Dans la famille « Oui, mais », je demande Tonton Ronger, fils de Mme « Réponse à tout », elle même cousine de Mr « Bah oui mais bon » : une grande lignée de professionnels de la pirouette argumentaire. Ils ont toujours une bonne raison bidon de faire ce qu’on les invite à ne plus faire. Et aujourd’hui, c’est au sujet de l’utilisation du plastique que toute cette belle brochette d’esprits vifs débat et se défend.
Désolée la famille, mais cette fois, on a des arguments pour vous clouer le bec. Allez allez, on tourne 7 fois sa langue dans sa bouche avant de sortir une énormité plus grosse que la production du plastique dans le monde - soit, 460 millions de tonnes/an. Oui, c’est beaucoup.
1. « C’est pratique »
L’argument n’est pas complètement faux, mais remettons les choses à leur place : le plastique n’est pratique que parce que le système dans lequel nous évoluons a été pensé pour lui. Les emballages individuels, le jetable, ce n’est pratique que parce qu’on ne nous a plus appris à réfléchir sans. Les êtres vivants, quels qu’ils soient, sont capables de s’adapter. Quand les sacs en plastique ont été supprimés des caisses, et après avoir râlé plusieurs semaines -nous sommes Français, ne l’oublions pas-, nous avons simplement accepté de prendre de nouvelles habitudes en apportant systématiquement nos propres cabas.
Les notions de pratique et de contraintes, finalement, c’est surtout une question d’habitude.
De plus, ce que le particulier juge « pratique » devient une charge pour les collectivités, les écosystèmes et les générations à venir. Le « pratique », c’est aussi toujours une question de point de vue.
2. « Ça coûte moins cher »
Sur le papier, le plastique est effectivement assez peu coûteux à la production, puisqu’il repose sur des dérivés du pétrole. Mais ça, c’est juste la facture hors taxes.
Si on y ajoute les coûts environnementaux, humains, et sanitaires, la facture est bien plus salée. Selon cette étude du WWF, le coût environnemental et sociétal du plastique est au moins 10 fois plus élevé que le prix payé par les producteurs. Je suis mauvaise en maths, mais je sais que « pas énormément » x 10 = beaucoup, finalement.
Au-delà de la production, le plastique est également coûteux pour les collectivités. Selon cet article de GreenPeace : « la collecte, le traitement et “l’élimination” des déchets ménagers coûtent 16 milliards d’euros par an ».
Notez également qu’on estime à 1 300 milliards d'euros les dépenses de santé dans le monde liées à l’exposition au plastique. Si vous vous demandez comment, l’étude publiée dans The Lancet, expliquant que près de 16 000 substances chimiques sont utilisées dans la production de plastique, et que plus de 35 000 décès par an seraient dus à l'exposition à ces composés chimiques, est un bon axe de compréhension.
3. « De toute façon tout le monde le fait »
À cet argument solide - non -, tous les grands-parents du monde ont le contre argument implacable : « et si tout le monde sautait d’un pont, tu le ferais aussi ? ». Traduisez : ce n’est pas parce que votre voisin le fait que c’est une bonne idée.
Si tout le monde réfléchit ainsi, et donc, que tout le monde le fait parce que tout le monde le fait, alors, vous savez quoi ? Bah tout le monde le fait. C’est le serpent qui se mord la queue parce que les autres serpents se mordent la queue.
L’argument de masse n’est pas le bon, surtout que l’utilisation du plastique de tout un chacun pèse un vrai poids dans la balance : selon l’ADEME, un Français consomme en moyenne 70kg de plastique par an. Imaginez, si vous deveniez le premier de la chaîne à arrêter. Et que demain, vos voisins et les voisins de vos voisins en fassent de même parce que « de toute façon, tout le monde arrête » ?
4. « Bah ça va, ça se recycle »
Alors oui, mais c’est loin d’être une réalité pour toutes les productions de plastique. À titre d’exemple, et selon le Ministère de la Transition Écologique, seulement 25,2% des emballages plastiques ont été recyclés en France, en 2022. Cette étude, elle, estime que moins de 10% des plastiques du monde sont issus de matières recyclées. C’est notamment dû au fait que les compositions des plastiques ne sont pas toujours recyclables, sans compter que dans la part de recyclable, il y a toujours des pertes.
Ajouter également à cela que le plastique recyclé est mieux que rien, mais qu’il est loin d’être parfait. Le retraitement des plastiques reste une source de pollution, les usines de recyclage libérant des microplastiques et des produits chimiques lors de la fragmentation des déchets. De plus, on manque de transparence sur les substances chimiques qui se retrouvent mélangées et associées entre elles, ce qui peut être dangereux pour la santé de l’Homme.
À la fin, la très grande majorité finit quand même en déchet, incinéré ou lâché dans l’environnement.
5. « Y’a pas tant de plastique dans la nature »
Ok, St Thomas qui ne croit que ce qu’il voit. Alors, ça va vous paraître complètement dingo mais la pollution n’est pas toujours sous nos yeux. Et quand bien même elle l’est, elle n’est pas pour autant toujours visible. Le plastique est capable de se dégrader en microparticules dès qu’on commence à l’utiliser : c’est dans sa nature même. À titre d’exemple, l’érosion des pneus libère 28% des microplastiques entrant dans l’environnement mondial.
6. « J’achète rien en full plastique »
Ça rejoint le point du dessus : mais le plastique n’est pas que là où on le voit.
Ouvrez votre garde-robe. Vous avez des vêtements en fibres synthétiques ? Eh bien… C’est un polluant plastique. Les vêtements en fibres synthétiques - soit 2/3 de la production textile mondiale rejettent des micro-plastiques dès le premier lavage. Selon l’Agence Européenne de l’environnement, entre 16% et 35% des microplastiques mondiaux rejetés dans les océans proviennent de ces textiles. Au-delà de ça, il est aujourd’hui très difficile de totalement le contourner : le plastique est partout.
7. « C’est plus léger à transporter »
Alors question bête à une affirmation qui l’est un peu aussi : plus léger que quoi ?
Effectivement, si vous pensez au tupp’ en plastique VS le tupp en verre pour votre lunch box, c’est un fait : le plastique est plus léger que le verre. En revanche, il existe plein d’autres alternatives qui se valent en termes de poids comme l’acier inoxydable, les sacs en tissus imperméabilisés ou les emballages réutilisables à base de cire d’abeille ou de cire végétale.
8. « Je n’achète que du plastique bio / végétal »
Et c’est tout à votre honneur d’entamer cette démarche qui sonne comme quelque chose de responsable, durable et engagé. Malheureusement, l’expression « plastique bio » (ou « plastique végétal ») est souvent utilisée comme un raccourci marketing pour vendre. En réalité, ces catégories englobent tout un tas de plastiques, dont ceux qui sont biosourcés mais non biodégradables ou ceux qui sont biodégradables mais dépendent de conditions industrielles très strictes et énergivores pour se décomposer.
Bien qu’alléchants ces plastiques prennent généralement autant de temps à se décomposer que les autres, voire même : nécessitent des infrastructures particulières pour se décomposer. Le meilleur plastique, c’est le même que le meilleur déchet : celui que l’on ne produit pas.
9. Ça n’est pas interdit
Certes, mais cet argument permet simplement de se cacher derrière un vide juridique ou des régulations partielles, ça n’annule absolument pas les conséquences du plastique sur l’environnement ou la santé. Si on passe par ce raisonnement, alors sachez qu’avant, l’amiante, le plomb dans l’essence, l’utilisation de pailles en plastiques par million, et tous ces autres objets référencés par ZeroWaste France, n’étaient pas non plus interdits. Est-ce que ça veut dire que ça ne causait aucun dégât ? Assurément, non.
10. « Le plastique, c’est fantastique »
Les pros plastiques ont un vilain défaut : ils aiment faire rimer ce mot avec tous les mélioratifs en « ique ». Pratique, magique,… Fantastique.
À cela, je rappellerais simplement que parmi les mots en « ique », on peut aussi citer « toxique », « chimique », « bactériologique ». Moins sympathique, n’est ce pas ?
Alors, Mr « Oui Mais », on continue à chercher des excuses, ou on essaie doucement de modifier ces petites habitudes ?
Source
- Étude WWF sur le coût environnemental & humain du plastique.
- Polytechnique-insights -Plastique et recyclage : une relation toxique ?
- Zerowastefrance - Synthèse des interdictions de produits jetables en vigueur en France
- WWF - Plastics the cost to society, the environment and the economy
- Ministère de la transition écologique - Stratégie nationale pour la réduction, le réemploi et le recyclage des emballages en plastique à usage unique (Stratégie 3R)
- Greenpeace - Le recyclage est-il un enfumage ?
- The Lancet Countdown on health and plastics
La vie de ma mer (sans plastique)
Devinette : combien de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans l’océan. Une paille ? Plutôt des milliards. À l’échelle de la planète, on estime que la quantité de plastique dans la grande bleue est comprise entre 75 à 199 millions de tonnes. Gloups.
Non seulement, tout ce petit monde aux relents de pétrole asphyxie la faune et la flore marine mais en plus s’échoue sur nos plages. On fait quoi ? On dit non au plastique et oui à l’océan préservé ? Suivez-nous.