Ils transforment les algues vertes en planches de surf, le mycélium et les déchets laitiers en emballages, la fibre de lin en structure de bateau, repensent les produits pour débouter les emballages... Rencontre avec une génération créative et déterminée à court-circuiter les plastiques.
Pour surfer sans plastique, il y a du pain sur la planche
En 2019, Jérémy Lucas surfe dans un coin où prolifèrent des algues vertes. Il boit la tasse, s'intoxique.... et se questionne : « J’ai eu une espèce de petit déclic. Que peut-on faire de ces algues ? On va en faire un matériau. » Il fonde alors Paradoxal Surfboard. Objectif : passer de planches de surf ultra polluantes, toxiques, non recyclables et produites à l’autre bout de la planète (notamment en Thaïlande et Chine), à des planches produites en Bretagne, et en partie biosourcées : en complément de polymères thermoplastiques, il alimente en effet son imprimante 3D de fils issus d’algues vertes bretonnes et de sargasses de Martinique. Les résines et une partie de la planche restent pétrochimiques, mais la substitution du reste réduit l'impact, et les algues vertes prélevées ne manqueront à personne.
Dans le même esprit, Wyve fabrique des planches à Anglet, et bio-source 70 % des matériaux, avec notamment du PLA issu d’amidon de maïs ou de canne à sucre. Comparé à la fabrication d’une planche traditionnelle en polyuréthane, cela réduit les émissions de gaz à effet de serre de 40 %.
Emballages sans plastique : spore mais possible
Avec le mycélium, Luc Jacquet propose une alternative au polystyrène expansé (vous les voyez, les barquettes de viande, saumon, kebab,... ?!). Le dirigeant-fondateur de Permafungi allie cette partie filamenteuse et blanche du champignon à des déchets de bois (sciure et copeaux) locaux. Le mycélium les colonise et digère. Dix jours de séchage et moulage plus tard, un emballage compact, ultra léger, doux, imperméable, résistant au feu et entièrement compostable est obtenu. Ça tombe bien : à partir de 2030, les emballages d’origine non circulaires seront interdits en Europe.
La solution est dans le (vraiment) soluble
Si on continue de secouer le plastic, on tombe sur l’anagramme Lactips, nom de l’entreprise co-fondée par l’enseignant-chercheur Frédéric Prochazka. Lui, c’est la caséine du lait qu’il utilise avec des additifs végétaux (non révélés) pour fabriquer un plastique hydrosoluble, comestible et 100% biodégradable, que ce soit dans un sol, un tas de compost, de l’eau douce ou de mer. Capsules de détergent, films agricoles, sachets de tisane hydrosolubles, barrière imperméabilisant le papier, les multiples usages ont en commun d’éviter la balade de microplastiques dans l’environnement.
Pailles : moins et mieux
Et comme ça donne soif de creuser, on découvre Les nouvelles pailles, co-fondées par Pierre Thomas. Comme leur nom l’indique, l’entreprise fabrique des pailles ; comme il ne l’indique pas, elle fabrique aussi des couverts. Dans les deux cas, le matériau de base est la bagasse, la fibre de canne à sucre restant après que jus ait été extrait. Pour les stériliser, on les surchauffe, mais l’impact carbone reste inférieur à celui des pailles en papier – l'usinage en France aide. Le possible lavage à 90°C les rend réutilisables, ce qui peut contribuer à diminuer le nombre de pailles consommées en France chaque jour : 8 millions !
Résistance et durabilité : lin ne va pas sans l'autre
Retirer du plastique, c’est aussi le dessein du constructeur de voiliers Greenboats créé par l’Allemand Friedrich J. Deimann : à la fibre de verre et la résine polyester pour la coque et le pont, il préfère la fibre de lin européen imprégnée de résine bio-sourcée. Car le lin a pour lui de très bien amortir les vibrations, de détenir un bilan carbone cinq fois plus faible que la fibre de verre, et de bien résister aux chocs des vagues et collisions. Au cœur (« l’âme » pour les connaisseurs), du balsa ou du PET recyclé. Autre objectif atteint : préserver la santé des équipes façonnant les bateaux, ainsi épargnés de la toxicité des solvants et des odeurs de styrène, cancérogène potentiel.
Think out of the box
Mais substituer les plastiques par d’autres matériaux ne règle pas toujours le problème. Repenser l’amont peut même être encore plus efficace. C’est ce que fit Mo Constantine avec la barre de shampooing solide à la fin des années 80, reprise ensuite par son entreprise Lush, dont la majorité des cosmétiques est aujourd’hui vendue sans emballage. Moins de packaging donne de la marge économique pour plus d’ingrédients sains dans le produit. La même conviction a porté Laetitia Van de Walle, donnant naissance à Lamazuna.
Shampoings, dentifrices, déodorants, crèmes à raser, démaquillants, que du solide ! Cependant, qui dit forte croissance (+100% pendant 10 ans, jusqu’à atteindre 10M€ de CA en 2020) dit appel d’air à la concurrence. La concomitante crise du bio a fait chuter Lamazuna. Mais depuis la Drôme, Andromée s’est levée, et avec elle, des matières premières en circuit court et des emballages réutilisables. Autre marque cultivant le bon sens : Senza. « Sans », en italien, car c’est sans plastique jetable que Mélanie Lafuma et Laura Schorestene développent leurs cosmétiques et produits ménagers : la plupart sont consignés. Sans ingrédients superflus non plus, et sans matières premières venant du bout du monde : la quasi totalité est même française.
Chanvre, paille de blé, de riz, fibre de basalte, fécule de maïs, de pomme de terre, feuilles de bananier, tiges agricoles diverses, broyats de coquilles d'huîtres, cutine de la peau des tomates, chitine des carapaces de crevettes et d’insectes,... nombre d'autres matières naturelles offrent d'intéressantes propriétés et évitent la pétrochimie. Néanmoins, avant de partir en années de recherche et développement, il faut se rappeler que d'une part, les additifs sont souvent les mêmes pour les plastiques pétrochimiques que les autres, et qu'une partie est toxique, et que d'autre part, biosourcer c'est bien, biosourcer et biodégrader, c'est mieux. Enfin et surtout, se rappeler avec Mark Miodownik, professeur en sciences des matériaux à University College of London, qu'« il n’y a pas de matériau durable, seulement un système durable ».
La vie de ma mer (sans plastique)
Qu’on se le dise, le plastique c’est pas fantastique, c’est même dramatique, surtout pour l’océan. Alors on va réapprendre à s’en passer, à ne plus le jeter, à le ramasser pour que le ressac n’ait plus rien de plastique.
Découvrez dans notre playlist La vie de ma mer (sans plastique) conçue avec cœur et détermination par makesense, Génération mer et KRESK 4 OCEANS plein de contenus et d’idées pour préserver l’océan joyeusement.