Changer le monde plat à plat, voilà l’idée lumineuse de L’école comestible qui s’invite dans les écoles pour faire comprendre aux enfants, les mains dans l’assiette, les enjeux d’une alimentation juste et bonne.
Il y a des jours où tu te verrais bien retomber en enfance. Moi par exemple devant ces tomates du fin fond de l’Espagne, insipides et même pas mûres. J’adorerais retourner en primaire pour reprendre mon assiette à zéro, pour que ma classe fasse partie du programme de L’école comestible. Je pourrais jardiner dans le potager de mon établissement, avoir des maraîchers, des cheffes, des amoureux de la bonne bouffe qui viennent raconter leur passion en cours. J’apprendrais à cuisiner tout un tas de légumes oubliés et à les dresser comme dans les plus grands restaurants. Mieux encore, je pourrais tremper mes doigts dans la sauce, mettre mes mains dans la terre et sauter à pieds joints dans le développement durable et désirable. J’aurais 7 ans, tout comme l’association L’école comestible qui vient tout juste d’atteindre l’âge de raison.
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En 2019, l’idée a germé dans la tête de Camille Labro, journaliste culinaire au Monde, tombée dans la marmite de la gastronomie durable avec sa mère et très proche d’Alice Waters qui a développé en Californie “Edible Schoolyard Project” en 1995, une initiative qui a essaimé dans le monde entier et dont L'école comestible s’est largement inspirée.
Cuisiner le monde
“Nous sommes convaincu.es que l'on peut changer le monde par la manière dont on mange, et que tout commence dès l'enfance,” rappelle Camille qui a commencé par tester son projet dans l’école de ses enfants dans le 11e arrondissement parisien. L’idée est de faire entrer dans les classes toutes les étapes de l’acte nourricier, de la terre à l’assiette en passant par les semences, le compost, la table, la nutrition et l’histoire de l'alimentation pour que les enfants deviennent acteurs de leur alimentation. "Éduquer les enfants à mieux manger, c'est aussi leur apprendre à prendre soin d'eux-mêmes, des autres et de leur environnement, tout en se régalant, poursuit la fondatrice. C'est une démarche écologique, humaine, vertueuse et délicieuse."
Le programme rassemble des bénévoles, des salariés, des maraîchers, des cheffes, des nutritionnistes, tous animés par la même conviction : bien manger, ça s'apprend tôt. Ensemble, ils composent et proposent aux écoles un parcours d’ateliers, de 4 à 6 par classe assorti de sorties à la ferme, dans les arrières cuisines, chez les artisans pour faire découvrir ce monde nourricier.
À L’école comestible, les programmes durent de 1 à 3 ans pour éviter le saupoudrage d’informations et faire de ces ateliers des creusets d’expériences qui marquent les enfants pour toute la vie. La formule de base, entrée-plat-dessert est composée de trois ateliers : la cagette de saison, goûts et sens, de la graine au légume. Viennent ensuite s’ajouter des ateliers optionnels, cerises sur le gâteau éducatif : pain et pasta, attention fermentation, happy anti-gaspi, recettes d'ici et d’ailleurs… Et puis, lorsque c’est possible, l’association accompagne la création et l’entretien de jardins pédagogiques dans l’établissement.
Marmots marmitons
Il faut voir les enfants enfiler leur tablier, découper avec des couteaux de grands les légumes, suivre une recette, touiller, goûter, sentir et déguster. Les plantes aromatiques cultivées dans la cour de leur école deviennent leurs meilleures amies, ils en prennent soin, leur parlent, les regardent grandir. Il y a de la joie, de l’envie, du goût et du plaisir, tous les ingrédients pour que l’expérience soit réussie.
Pas étonnant qu’en 7 ans, la mayonnaise ait largement pris et que le projet se soit développé partout en France. Aujourd’hui, L’école comestible c’est 50 000 enfants sensibilisés, 415 écoles impliquées, 1000 enseignants embarqués, 350 bénévoles actifs, 7000 ateliers dispensés… Demain, ce sera beaucoup plus. “Pour que l’alimentation entre dans les programmes scolaires, on transmet notre pédagogie aux enseignants, explique Jossie Randriamiandrisoa, responsable réseau de l’association. La première année, les enseignants sont accompagnés par les membres de L’école comestible, l’année suivante ils sont autonomes.” Les agents territoriaux, les responsables de cantines, le personnel périscolaire, les élus sont eux aussi embarqués dans des formations de l’association pour démultiplier la démarche. Car Camille et son équipe voit grand. En 2030, l’objectif est d’avoir touché 100 000 élèves.
Quand on est un restaurant, la reconnaissance se compte en étoiles. À L’école comestible aussi, elles brillent dans les yeux des enfants. “On est heureux lorsqu’ils nous disent qu'ils ont changé de regard sur les légumes, qu’ils cuisinent désormais avec leur parents, raconte Jossie. Mais aussi lorsque les enseignants nous rapportent que les enfants s'épanouissent pendant les ateliers et développent leur confiance en eux, leur esprit de coopération et leur curiosité.”
“ En apprenant aux enfants à cuisiner, nous leur donnons le sens du collectif, mais aussi de la créativité et de la singularité, explique le manifeste de l’association. En développant le partage de semences, de techniques culinaires et potagères entre les familles, nous aidons à fortifier le lien social, la solidarité, la confiance, la souveraineté alimentaire et la lutte contre la précarité. En apprenant à mieux manger, à la cantine comme à la maison, nous réenchantons l’expérience du repas et contribuons à améliorer la santé et réparer la fracture sociale.”
Liberté, égalité, fraternité : à table !
Enfilez votre tablier, rejoignez L’école comestible
“Nous avons toujours besoin de bénévoles pour réaliser les ateliers en école et les sorties, en assistant nos référentes animatrices dans l'encadrement des groupes d'enfants, explique Jossie. Sans cela, la qualité pédagogique des ateliers ne serait pas assurée. Donc nous lançons un appel à bénévoles à partir de la rentrée 2026 en les invitant à s'inscrire sur notre site internet.” A bon entendeur, c’est par ici : www.ecolecomestible.org