Alenvi accompagne les personnes âgées en perte d’autonomie grâce à des services à domicile et, pour celles atteintes de la maladie d’Alzheimer, des maisons partagées. L’entreprise a également un organisme de formation pour les professionnels de santé, afin de réinventer et humaniser le secteur du care.
Humaniser le grand âge
Alenvi est né d’une volonté de redorer et humaniser un métier du soin souvent invisibilisé : celui d’auxiliaire de vie. En 2016, lorsque Clément quitte son poste chez Sodexo, il veut monter un projet avec une mission sociale centrale. En creusant le secteur du bien vieillir, il est stupéfait par les conditions de travail de certains auxiliaires. Souvent payés au Smic, 70 % d’entre eux sont contraints d’accepter un emploi à temps partiel. Leurs employeurs sont souvent des entreprises qui encadrent strictement les horaires, les directives en laissant très peu d’autonomie.
En 2016, accompagné de deux amis d’école, Guillaume Desnoes et Thibault de Saint Blancard, Clément se lance dans l’entrepreneuriat. Tous les trois partagent une même volonté : non seulement pallier aux mauvaises conditions de travail du métier d’auxiliaire mais surtout transformer en profondeur et de manière systémique le secteur pour remettre l’humain au cœur des métiers du lien.
“Nous voulons porter un regard joyeux sur le grand âge”, explique Clément. Une mission essentielle dans un secteur en tension, confronté à une crise démographique majeure avec un vieillissement de la population inévitable et à une baisse des moyens publics.
Comment faire bouger les choses en profondeur ? A travers des activités et un plaidoyer qui prouvent la robustesse de leur modèle et embarquent un maximum d’acteurs.
Comment on fait ?
Pour proposer des nouveaux services et diffuser leur méthode, Alenvi s’est structuré autour de trois activités complémentaires :
- L’accompagnement à domicile de 300 personnes âgées en Île-de-France, assuré par des équipes autonomes d’auxiliaires de vie en CDI, formées à la communication non-violente et au feedback, avec une gouvernance partagée et une réflexion continue sur la qualité du travail.
- Des colocations pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, proposées en alternatives non médicalisées aux EHPAD, où la co-responsabilité avec les familles, les professionnels de santé et les équipes crée un modèle plus flexible et vivant.
- Une école de formation, Compani, qui accompagne d’autres acteurs du médico-social à faire évoluer leurs pratiques autour des dimensions humaines : gestion des émotions, posture professionnelle, dialogue avec les familles...
Concrètement, ça donne quoi ? D’abord, un environnement de travail plus sain. Les équipes sont soudées, avec des feedbacks réguliers et une parole partagée. Le taux d’absentéisme est deux fois plus faible que la moyenne du secteur (5 à 6 % contre 15 %), grâce au travail en binôme et au soutien mutuel.
Les auxiliaires rejoignent également une dynamique collective pour contribuer à transformer leur secteur d’activité. Ils multiplient prises de parole sectorielles. Et un sentiment d’appartenance à l’entreprise Alenvi, qui se lance elle-même dans une démarche de plaidoyer qui a fait bouger les lignes du secteur pour rendre le service à domicile plus robuste dans ses propositions, sa formation, sa vision.
Leur infusion de choix : saveur plaidoyer
Pour lancer une dynamique de plaidoyer pour revaloriser et humaniser les métiers du soin, Clément a réuni cinq partenaires pour co-créer la coalition "L’Humain d’abord". Les dirigeants et dirigeantes de l’Atelier 48, Soignons Humain, Autonhome Vivat et Alenvi s’y retrouvent pour transformer le secteur sanitaire et social à travers quatre leviers : la formation des professionnels, la formalisation d’un cadre favorisant l’autonomie, un récit commun pour changer la vision interne de ces métiers et une programmation pour faire évoluer la culture collective autour du soin.
Résultat : plus de 100 autres organisations ont rejoint la coalition, créant un mouvement unifié et influent. En s’inspirant des logiques de coopération, balayant celle de la compétition, L’Humain d’abord a misé sur des échanges de bonnes pratiques et la formation. Et ça marche ! Les pratiques internes du secteur évoluent et un réel changement culturel s’accélère dans la perception des services à la personne.
Dans cette même volonté d’harmoniser et de fédérer cet impact, Clément Saint Olive a lancé au sein de cette coalition un nouvel outil de mesure : l’Indice d’Alignement Humain. Cet outil open source mesure l’alignement entre le cadre de travail des auxiliaires de vie (notamment dans l’aide à domicile) et la nature humaine de leur métier. Fruit de nombreuses recherches en psychologie et en sociologie sur le métier d’auxiliaire de vie et sur le secteur, l’indice se mesure via un questionnaire de 36 questions sur le ressenti des auxiliaires de vie. Les employeurs ont ainsi une lecture concrète des besoins d’évolution, adaptation et transformation des pratiques professionnelles.
Pour diffuser la méthodologie et la vision, Alenvi prend aussi la plume. En 2021, les trois fondateurs publient “La société du lien – La révolution du comment”, un ouvrage qui raconte leur expérience d’entrepreneurs et leurs convictions sur la transformation indispensable des métiers du soin. Comment gouverner autrement ? Comment prendre soin autrement ? Comment faire de la manière de faire un levier de transformation ?
En 2025, ils récidivent avec “Bonjour vieillesse”, un livre choral qui mêle récits vécus et visions pour le 3ème âge. À l’ère du vieillissement démographique, quand la prise en charge était une réponse avant tout matérielle et sanitaire, on cherche désormais à bien vieillir, vraiment et collectivement. Un plaidoyer feel good pour revaloriser les vieux jours… et ceux qui les accompagnent.
Les conseils de Clément à l’entrepreneur·se en devenir :
- Travaille tes relations avant tes process. La qualité des relations humaines, notamment avec ses associé·es ou ses collègues, prime sur tout le reste. C’est ce qui permet à un projet de durer.
- Pose-toi les bonnes questions dès le départ : Comment ai-je envie de travailler ? Qu’est-ce qui me fait vibrer ? Qu’est-ce que j’ai à dire ? Si l’on n’a rien à dire, il faut peut-être revoir sa direction.
- Entretiens la joie. Même dans des secteurs perçus comme durs, cultiver la joie est un moteur puissant. C’est elle qui donne envie d’avancer, de se retrouver et de continuer à faire ensemble.
Pour aller plus loin
- Reinventing Organizations – Frédéric Laloux
- Wonder – R.J. Palacio
- Les Esprits Libres – Bertrand Hagenmüller
- La reco vivante de Clément : “Aller en forêt en fin de journée. Observer les animaux. Ralentir.”
Cet article a été conçu avec le soutien de la Fondation Entreprendre dans le cadre de la transformation de l'incubateur makesense vers un modèle d'accompagnement d'entrepreneuriat 100% vivant.