Finally something good (Enfin une bonne nouvelle), voilà le titre de la nouvelle exposition de Stefan Sagmeister à la Gaîté Lyrique qui montre l’évolution positive du monde et nous interroge sur notre capacité à être optimiste.
Quelques heures avant le début de son exposition Finally something good à la Gaîté Lyrique, l’artiste autrichien Stefan Sagmeister, se promène dans l’espace un feutre à main pour encore ajouter quelques mots sur les murs. “Je ne parle pas du tout français, je dois regarder les traductions lettre après lettre pour ne pas me tromper.” À côté de chacune de ses œuvres, le designer écrit un commentaire, une explication, une interrogation. Il y a des ratures, des lettres ajoutées, quelques coquilles qui traînent encore, autant d’illustrations de sa pratique singulière qui brouille les frontières entre le design, l’art et ses réflexions personnelles.
C’était pas mieux avant
Le 15 octobre 2026, l’exposition est fin prête. Sagmeister a sorti la veste et les chaussures en croco (comprendre vertes avec des semelles rouges et blanches en dents de reptile) pour l’inauguration. Les premiers fans et curieux affluent. Dans le parcours de l’exposition qui s’étend sur deux étages et une centaine d’œuvres, le public découvre l’histoire que le designer a choisi de leur conter, statistiques de l’ONU et de la Banque mondiale à l’appui : le monde s’améliore et il est temps de le dire.
On croise ici cinq statues calcinées pour montrer les réductions des émissions de CO₂ que l’on peut obtenir grâce à différentes stratégies d'économie d'énergie. Là, des tableaux de famille revisités avec des formes géographiques en peinture laquée pour donner des infos sur l’évolution de la santé, des médias, de l’alimentation, de la migration… Plus loin, une installation sonore et visuelle pour montrer le nombre d’heures travaillées pour obtenir l'équivalent d'une heure de lumière produite par une ampoule de 100 watts (58 heures à l'époque préhistorique, un dixième de seconde aujourd’hui).
Ailleurs, un panneau de plus de mille fraises montre l’évolution de nos démocraties : il y en avait une seule en 1823, il y en a 96 en 2023. "Celles qui représentent les années les plus récentes le sont par de vraies fraises, explique l’artiste internationalement reconnu. Elles pourrissent pendant l'exposition et sont remplacées, car les dernières années ont marqué un véritable recul de la démocratie libérale. Sur le long terme, la démocratie progresse et sa trajectoire actuelle est fragile ; ces deux affirmations sont vraies simultanément."
"Nous avons besoin d'encouragements, mais d'un genre particulier. Non pas des paroles mièvres pour adoucir le journal de 20h, mais la preuve que des problèmes comme les nôtres ont déjà été résolus par le passé.”
Pour chaque œuvre, les échelles de temps diffèrent, les approches aussi. Il faut souvent se rapprocher du mur pour avoir la source des chiffres, parfois se baisser pour repérer une œuvre près du sol ou au contraire lever les yeux pour découvrir qu’une sortie de secours est aussi une donnée. Si l’approche de Sagmeister s’appuie sur des chiffres reconnus, elle reste avant tout artistique, avec un parti pris positif (on peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres). “Je pense que la beauté et les données, rarement réunies, sont ensemble d’une force plus dévastatrice que chacune prise séparément”, explique celui qui, au cours de sa carrière, a collaboré avec Lou Reed, David Byrne, Mick Jagger ou encore Brian Eno…
“Cette exposition, totalement inédite au regard de l’ampleur qu’elle prend dans les murs de la Gaîté Lyrique, est pensée comme un antidote au vieil adage « c’était mieux avant », rapporte le commissaire de l’exposition Vincent Cavaroc. En prenant appui sur plus d’un siècle de données qui documentent les transformations de notre société, Stefan Sagmeister convoque le temps long pour prendre du recul sur le catastrophisme ambiant et ainsi mesurer le chemin parcouru par l’humanité. Un temps long qui ne doit pas masquer les dérives du présent, mais guider nos actions de demain.” En somme, s’appuyer sur les bonnes nouvelles pour donner envie d’agir.
C’est dans cet esprit que tout le dispositif de médiation pour les jeunes a été conçu par makesense, pour passer de l’expo à l’action. Une carte pour se balader dans l’exposition permet, grâce à une courbe topographique des émotions de repérer son sujet de cœur, et grâce à un quiz de choisir son terrain de prédilection. Un site paumé·es dans mon monde idéal donne plein d’infos et de pistes d’action. “Dès qu’on commence à agir, l’espoir est partout”, rappelait il y a quelques années l’activiste Greta Thunberg.
De l’élan pour aller de l’avant
Dans l'exposition, les visiteurs sont invités à choisir entre deux portes marquées « optimiste » et « pessimiste » à l’entrée, puis de nouveau à la sortie. “C'est un outil rudimentaire, mais qui apporte un résultat concret, conclut le designer. Si le décompte de sortie penche un peu plus vers l'optimisme, ne pensons pas que ces visiteurs soient pour autant, rassurés. On leur aura rappelé que le monde pour lequel ils s'inquiètent a été construit et réparé par des gens qui pensaient qu'il en valait la peine.”
Enfin une bonne nouvelle !
Finally something good, voilà le titre de la nouvelle exposition de la Gaîté Lyrique pour regarder le monde du côté de ce qui avance. 13 ans après The Happy Show, Stefan Sagmeister, le designer culte des pochettes de Lou Reed, des Rolling Stones, Jay-Z et revient avec une exposition pensée comme « un antidote au vieil adage "c'était mieux avant" ». Chiffres à l'appui, il démontre que l'humanité avance plus qu'on ne le croit, et que mesurer ce chemin parcouru, sans nier les combats du présent, c'est déjà changer de regard.