Dans un monde où la numérisation s’accélère et devient la norme, celles et ceux qui ne maîtrisent pas l’outil informatique rencontrent des difficultés. Des initiatives existent pour limiter cette fracture numérique et permettre à tous et à toutes d'accéder à nos droits élémentaires.
Recherche de travail, démarches administratives, rendez-vous médicaux, voire même connexion et lien social… Tout ou presque se fait aujourd’hui via internet et demande un minimum de compétences informatiques. Si ces compétences paraissent évidentes à de nombreux membres des dernières générations, les seniors qui n’ont pas grandi avec cet avènement du numérique n’y sont pas tous acclimatés. De même, des personnes ayant de faibles revenus peuvent rencontrer des difficultés liées au coût des ordinateurs ou abonnements leur limitant l’accès au numérique.
Ainsi, d’après les chiffres publiés par l’Insee, environ 15 % des personnes de plus de 15 ans seraient atteintes d’illectronisme, l’équivalent de l’illettrisme appliqué à l’informatique. Parmi elles, une grande majorité de personnes de plus de 60 ans (plus de 80 % des personnes atteintes d’illectronisme), mais également des personnes d’autres tranches d’âge, limitées dans leur apprentissage et leurs usages par le coût du numérique. De plus, l’Insee relève qu’en plus des personnes en situation d’illectronisme, 30,3 % de la population a des compétences numériques faibles. Différentes initiatives ont été créées pour lutter contre cette exclusion numérique et permettre à tous de développer ses compétences en la matière.
La plateforme pédagogique lesbonclics par WeTechCare
WeTechCare, une association créée pour améliorer la situation des personnes fragiles par le numérique a créé lesbonclics, une plateforme pédagogique gratuite pour accompagner les publics vers l’autonomie à l’ère du numérique. De nombreuses ressources sont ainsi accessibles sur la plateforme, à destination des « aidants numériques », acteurs qui souhaitent accompagner leurs publics sur le numérique (associations, collectivités ou autres organismes). Parmi ces ressources : des programmes de formation complets (« Découvrir son ordinateur », « Envoyer un mail »), des parcours d’apprentissage progressifs détaillés ou encore des animations collectives (webinaires, classes collectives…).
À Villeurbanne, un droit au non-numérique expérimenté
À Villeurbanne, aux abords de Lyon, le sujet est politique. La ville a décidé en 2023 de faire bénéficier à ses administrés d’un « droit au non-numérique ». Toutes les démarches en lien avec la ville peuvent ainsi être faites autrement qu’en ligne, physiquement via un guichet ou par téléphone. Une mesure intéressante pour une ville touchée par la pauvreté, l’un des facteurs contribuant à l’illectronisme. L’observatoire métropolitain des inégalités en partenariat avec la ville de Lyon a publié en avril 2025 un rapport pour évaluer l’opportunité d’instaurer un droit au non-numérique pour les démarches administratives. L’organisme a conclu à l’importance de cette mise en place pour garantir une égalité d’accès aux services publics et souligné la volonté des habitants interrogés de pouvoir avoir recours à une alternative au numérique.
Le « Trophée des seniors », organisé par Silver Geek
Le collectif Silver Geek fondé il y a plus de dix ans développe diverses initiatives à destination des personnes âgées (les plus touchées par l'illectronisme) pour réduire la fracture numérique. Parmi elles, l’organisation du « Trophée des seniors », une compétition annuelle de E-sport (compétitions de jeux vidéo) amateure à destination des plus de 60 ans ou encore des ateliers de « Silver Cosplay » pour faire découvrir et pratiquer le cosplay (pratique consistant à incarner un personnage de manga, de film d'animation ou de jeu vidéo) aux seniors, afin de créer du lien aussi intergénérationnel. Aux côtés de ces initiatives très originales, l’association organise aussi des ateliers numériques ludiques et propose des contenus pour s’initier au numérique.
L’accompagnement d’Emmaüs Connect
L’association agit pour lutter contre l’exclusion numérique et sociale via des espaces fixes ou itinérants de solidarité au sein desquels les personnes qui en ont le besoin peuvent être reçues. Elles peuvent passer un « diagnostic solidaire » pour connaitre leur degré de connaissance des outils numériques, et suivre ensuite un parcours d’apprentissage personnalisé. Emmaüs Connect propose également du matériel reconditionné à bas prix (téléphones, ordinateurs portables…) et des recharges prépayées téléphonie et internet à prix solidaire.
Le programme « Territoires Zéro Exclusion Numérique », contre la précarité numérique dans la santé
Ce programme initié par la Croix Rouge depuis 2021 a pour but également de lutter contre l’exclusion numérique. Certaines éditions sont orientées vers le domaine de la santé, où les outils numériques sont de plus en plus présents même pour une simple prise de rendez-vous. Le développement d’applications connectées dans la santé augmente aussi la fracture numérique. La Croix Rouge propose ainsi des ateliers collectifs, des rendez-vous individuels et de l’accès à des points numériques dans des unités locales et via des dispositifs mobiles.
La formation en ligne sur pix.fr
Les services de l’État ont créé en 2016 le site pix.fr pour permettre aux utilisateurs de monter en compétences dans le domaine du numérique gratuitement. Il s’adresse donc à un public ayant un minimum de connaissances et leur permet d’évaluer leur niveau de compétences dans le numérique. Des certifications sont ensuite disponibles applicables à diverses compétences (gérer ses données, communication, sécurité…).
Les ateliers d’éducation au numérique pour les « Petits débrouillards »
Parmi d’autres types d’ateliers, l’association les « Petits débrouillards » organise pour les enfants des ateliers d’éducation au numérique avec en ligne de mire l’objectif de donner un égal accès à ces technologies. Parmi les thématiques traitées : l’éducation au code, la fabrication numérique (impression 3D, modélisation…), les objets connectés, la production de contenus, la compréhension des risques et enjeux des réseaux sociaux ou encore l’éducation aux médias.