On meurt d’envie que le racisme, l’absence de démocratie ou les violences conjugales disparaissent d’un coup, honteusement emprunt d’un monde si lointain. Si nous n’en sommes pas (encore) là, listons tout de même ces modes à bout de souffle qui peu à peu s’éteignent pour laisser place à des pratiques a priori plus heureuses pour une humanité qui ne cherche que ça, être heureuse.
L'alcool
Artus, Roman Frayssinet, Gad Elmaleh et d'autres voix qui portent ont ces dernières années commencé à parler de leur alcoolisme passé et surtout de la surprenante décision qu'ils ont prise un jour : l'arrêt radical. S'il y a encore quelques décennies boire était un des critères phares pour crâner devant les copains “c’est moi le plus fou fou de la bande nananère” aujourd'hui c'est plutôt l'inverse qui semble en passe de gonfler la coolitude d'un humain. Avant on buvait pour faire son intéressant, maintenant on intéresse si on ne boit pas. Ce qui semble être, pour la santé des futures générations, une excellente nouvelle. N’en parlez pas à votre médecin, il sera d’accord.
Le smartphone
Une enquête Ifop de 2024, intitulée "Les Français et l’addiction au numérique" révèle que 40 % des personnes âgées de plus de 65 ans se disent dépendantes de leur smartphone. Et Philosophie magazine s'est intéressé au phénomène il y a quelques mois ici. Il semblerait que les photos-tout-de-suite, notifs-partout, emoji-pendant-le-repas, je-prends-mon-Iphone-au-cas-où, maman-tu-m'écoutes-ou-quoi soit un phénomène qui contribue à convaincre les générations les plus fraîches que la déconnexion est désirable. Remercions donc les seniors de leurs excès (sûrement liés à l'euphorie d'une retraite tant attendue) qui par effet de distorsion alimentent la tendance sobriété-numérique à venir. Allez checker la tendance des Dumbphones.
JamesBond
Vous conviendrez que sur ce point, les deux tendances sont au coude-à-coude. Mais comme les paroles contribuent à forger le réel prenons le parti de formuler la déclaration suivante : le mythe d'une masculinité écrasante, insensible, intouchable et violente est en train de vaciller. En classe de cinquième dans les années 2000, on entendait ceci : "Le nouveau est trop sympa, en plus il est très musclé" - mais n'est-ce pas en 2026 sur le point de se métamorphoser en cela : "le nouveau est trop sympa et en plus il pleure souvent" ? On va dire que si. C'est pour bientôt, allez, séchez vos larmes.
Le cynisme
Au début ils (gardons le masculin ici, si cela nous dérange pas) nous faisaient forte impression, ils paraissaient plus intelligents que les autres, plus éclairés. Il y a quelques temps encore, les cyniques avaient un coup d'avance et en soirée on n'entendait qu'eux donner leur avis. Parler d'espoir ou d'envie de faire un truc devant eux était donner le bâton pour se faire battre. Il y avait leurs blagues, leurs déclarations et le reste à côté paraissait dérisoire, ridicule.
Et puis ces temps-ci, il semble que la tendance au cynisme soit en perte de vitesse. Que l'urgence est telle que nous n’avons plus le luxe du cynisme. Remède numéro 1 à ce mal : l’humilité. Est-on humbles ? Pas le choix non plus.
Les méchants
Puisqu'on est lancé sur les humains-mauvaise-ambiance, l'autre bonne nouvelle c'est que les méchants, c'est presque fini. Souvenez-vous : on en avait ressenti les premières secousses lorsque Karim Leklou César du meilleur acteur pour Le Roman de Jim l'année dernière dédiait sa récompense à tous les gentils. Aujourd'hui en 2026, après 2 années à coup d'irrespirables Trump et autres vrais méchants, il semble que les gentils, les mous et autres timides soient en passe d'être les nouvelles stars de notre monde. Une seule hâte : l'avènement d'un paquet de N'golo Kanté dans le monde politique et ailleurs (si vous n’avez pas la ref footballistique : N’golo il est trop fort mais on l’entend jamais. Et c’est pour ça que tout le monde l’aime. Pile ce que sera notre prochain ou prochaine présidente ?)
Ringardos
Prononcer le mot “ringardos” est en train de devenir ringard selon un sondage.
L'uniforme
On ne parle pas de l'ensemble bleu impeccable de votre fils, là-dessus on vous laisse débattre avec l'école et le corps enseignant, car ceci ne nous regarde pas (quoique). Non c'est bien l'uniforme au sens large, au sens d’uniformité, le tout-pareil-partout que la mondialisation a gentiment ancré dans nos têtes qui est en train de se casser la goule (expression qui reviendra tôt au tard en force, elle aussi). Petit à petit, nos esprits embrumés et fatigués par la répétition apprennent à traquer le bizarre, l'étonnant, l'audacieux qui sort du rang. Créer ne sera bientôt plus “être meilleur que les autres” mais bien “être complètement soi, autre au milieu des autres”.
Cabrel
Attention c'était un PIÈGE. Francis n'est et ne sera JAMAIS ringard. Jamais, vous nous entendez ?
Ce n'est pas un scoop, facebook n'est plus The Place to Be pour la Gen Z (elle ne l'a d'ailleurs jamais été). Poussons maintenant le raisonnement un peu plus loin. Facebook, c'est meta, meta c'est méchant (voir point n°5) et ce serait une excellente nouvelle de constater que la ringardise qui a fait décrocher petit à petit les plus jeunes de cette plateforme contamine les suivantes : insta, Tik Tok et toutes les autres. Et si le "réseau social" sur écran devenait dans son concept même ringard ? On prend les paris.
Le non-vivant
Avant, plus ta voiture était belle, plus ça jasait d'admiration dans le quartier. Avant, plus ton t-shirt était neuf, plus on t'enviait. Avant, plus ton sandwich triangle sorti devant l'écran était emballé, plus on pensait que t'étais un business-man sérieux. Maintenant, il y a Beyoncé, mégastar qui se rend à son concert à vélo, Zaho de Sagazan qui s'habille en fripes et Corentin de Chatelperron qui transforme le low tech en nouvel eldorado. Polluer et se soumettre aux mitraillettes publicitaires, c'est clairement devenu tout pourri.
L'IA
QUOI ? Là c'est un peu fort de café comme disent les ringards. Oui nous sommes bien en train de parler du phénomène IA, THE invention, LA pépite de notre humanité, celle qui est en train de tout bouleverser. Nous vous l'affirmons haut et fort, ce truc-là va devenir ringard aussi vite qu'il est arrivé. Sa vitesse de ringardisation sera plus rapide encore que les réponses toutes belles qu’elle vous propose chaque jour.
Voyez vous-même : une amie vous fait écouter cette musique de Cascada dont elle raffole. Vous lui révélez que ce son n'a pas été créé par Cascada mais par un ordinateur. Sa première réaction est lasse, déprimée, sidérée. Et c'est la suite qui nous intéresse. Seul moyen d'écouter Cascada et d'être sûr que c'est bien une voix humaine, imparfaite et créative qui s'égosille : se rendre à un concert. Se tenir debout dans la fosse d’une salle de concert. Suer à grosses gouttes à côté d’un autre suant inconnu. Fuir l'absurdité du monde-écran et ses fumées opaques pour retrouver la simplicité tellement rassurante du réel.