Papy hours : “On vieillit mieux avec des événements comme celui-là”

Papy hours : “On vieillit mieux avec des événements comme celui-là”

750 000 seniors vivent en situation de mort sociale en France. À Paris, des cafés de quartier lancent le “Papy Hours” pour recréer du lien dès 15h.
25 February 2026
4 minutes de lecture

Un après-midi de la Saint-Modeste, dans le 20e arrondissement parisien, le bar le Nouveau Magnolia a sorti une nouvelle carte, celle de la convivialité pour les seniors. De 15h à 17h, c’est désormais le Papy hours, un moment où les prix sont cassés et les liens restaurés.

“Qu’est-ce que je vous sers ?”  “Vous avez des boissons sans théine ?” “Et sans sucre ?” La jeune serveuse au sourire qui ne retombe jamais propose un rooibos pour toute la tablée. “Vous verrez, c’est bon c’est plein d’épices et ça n’empêche pas de dormir.” Dans le café de la rue des Pyrénées, en ce 24 février qui commence à sentir le printemps, une vingtaine de femmes (et une poignée d’hommes) sont venues pour l’inauguration du Papy hours. Ce projet, émanation de l’UNRPA, l’une des plus anciennes associations de personnes âgées de France, entend redonner vie aux cafés de quartier pendant les heures creuses en les transformant en lieux de convivialité ouverts aux seniors.

Certaines personnes ont vu une affiche dans leur centre social, d’autres sont membres d’associations locales et puis il y a toutes celles qui en ont entendu parler. Cet après-midi est un peu spécial, Laurent est venu ambiancer ces plus de 60 ans qui se connaissent parfois un peu, souvent pas du tout, avec son orgue de barbarie. Avant de lancer les premières notes, Coline, la gérante du lieu, vient dire un petit mot d’accueil pour inaugurer ce nouvel usage : “Ça me tient à cœur que cet espace vive toute la journée. Vous êtes chez vous.”

Rêves de comptoir

Laurent choisit une bobine dans sa caisse à partitions organiques et commence à mouliner. Au début, il sert à son auditoire des tubes des mariages des années 80 pour détendre l’atmosphère (la danse des canards, la Queuleuleu) et une fois que tout le monde a commencé à se sentir à la maison, enchaîne avec des classiques de la chanson réaliste. Quand La complainte de la Butte arrive, les langues se délient. Anita commence à dérouler sa jeunesse entre Pigalle et place Clichy quand elle est arrivée à Paris en 1962. “A 17 ans, je vendais du muguet rue Lepic”. La tablée parle Colette Renard, travail dans les ateliers de couture, du bon vieux temps où on savait s’amuser, du pavillon de la chanson française à la Villette, de Barbara, d’Anne Sylvestre… La discussion commence à prendre.

Alain qui est venu par la Maison du sport “j’ai vu une affiche, je me suis déplacé” rejoint la conversation : “Vous êtes un puits de science Anita”. Tous les deux se sont déjà croisés le mois dernier lors d’une sortie théâtre avec l’association la 20e chaise. “Vous vous souvenez, on était assis à côté ?” Oui, Alain et Anita se souviennent bien.

Alors on danse

Laurent pioche une nouvelle bobine “Si tu vas à Rio”. Albert, que tout le monde semble connaître, laisse sa timidité au vestiaire et se met à danser. Pendant ce temps-là, Hamidou Samake, délégué au maire du 20e en charge (entre autres) du lien intergénérationnel et des seniors, essaie de convaincre son invité d’aller chalouper aussi. Il faudra attendre LaureBa Moin En Ti Bo de la Compagnie créole pour qu’il se lève et embarque dans sa biguine deux nouvelles partenaires.

Avant j’allais au café avec mes amis, mais après le covid ça a changé. Mes amies sont parties habiter ailleurs.

“C’est fou à Paris, il y a 2 millions d’habitants et pourtant des milliers qui ne sortent jamais de chez eux, rappelle Hamidou. C’est pour cela que l’on soutient depuis toujours ce genre d’initiatives.” Faire en sorte que les seniors ne s’isolent surtout pas, tel est l’enjeu de ce dispositif accompagné par makesense. Avec la Résidence de l’Accessibilité, un projet porté avec la Mairie du 20e, l’objectif est de soutenir des initiatives autour du handicap et des personnes âgées. N-VIBE, Delta 7, Vocation Auxiliaire et Merci Julie ont mis leur énergie en commun pour soutenir cette initiative de l’UNRPA. “Aujourd’hui, l’isolement extrême des aînés explose, précise Clémence Picard, chargée des programmes Handicap & Bien-Vieillir chez makesense. Selon le dernier baromètre des Petits frères des pauvres, 750 000 personnes âgées sont aujourd’hui en situation de mort sociale, c’est-à-dire sans aucun lien avec leur famille, amis, voisins... Si rien n’est fait, ce chiffre pourrait dépasser le million d’ici 2030. Il est urgent d’agir.”

A 15h la solitude recule

Papy Hours, c’est avant tout un moyen de lutter contre la solitude : sortir de chez soi, retrouver des amis, créer de nouveaux liens, échanger autour d’un café ou participer à un événement organisé dans les lieux par les associations du quartier, peut-on lire sur le site de l'initiative. Ces temps partagés redonnent goût à la vie collective et favorisent le lien social dans le quotidien.” Aujourd’hui, on en est au tout début de l'aventure. Quatre bars du 20e arrondissement arborent sur leur devanture l’autocollant Papy hours, signe que tous les jours de la semaine de 15h à 17h, les seniors sont les bienvenus et ont accès  à des tarifs réduits.  “L’idée est de faire des émules pour qu’à chaque coin de rue, les bars proposent des papy hours,” explique Lucia De Cecco, directrice de l’UNRPA.

Hélène qui n’a pas loupé une seule inauguration se déplace pour le moment toute seule “je n’arrive jamais à faire venir mes copines, elles ont toujours un prétexte pour rester chez elles, c’est dommage, à ne pas sortir, elles vieillissent plus vite”. Jessie apprécie d’avoir des tarifs réduits : “c’est vraiment intéressant.” Pour Jeannine, “l’intérêt c’est de rencontrer des gens, avec l’âge on peut trop souvent rester seule.”

Le temps file vite quand on est en bonne compagnie. Il est 17h et Laurent propose de conclure avec La vie en rose. Quelques personnes rassemblent leurs affaires, remettent leur manteau. D’autres restent attablées avec leurs nouvelles connaissances du quartier. Le papy hours est terminé, les nouvelles relations ne font que commencer.

Nos âges heureux

On voudrait nous faire croire qu’il y a d’un côté les jeunes, les minots, les juniors et de l’autre les aînés, les seniors, les anciens et que tout ce petit monde n’a rien à voir ? Et si au contraire, les générations avaient mille choses à se dire et encore plus à faire ensemble ? Retrouvez plein de contenus et autant d’idées pour créer des ponts entre celles et ceux qui sont nés de la première ou de la dernière pluie. Le tout avec le soutien de Malakoff Humanis et de l'Assurance retraite Île-de-France.

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