 25 % de féculents locaux dans les cantines scolaires d’ici 2030.

Comme résumé lors des échanges : « La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle s'organise ».

L’agrotransformation et la commande publique sont des accélérateurs puissants

Pour que le local devienne la norme, il faut lever les freins logistiques. L’agrotransformation permet de sécuriser l’offre, de créer de la valeur ajoutée et de faciliter l’introduction de produits vivriers (taro, igname, banane verte) dans les circuits courts.

De son côté, la commande publique s'impose comme levier stratégique. En Guyane, le projet Food Tour a permis de reconnecter directement les producteurs et les cantines scolaires. Loïc Sorin témoigne : « Ca a permis de débloquer les filières, comme pour la dachine produite ici mais souvent importée d’Asie ». Cet enseignement est majeur : les politiques publiques, quand elles sont audacieuses, peuvent court-circuiter les circuits longs, garantir des débouchés stables aux agriculteurs et des produits sains et locaux aux nouvelles générations.

Réparer ce qui a été brisé : une mission générationnelle

"Chaque génération a sa mission. Soit elle l'accepte, soit elle la trahit". En citant Frantz Fanon, Pamela Obertan donne une dimension historique et morale à l'engagement pour la souveraineté alimentaire. Notre mission, aujourd'hui, est de « réparer ce qui a été brisé » pour que les territoires d’Outre-mer soient plus résilients et que nos enfants mangent mieux. Les outils existent : lois climat, fonds européens, PAT, réseaux de vente directe. La pression citoyenne grandit et les jeunes s’engagent. La souveraineté alimentaire n’est plus une utopie : elle est en marche.

Et maintenant, on passe à l’action ? 

Pour aller plus loin et rejoindre la dynamique :

  • Regardez les replays de nos deux webinaires pour écouter l'intégralité des témoignages de Pamela Obertan (Université des Antilles, Monette Joëlle Marie-Louise (Anlot Jaden pou Limanité), Hélène David Benz et Anaïs Marignol (CIRAD), Eunice Châtelain et Margaux Perchet (Direction de l'Agriculture de Polynésie française), Murielle Chane et Justine Seusse (Département de La Réunion), Christiane Barbe et Loïc Sorin (Collectivité Territoriale de Guyane). Merci à elles et lui !
  • Webinaire - Comprendre les enjeux de souveraineté alimentaire
  • Webinaire - Fédérer les acteurs et structurer les filières

 

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