L’avalanche

L’avalanche

Nos lecteurs et lectrices sont formidables. On leur a demandé de nous prêter leur plume. Ils et elles l’ont fait. Bienvenue dans les pages d’Éléonore.
15 July 2026
2 minutes de lecture

Le vent souffle du haut de la montagne. La neige est fraîche. Elle brûle. Sa peau, ses yeux, ses poumons emplis de cet air glacial. Elle a encore oublié ses lunettes. L’âge, sans doute. Ou l’éternelle tête en l’air. Je l’observe depuis des années et une seule conclusion s’impose : elle a des cases en trop... Ça déborde ! 

Elle enfonce ses bottes chaudes dans une fine poudreuse. Pas après pas. Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit. Son regard scrutant la ligne lointaine de l’existence. Visiblement, le temps est long. Allongée, elle décide qu’une manœuvre d’enfant lui fera rejoindre plus vite le bas de la montagne. La voilà roulant, ses cris de joie illuminant la solitude du paysage. Des cases en trop disais-je. Jusqu’à ce que le son de la montagne se craquelle. Le son d’un mauvais présage. Il est suivi d’un tremblement, d’un nuage, d’une avalanche. Une avalanche. Elle va… Il faut… Engloutie. Non. Quel est ce silence ? Un humain peut-il… Impossible. Certainement pas. Son histoire s’achève ici. 

J’ai écouté son dernier rire. Immédiatement, une lumière visible des uniques cieux s’éclipse de la neige. L’âme s’élève vers le prochain chapitre de sa vie : la mort. Au-dessus du monticule qui a eu raison d’elle, ses yeux sourient. Ils sourient ? Elle essaye d’attraper la neige mais ses mains la traversent. Prenant une grande inspiration, elle provoque une petite brise entre les particules glacées. Son air émerveillé contraste avec la douleur ayant figé mon esprit à l’instant. Elle monte. Un mètre après l’autre. Il en reste tant. Elle semble savourer toute la complexité du paysage. Toute sa poésie. Elle ne se débat pas, comme le font souvent les âmes accidentées. Elle joue. Avec les courants d’air, les oiseaux, les nuages. Ce que ses mains essayent vainement de saisir. Elle a compris, je crois. 


Si, ça y est, elle recommence. L’oiseau a été perturbé par ce souffle sur son ventre. Elle arrive. S’il me restait un coeur, il se serrerait. Il se serrerait d’autant plus qu’elle flotte vers moi. “ Oh, c’était vous ? C’était vous qui m’observiez depuis toutes ces années ? Je sentais la chaleur de votre regard. Dites-moi, comment je peux fabriquer un nuage ?”

Texte proposé par notre super lectrice @troisiemessai.

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